« Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Mt 25,40

Le portail central de la cathédrale d’Amiens raconte l’épilogue de cette histoire… Tous les morts sortent de leur tombeau. Saint Michel pèse les âmes. Les uns entent au paradis accompagnés par des anges, saint François d’Assise en tête et les autres, poussés par des diablotins entent dans la gueule du Léviathan figuration médiévale de l’enfer.

Mais qu’est-ce qui fait la différence entre les uns et les autres ? Pourquoi les uns sont-ils bénis et pas les autres ? Qu’ont donc fait d’extraordinaire et d’héroïque ceux qui entrent au paradis ?

Ce qui fait toute la différence, nous dit ce texte d’Evangile, c’est l’attention que nous aurons portée aux plus petits que nous sommes invités à accueillir comme frères. Ceux qui ont faim et soif : on peut l’entendre d’abord comme un faim et une soif physiques et c’est à celles- là d’abord qu’il faut répondre, mais nous pouvons aussi l’élargir à d’autres faims et d’autres soifs qui sont celles de nos contemporains : pour n’en prendre qu’une, la soif de donner du sens à sa vie.

Jésus dans cette parabole cite aussi ceux qui ont besoin d’être accueillis parce que sans terre, vêtus, visités sur leur lit d’hôpital, dans leurs maisons de retraite ou dans leurs prisons…

Arrêtons-nous un instant sur ce verset : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Jésus ne se contente pas de nous dire qui sont les petits, il nous dit aussi qu’il nous les donne comme frères parce qu’ils sont ses frères.

En 334, Saint Martin partage son manteau avec un pauvre aux portes d’Amiens. L’histoire aurait pu s’arrêter là et faire mémoire de la belle charité de Martin.

Mais… la nuit suivante, tandis que Martin s’abandonne au sommeil, le Christ lui apparait. Il est vêtu du morceau du manteau dont Martin avait couvert les épaules du pauvre. Oui, c’était bien le manteau de Martin. Il le reconnait sans peine, sans avoir besoin de le regarder de près, d’en tâter le tissu, comme les anges accompagnant le Seigneur l’invitaient à le faire. Et le Christ dit aux anges, d’une voix haute et claire :    » Martin, encore catéchumène, m’a revêtu de ce manteau.  » Et Martin se souvient des paroles que le Christ avait dites autrefois, quand il était sur la terre : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens c’est à moi que vous l’avez fait ! »

Aller à la rencontre de ces petits qui sont les frères de Jésus, c’est possible pour chacun d’entre nous !  Sans doute le faisons-nous déjà. Puissions-nous retenir de ce texte non pas la peur du jugement dernier mais l’invitation à nous risquer à la rencontre de ceux que Jésus appelle « ses frères » et qui ont aussi besoin d’entendre, de sentir, de percevoir qu’ils sont aimables et aimés…

Et notre vie humaine et spirituelle sortira grandie de ces rencontres.

Dominique Devisse

« Jésus ne se contente pas de nous dire qui sont les petits, il nous dit aussi qu’il nous les donne comme frères parce qu’ils sont ses frères. »