La pastorale des migrants dans le diocèse d’Amiens
Les Conférences épiscopales européennes COMECE réagissent au vote sur les migrations en Europe…
Le 17 juin, à Bruxelles, le Parlement européen a adopté une loi migratoire: 418 voix pour, 218 voix contre et 30 abstentions. Elle autorise des centres de retour hors UE et des perquisitions, la rétention de migrants expulsés, et des déboutés du droit d’asile dans des centres situés dans des pays hors de l’Union européenne. Le texte vient compléter le pacte sur la migration et celui sur l’asile récemment mis en œuvre. La France a retenu la Libye et la Somalie comme pays d’accueil.
La Commission des Conférences épiscopales de l’Union européenne (COMECE)
Tout en reconnaissant la responsabilité légitime des pouvoirs publics de gérer les migrations, de garantir l’intégrité des frontières et de lutter contre la traite des êtres humains, la COMECE reste profondément préoccupée par certains aspects du nouveau cadre qui risquent d’affaiblir la protection effective des droits fondamentaux et de la dignité des personnes vulnérables. En particulier, l’extension de la détention, les restrictions imposées aux voies de recours et aux appels effectifs, ainsi que l’externalisation croissante des responsabilités vers des pays tiers soulèvent de graves questions éthiques et humanitaires.
La migration n’est pas seulement une question de procédures, de statistiques ou de gestion des frontières. Elle concerne des êtres humains : des femmes, des hommes et des enfants, dont chacun possède une dignité inviolable qui doit rester au cœur de toute décision politique.
Lors de sa récente visite aux îles Canaries, le pape Léon XIV a rappelé à l’Europe et au monde entier que nous ne pouvons rester indifférents face à ceux qui périssent en mer, sont victimes de la traite des êtres humains ou sont contraints de fuir la guerre, la violence, la persécution, la faim ou la dégradation de l’environnement. Comme l’a déclaré le Saint-Père, les migrants ne sont pas « une catégorie ou une statistique », mais des personnes qui « pourraient faire partie de notre propre famille ». Ces paroles interpellent notre conscience et nous appellent à voir au-delà de la peur et de l’opportunisme politique.
L’Union européenne a été fondée sur la conviction que la dignité humaine est inviolable et que la solidarité entre les peuples n’est pas un idéal facultatif, mais une responsabilité fondamentale. L’Europe ne peut prétendre défendre ces valeurs tout en s’habituant à ce que la Méditerranée et l’Atlantique servent de cimetières silencieux à ceux qui cherchent la sécurité et un avenir pour leurs familles.
La COMECE renouvelle donc son appel pour que les politiques de migration et d’asile restent fermement ancrées dans le respect de la dignité humaine, des droits fondamentaux, du droit de demander l’asile, de la protection de l’unité familiale et de l’attention particulière portée aux plus vulnérables. Sécurité et solidarité ne sont pas des principes opposés ; elles doivent aller de pair.
Dans le même temps, nous nous faisons l’écho de l’appel lancé par le pape Léon XIV à la communauté internationale. Les pays d’origine, de transit et de destination partagent tous la responsabilité de s’attaquer aux causes profondes qui poussent les personnes à migrer et de protéger celles qui sont en déplacement. Chaque personne a non seulement le droit de chercher protection lorsque sa vie est menacée, mais également le droit de ne pas être contrainte de quitter son pays d’origine en raison de la guerre, des persécutions, de la pauvreté, de la corruption ou de l’effondrement environnemental.
Le vote d’aujourd’hui ne concerne pas seulement la politique migratoire. Il soulève une question plus large sur le type d’Europe que nous souhaitons construire. En ce moment décisif, l’Europe est appelée non pas à renoncer à ses valeurs fondatrices, mais à les réaffirmer avec courage, sagesse et humanité.”
P Bernard Massarini prêtre accompagnateur de la Pastorale des Migrants

« Une Église qui accueille est aussi une Église qui annonce »
Le pape Leon vient de réaliser son premier voyage pastoral en Europe, en ouvrant par l’Espagne. Il a choisi de le terminer à Ténérife une des frontières extérieures de notre continent. Il a écouté les témoignages de quelques migrants qui ont compté avec discrétion les douloureuses traversées avant de remercier les communautés chrétiennes qui les ont accueillis devenant leurs nouvelles familles comme ils l’ont chaleureusement exprimé
Le pape Léon a terminé rappelant a toute l’Eglise et spécialement celle d’Espagne cette belle mission d’accueil qu’elle fait au nom de Jésus
« Je voudrais demander encore une chose aux catholiques : que l’intégration ne se réduise pas à une simple mission sociale, aussi nécessaire soit-elle. Ceux qui arrivent dans nos paroisses ont besoin de pain, d’un toit, d’une langue, d’un travail et de protection ; et ils doivent aussi trouver une communauté capable de leur offrir, par le témoignage de la vie et de la parole, des chemins pour découvrir Jésus-Christ, en respectant toujours la conscience et la liberté de chaque personne. Évangéliser, c’est partager avec respect et humilité le trésor qui nourrit notre action et notre espérance. Une Église qui accueille est aussi une Église qui annonce, en offrant le Christ sans l’imposer, et qui, en même temps, reçoit l’Évangile des mains des pauvres » (Léon XIV, Ténérife)
Tandis que le pape Léon continue sa mission de pasteur de l’Eglise. En France face à des mairies RN (Carcassonne et Albi) qui déprogramment la pièce d’Alexis Michalick « Passeport » s’inscrivant dans la démarche des identitaires aux pensées radicales animées par des idées philosophiques qui s’éloignent de la doctrine sociale de l’Eglise, Mgr Balsa l’évêque chargé par la Conférence des évêques, d’accompagner le service de la pastorale des migrants, publie cette lettre destinée aux délégués de la pastorale des migrants et à tous les chrétiens. Sachons nous tenir sur la juste voie des disciples de Jésus.
Père Bernard Massarini

Le vendredi 17 avril, la Pastorale des migrants a proposé un temps de prière pour la paix au Proche-Orient.
C’est le groupe de prière de Taizé qui va assurer l’animation par le chant des plus de 90 personnes venues accompagner nos sœurs et frères Libanais dans ce rude temps d’épreuve.
Le Père Claudon, en charge de l’œcuménisme, qui a longtemps vécu en Israël, a ouvert, nous racontant l’histoire de ce territoire qui, depuis le traité de Sykes-Picot (1916), n’a connu que confits et guerres. Le Liban unique terre de rencontre entre les diverses confessions qui le compose, tente de retrouver un peu de paix.
Ghenwa, une maronite amiénoise nous a parlé de cette terre de la rencontre des diversités qui doit se réécrire après ce dernier combat avec le radicalisme musulman.
Comme le disait Etty Hillesum : « …une chose cependant nous apparaît de plus en plus claire : ce n’est pas toi qui peux nous aider (Dieu), mais nous qui pouvons t’aider – et ce faisant nous nous aidons nous mêmes. C’est tout ce qu’il nous est possible de sauver en cette époque et c’est aussi la seule chose qui compte : un peu de toi en nous, mon Dieu. Peut-être pourrons-nous aussi contribuer à te mettre à jour dans les cœurs martyrisés des autres.
Oui, mon Dieu, tu sembles assez peu capable de modifier une situation finalement indissociable de cette vie. Je ne t’en demande pas compte, c’est à toi au contraire de nous appeler à rendre des comptes un jour. Il m’apparaît de plus en plus clairement à chaque pulsation de mon cœur que tu ne peux pas nous aider,
Mais que c’est à nous de t’aider et de défendre jusqu’au bout la demeure qui t’abrite en nous ».
B.Massarini
prêtre accompagnateur du service de la Pastorale des Migrants

Jusqu’où peut-on accueillir les migrants ?
C’est ce délicat sujet que l’observatoire social du diocèse a proposé à Saint Valéry sur Somme dans le parcours de formation sur la doctrine sociale de l’Eglise
Une cinquantaine de personnes de plusieurs secteurs missionnaires étaient présents. Mr Armand Dufetelle a ouvert, nous rappelant la militarisation de la côte pour le contrôle des candidats à la traversée de la Manche et a posé la question des politiques européennes planifient la diminution des flux migratoires
C’est le service de la pastorale des migrants qui ouvre la présentation. Le prêtre accompagnateur Bernard Massarini rappelle que ce service est né en 1914, sous le pape Benoît XV, suite à la demande d’un évêque d’Italie du nord, soucieux d’organiser une aumônerie des migrants italiens qui quittaient en nombre le pays pour les Etats-Unis. Le pape instaure une commission pour les migrants catholiques et crée la journée mondiale des migrants et réfugiés qui, à partir de 2004, sera célébrée dans toute l’Église le deuxième dimanche après l’épiphanie.
En 1960, Pie XII crée le “Conseil supérieur pour l’émigration” et le rattache à la Congrégation des évêques
En 1970, un motu proprio du Pape Paul VI, élargit les compétences du service ajoutant toutes les mobilités humaines et le tourisme créant : “la commission pontificale pour la pastorale des migrants et du tourisme”, toujours sous la tutelle de la Congrégation des évêques.
Benoît XVI, face aux nouvelles situations de migrations va publier une instruction invitant tous les chrétiens à s’engager dans la société civile pour que les étrangers soient respectés et les lois civiles s’adaptent.
En 2016, le pape François 2016 va réorganiser la pastorale des migrants la plaçant dans le “Dicastère du développement humain intégral”.
Pour sa part, en 1957, l’Eglise d’Amiens conduite par Mgr Stourm, va créer une aumônerie polonaise et une aumônerie ukrainienne, inscrivant dans l’annuaire diocésains les prêtres disponibles pour confesser en langues y figuraient : l’allemand, l’anglais, le chinois, l’espagnol, le flamand, le hollandais, l’italien, le polonais et l’ukrainien.
En 1968, Mgr Gérard nomme un aumônier des étrangers et migrants. En 1976, le service va attirer l’attention sur le devoir d’accueillir les étudiants africains (728 de 53 pays).
En 1993, le service diocésain s’associe à diverses associations pour faire un appel au droit au rassemblement familial. Cette même année, à la suite des émeutes le service va participer à un travail collectif en rédigeant un rapport : “le livre blanc” qui cherche des solutions au logement, à l’emploi, à la culture. Une des propositions sera la création de 200 emplois.
En 1995, Mgr Noyer crée le service comme “commission nationale des migrants” avec une équipe d’une quinzaine de personnes. Sous la présidence de Mgr Bouilleret la commission sera identifiée comme un pôle diocésain du secteur solidarité.
En 2015, Mgr Leborgne ne nomme plus un prêtre accompagnateur, mais une déléguée épiscopale et une responsable de service Carole Poiret, La permanence du service de la pastorale du migrant sera dans la maison paroissiale de la cathédrale, jusqu’à sa restauration alors que Mgr Lestang est installé, qui va voir la permanence s’installer dans le presbytère de St Honoré.
Carole POIRET, la responsable du service rappelle que la mission de la pastorale des migrants s’articule autour des quatre verbes : « ACCUEILLIR, PROTEGER, PROMOUVOIR et INTEGRER », proposé par le Pape François pour harmoniser l’engagement de l’église avec et en faveur des migrants et des réfugiés.
Son intervention s’appuiera sur les situations qu’elle rencontre lors du temps d’accueil du mardi après-midi ;
Elle explique ensuite les parcours des personnes qui passent chaque mardi de 14h à 18h pour être aidées dans leurs démarches (200 personnes sur une année). Cette permanence « Accueil- Ecoute- Relations » est connue et reconnue plus maintenant par le bouche-à-oreille, les personnes arrivent le mardi après-midi pour trouver de l’aide mais surtout une oreille attentive à leurs situations.
Après une écoute précise de leur parcours, ils sont redirigés vers des administrations, des services ou des associations pour accompagner leur démarche administrative, leur recherche d’aide alimentaire et de cours de langue. Une bonne partie des migrants reçus sont de pays africains sub-sahariens de culture chrétienne. Ces dernières années, après de nombreux hommes, sont présentes davantage de femmes avec enfants et des jeunes mineurs isolés non accompagnés.
Pour ces derniers, c’est le département qui est responsable par le service de l’Aide Sociale à l’Enfance qui les reçoive en entretien et décide de leur prise en charge ou pas, le jeune rejeté par l’ASE doit faire appel à un avocat pour instruire un recours de sa minorité auprès du juge des enfants et pendant ce temps il doit faire appel au 115 qui les héberge dans les accueils d’urgence où se côtoient les hommes violents, alcoolisés et parfois sous l’emprise de produits illicites. Nous sommes face à des jeunes complètement perdus, apeurés, déstabilisés et en danger !
Pour les demandeurs d’asile, une fois le dossier de demande d’asile déposé, vient pour eux le temps des rendez-vous dans les bureaux sur Beauvais, Lille ou Paris. L’entretien passé il faut attendre la réponse. 3 mois minimum d’attente, sachant que durant la démarche, bien qu’ayant une aide, la personne ne peut exercer de travail. Refusée, elle a le droit d’appel qui exige la recherche d’un avocat et rallonge le temps d’attente du statut. Pendant ce temps, le service les soutient dans leurs démarches, les aide à s’intégrer en les informant sur leurs droits et leurs possibilités.
Elle terminera nous contant combien les liens tissés s’inscrivent dans la durée et présentent une valeur comparable à celle des liens familiaux et qu’à ce titre nous sommes appelés à demeurer durablement membre de leur famille. (des personnes contacteront le service pour remercier lorsque leur statut est enfin reconnu, ou lors d’évènements heureux dans les familles.)
C’est enfin Mr Laurent Guillard, du Secours catholique de Lille, qui nous présente la doctrine sociale de l’Eglise sur le sujet. Il commence par un quiz, pour nous permettre d’avoir une vision générale du phénomène des migrations. Nous prenons conscience du phénomène migratoire. Il touche 304 millions de personnes (3,6% de la population totale de la planète). Le nombre de migrants en France a diminué de 38% en 2025. Notre pays est un des pays européens qui en accueille le moins.
Il nous rappelle que l’Eglise refuse de se situer dans les “extrêmes” : une logique purement sécuritaire ou une vision d’ouverture sans discernement. Elle met à notre disposition des repères pour chercher ensemble un équilibre moral : entre hospitalité, justice et responsabilité politique. L’histoire du peuple de Dieu est celle d’un peuple qui a connu la migration. Le livre de l’Exode précise : “Tu ne molesteras pas l’étranger, ni ne l’opprimeras, car vous avez vous-mêmes résidé comme des étrangers dans le Pays d’Egypte” (Ex 22,20), et le livre du Deutéronome continue : « Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Égypte » (Dt 18,24).
Avec le décalogue, nous recevons un code éthique, dont Jésus fera l’exégèse à ses disciples. Entrer dans l’Alliance de Dieu envers son peuple, nous engage non seulement à la fidélité envers Dieu, mais aussi dans les relations sociales que nous tissons au jour le jour. La doctrine sociale de l’Eglise s’appuie sur 3 principes essentiels : la dignité de la personne humaine, la destination universelle des biens, et le bien commun.
La dignité de la personne humaine est fondée sur le fait que l’homme a été créé à l’image de Dieu et qu’il est destiné à partager sa vie éternelle comme le rappelle le Concile Vatican II. (GS 22). Appliqué à la question des migrations, ce principe signifie que le migrant est d’abord une personne, avant d’être un étranger ou un réfugié. Ainsi, pour le chrétien, le migrant n’est pas simplement un individu à respecter selon des normes fixées par la loi, mais une personne dont la présence l’interpelle et dont les besoins deviennent un engagement dont il est responsable. « Qu’as-tu fait de ton frère ? » (cf. Jn 4, 9). Comme le disait le Pape Jean-Paul II, “la réponse ne doit pas être donnée dans les limites imposées par la loi, mais dans l’optique de la solidarité. » (Message pour la Journée mondiale des migrants, 1996).
La destination universelle des biens : « Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle contient à l’usage de tous les hommes et de tous les peuples, de sorte que les biens de la Création doivent équitablement affluer entre les mains de tous, selon la règle de la justice, inséparable de la charité » (G.S. 69). En 2002, le président de la conférence épiscopale du Mexique déclarait : « Le don de la terre à l’homme, la destinée universelle des biens par désir du Créateur et la solidarité humaine sont antérieures aux droits des Etats…, leurs lois légitimes de protection des frontières seront toujours un droit postérieur et secondaire par rapport au droit des personnes et des familles à la subsistance »
Enfin le bien commun : A travers sa recherche il s’agit d’œuvrer pour les droits humains, la lutte contre la pauvreté et l’exploitation, la solidarité, le partage des richesses, la justice … Comme le disait Benoît XVI, “Aimer quelqu’un, c’est vouloir son bien et mettre tout en œuvre pour cela. À côté du bien individuel, il y a un bien lié à la vie en société : le bien commun. C’est le bien du “nous-tous”.
Le Catéchisme de l’Église catholique enseigne que « les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir, autant que faire se peut, l’étranger en quête de sécurité » (n°2241). Cet accueil doit s’inscrire dans une recherche de justice et de solidarité entre les peuples. L’Eglise reconnaît à toute personne, le droit de chercher ailleurs des conditions de vie dignes. Ce droit s’accompagne de la volonté légitime de pouvoir vivre en famille. Nous devons défendre également le droit de vivre en famille. Benoît XVI dans son message pour la journée mondiale du migrant l’associait à celui de ne pas migrer : « Le droit de ne pas émigrer, c’est-à-dire de pouvoir rester dans sa patrie » (Message pour la Journée mondiale du migrant, 2013). Le pape François quant à lui rappellera qu’accueillir les migrants est un devoir spirituel et moral. Dans Fratelli Tutti, il dit que : “l’idéal serait d’éviter les migrations inutiles et pour y arriver, il faudrait créer dans les pays d’origine la possibilité effective de vivre et de grandir dans la dignité, de sorte que sur place les conditions pour le développement intégral de chacun puissent se réunir. Mais quand des progrès notables dans ce sens manquent, il faut respecter le droit de tout être humain de trouver un lieu où il puisse non seulement répondre à ses besoins fondamentaux et à ceux de sa famille. Il précisera que “nos efforts vis-à-vis des personnes migrantes qui arrivent peuvent se résumer en quatre verbes : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer »
L’an dernier, lors du jubilé des missionnaires et des migrants, durant l’année de l’espérance, le pape Léon proclamera : ” Aujourd’hui, les frontières de la mission ne sont plus géographiques, car la pauvreté, la souffrance et le désir d’une plus grande espérance viennent à nous. En témoignent l’histoire de tant de nos frères migrants, le drame de leur fuite devant la violence, la souffrance qui les accompagne, la peur de ne pas y arriver, le risque de traversées périlleuses le long des côtes, leur cri de douleur et de désespoir… Il ne s’agit pas tant de « partir » que de « rester » pour annoncer le Christ à travers l’accueil, la compassion et la solidarité : rester sans nous réfugier dans le confort de notre individualisme, rester pour regarder en face ceux qui arrivent de terres lointaines et tourmentées, rester pour leur ouvrir les bras et le cœur, les accueillir comme des frères, être pour eux une présence de consolation et d’espérance.”
Le débat qui va suivre fera émerger la question de l’islamisation de la France. Le service de la pastorale des migrants dira que la plupart des personnes aidées congolaises, rwandaises, angolaises, sont de culture chrétienne. Aucun des migrants passant à la permanence, n’expriment de demande d’identité religieuse.
L’un des participants évoque les jeunes générations chrétiennes, moins dans la générosité et dans la crainte de la montée d’un islam identitaire. Le service de la pastorale des migrants rappelle que cette question ne vient pas des migrants mais des jeunes français, nés de la 2ème ou troisième génération de migrants du Maghreb.
Plusieurs expriment la nécessité de diminuer le nombre de migrants et demande que nous laissions partir les migrants de la côte. On rappellera que le désir d’Angleterre s’ancre dans l’histoire anglaise : le Commonwealth (Toutes ces pays qui pensent rejoindre la terre colonisatrice). Un d’entre nous rappelle qu’il y a des accords entre les pays concernant leurs frontières (le traité du Touquet) et que 75% des migrations africaines ne sont pas vers l’Europe mais vers les pays africains plus riches : Kenya, Sénégal, Nigeria, Afrique du Sud.
Le prêtre accompagnateur de la pastorale des migrants rappellera que lors de son temps de présence à Marseille il avait eu la chance de proposer des cours de religion comparée (bouddhisme, judaïsme, christianisme et islam) pour aider à défaire les discours identitaires. Parcours que les jeunes ne manquaient jamais. Apprécié par les profs pour les connaissances qu’ils apportaient.
Un professeur de l’enseignement catholique exprimera la montée des tensions et la difficulté à ouvrir ces espaces d’échange, car les contrôles des temps d’enseignement rendent difficile ces temps de culture religieuse qui étaient dans le cadre de l’éducation civique. Il a moins d’occasion de vivre ces moments d’échange. Ils ouvraient aux connaissances culinaires, musicales et culturelles des diverses traditions présentes, permettant que s’installe un vrai climat de relations fraternelles qui faisait sortir de la crispation identitaire. Un prêtre quant à lui exprimera sa joie d’intervenir dans une école primaire catholique sur son quartier qui accueille environ 70 pour cent d’enfants musulmans.
Nous terminons par un temps de prière, avec le prophète Isaïe qui nous invite à ne pas nous dérober au devoir de charité pour que la lumière de Dieu continue de briller.
Carole Poiret, responsable de la pastorale des Migrants pour le diocèse d’Amiens
P. Bernard Massarini c.m, prêtre accompagnateur
Ces exilés qui passent par nos montagnes
C’est en 2017 que le Pape François nomme Mgr Malle évêque de Gap-Embrun. Un diocèse avec une partie de son territoire en haute montagne. Ses habitants sont héritiers de la culture des sommets, un espace qui oblige à l’entraide pour résister aux conditions météorologiques extrêmes. C’est ce qui conduira de nombreux guides de montagne à s’engager dans les secours au mineurs sub-sahariens qui tentaient de traverser la frontière par la montagne.
Découvrant nombre de ses fidèles engagés au service des mineurs migrants, il va rencontrer des périples, des histoires et des visages, des histoires qui témoignent de la dureté de notre monde. Une dureté qui exige une parole d’amour, celle de l’Evangile. Il a alors décidé de démonter les préjugés. Entrons ensemble dans l’aventure humaine. Le livre de la révélation nous dit “N’oubliez pas l’hospitalité ; car, en l’exerçant, quelques-uns ont logé des anges, sans le savoir.” Ap 13,2.
Dimanche 9 novembre 2025, jour de fête pour la Pastorale des Migrants, nous sommes allés à la rencontre des paroissiens de la Paroisse Notre Dame de Pentecôte. Nous nous sommes retrouvés à l’église du CIM (cœur immaculé de Marie), pour y vivre la messe. Jour de Fête aussi par ce que ce dimanche nous fêtions la dédicace de la basilique Saint-Jean-de-Latran, cathédrale officielle de l’évêque de Rome, du pape.
Comme nous l’a rappelé le père Bernard Massarini dans son homélie : « comme Jésus nous le rappelle il est peiné que pour éviter les taxes, on transforme le temple en lieu de commerce alors que pour Pâques il fait se rappeler que Dieu libère son peuple. Paul dit que nous sommes ce temple qui doit être respecté. Pour l’année du jubilé de l’incarnation le pape Jean-Paul II a voulu qu’une copie de la plaque inaugurée en 1987 “ pour la lutte contre la misère soit apposée sur le parvis de sa Basilique Saint Jean de Latran dont on fêtait la dédicace, pour que jamais ne soit oubliée la défense du pauvre quand nous annonçons l’évangile. Les migrants souffrent des violences souvent inhumaines. À leurs côtés défendons le temple que sont ces corps dont on tolère qu’ils soient maltraités et souvent violentés. »
Voici ce que nous pouvons lire sur cette plaque :
“Là où des Hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les Droits de l’Homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré ». A côté de ces paroles de Joseph Wresinski gravées dans le marbre, ont été ajoutées celles du Pape Jean-Paul II : “Jamais plus l’exclusion, la discrimination, le mépris des pauvres et des petits”.
Notre journée s’est poursuivie par le partage du verre de l’amitié et le repas partagé des spécialités de chacun. Dans une grande simplicité et une confiance partagée nous avons fait l’expérience d’une véritable rencontre. Cela faisait longtemps que nous n’avions vu autant de familles présentes et heureuses d’être là.
Des paroissiens bien picards nous ont dit « il faut plus de journée comme ça, tu vois pas comme les gens sont heureux, nous avons une bonne partie de notre paroisse qui a aussi des quartiers populaires , il ne faut pas les oublier…. »
Nous avons rencontré de nouvelles personnes qui nous ont dit « merci c’est bien cette journée, je suis dans la paroisse depuis pas longtemps, je vais à la messe chaque dimanche mais je connaissais personne, grâce à aujourd’hui ça a changé «
Et d’autres aussi se sont fait confiance davantage se sont plus dévoilés c’est comme ça qu’une paroissienne a découvert qu’elle pouvait être aidée par une autre pour faire relire son CV …
Carole Poiret
Responsable de la Pastorale des Migrants

L’IMPACT RÉEL DE L’IMMIGRATION DANS LES PAYS DU NORD
Dans le débat public d’aujourd’hui, peu de questions suscitent autant de passion que l’immigration. Dans les économies avancées du Nord – les États-Unis, le Canada et une grande partie de l’Europe – les immigrants ont été dépeints à la fois comme des boucs émissaires, des moteurs de croissance et des symboles de diversité culturelle. Mais au-delà du bruit politique, les données et la réalité quotidienne nous obligent à faire une pause et à réfléchir : Qui sont les immigrants ? Où travaillent-ils ? Et que se passe-t-il vraiment dans les pays qui choisissent de fermer leurs portes ?
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Les Apprentis Orphelins d’Auteuil accompagnent des mineurs migrants.
Accompagner les jeunes migrants vers l’autonomie et l’intégration
Au sein de la MECS de la Somme, les deux Services d’Accompagnement Vers l’Autonomie (SAVA) situés à Amiens et Abbeville accueillent chacun 25 jeunes, âgés de 15 à 18 ans, souvent mineurs non accompagnés. Dans un cadre bienveillant, en mixité, les équipes éducatives les soutiennent dans leur quotidien : démarches administratives, insertion scolaire ou professionnelle, apprentissage du français, gestion du logement et de la vie en autonomie.
L’objectif est de leur permettre de trouver leur place dans la société, à leur rythme, en valorisant leurs compétences, leur courage et leur histoire. L’accompagnement repose sur la confiance, l’écoute et la reconnaissance de la dignité de chacun. C’est aussi un chemin de reconstruction personnelle, où les jeunes peuvent envisager un avenir avec espoir.

APPRENDRE LES MATHS A DE JEUNES MIGRANTS
Un dimanche, dans les annonces à la fin de la messe, une demande a retenu notre attention : Il était demandé des volontaires pour accompagner des jeunes migrants dans l’apprentissage des maths.
Nous avons donc été rencontrés la directrice de l’association des Apprentis d’Auteuil à Abbeville qui avait lancé cet appel.
Il nous a été proposé d’accompagner huit jeunes de 14 à 17 ans du foyer de garçons qui ont exprimé leur souhait d’être aidés en maths après leur journée de travail aux collèges ou aux lycées. De nationalités différentes, de cultures différentes, de niveaux scolaires différents, ils sont arrivés en France souvent seuls venant du bout du monde, de pays (Afghanistan, Congo, Pakistan Burkina Fasso Ethiopie…) où la vie est très difficile : guerres, catastrophes naturelles, famines, coups d’état, règlements de comptes, enrôlements de force dans des groupes armés… Et ces jeunes parlent peu de ce qu’ils ont subis pour arriver en France.
Mais par où commencer avec ces jeunes ayant aussi des difficultés de compréhension du Français ? Ainsi lorsque j’ai proposé à Karim qui voudrait être plombier de calculer le nombre de tuyaux longs de 4 mètres qu’il lui faudrait pour aller de la rue à la maison distante de 25 m ; il ne comprenait pas l’énoncé ne sachant pas ce qu’étaient des tuyaux. Le problème, pour lui n’était pas de calculer le nombre de tuyaux mais de comprendre un mot.
En fonction de leurs horaires de fin de cour, ils sont divisés en deux groupes malheureusement non homogènes.
Ces jeunes sont pleins de bonne volonté, mais ils ont très peu d’acquis scolaires et sont bien loin d’avoir appris la rigueur mathématique. Les réponses données se font souvent par tâtonnement et approximations. Ainsi la réponse donnée pour une opération très simple comme 5 plus 7 sera d’abord par exemple 15 puis 11 avant de proposer 12 avec un grand sourire charmeur. Ainsi par tentatives successives, la bonne réponse est trouvée. L’utilisation d’une calculatrice est parfois bien périlleuse : pressés de donner une réponse avant tous les autres, ils peuvent appuyer sur deux touches en même temps et donner alors, toujours avec un grand sourire, une réponse fausse, Ainsi si je
demande 5 fois 7, je peux avoir comme réponse 235 ; et comme je réponds non, ils me proposent, toujours souriants, 25.
Bref les notions de grandeur n’apparaissent pas intégrées ni les multiplications ! Et tout en essayant de comprendre les problèmes donnés, il faut progressivement apprendre un peu le français mais aussi les quatre opérations, les périmètres, les surfaces ! Et malgré les échecs répétés, malgré les difficultés à comprendre les énoncés, malgré les incertitudes des lendemains (ils sont accueillis dans ce foyer jusqu’à leurs 18 ans) ils reviennent, d’une semaine sur l’autre toujours souriants. Leur persévérance et leur sourire font mon admiration
La plupart de ces jeunes n’ont que quelques faibles rudiments en mathématiques mais aussi en français. Certains sont allés à l’école coranique dans leur pays d’origine et ont donc quelques notions de base. Ils sont encouragés par leurs éducateurs à envisager de faire des métiers plutôt manuels comme mécaniciens, métiers du bâtiment, (plombier, plaquiste, …) Dans les rencontres avec ces jeunes, ce que j’admire chez ces jeunes c’est leur gentillesse, leur politesse et leur persévérance, avec plein de bonne volonté et ils essayent de donner ce qu’ils pensent être la bonne réponse et sont heureux de leurs efforts : A la fin d’une journée, un jeune dit avec un plaisir évident : « on a bien travaillé » satisfait et heureux d’avoir compris et appris quelque chose.
Pourtant, d’une semaine sur l’autre, certains jeunes ne sont plus là ; parfois absents quinze jours parce qu’ils sont en stage avec leurs écoles. Parfois nous ne savons pas pourquoi ils ne viennent plus et les jeunes présents n’en parlent que difficilement donnant des réponses vagues et imprécises. Le temps passe et nous les oublions peu à peu ayant d’autres jeunes présents qui demandent notre attention et notre soutien.
C’est toujours avec plaisir que nous revenons chaque mardi, enrichi par ces rencontres.
Loïc et Sylvie d’HAUTEFEUILLE

La petite communauté catholique vietnamienne, une vingtaine de personnes célèbre la messe depuis de nombreuses années à la chapelle de l’église Ste Thérèse à AMIENS. Nous nous retrouvons une vingtaine chaque fois.
La messe a lieu le 1er dimanche du mois à 16h30, en vietnamien mais parfois la liturgie se fait en vietnamien et en français pour les fidèles qui ne comprennent pas le vietnamien.
Quand il n’y a pas de messe vietnamienne le restant du mois, les fidèles vont à la paroisse de leur quartier. Ils veulent à la fois pratiquer leur foi au sein de la société française et en même temps préserver les racines profondes du catholicisme vietnamien.
Eugène MISSONNET

Devant la difficulté que nous avons à trouver la bonne attitude à l’égard des migrants, il peut être utile d’adopter une démarche d’intelligence de l’autre, ou d’intelligence interculturelle, démarche non violente qui passe par trois étapes :
1. Prendre du recul
▪ Par rapport à l’autre différent, tout simplement :
o Si la manière d’être, d’agir, de travailler d’un voisin, d’un collègue, d’une personne originaire d’une culture différente de la nôtre nous étonne nous choque, nous déconcerte, notre réaction trop fréquente est la montée au créneau : il est mal élevé, incompétent, dangereux, il n’a rien compris de ce
que je lui ai dit…
o Sommes-nous capables d’adopter ce que des philosophes grecs, 300 ans avant Jésus-Christ, appelaient la « suspension de jugement » : quand tu rencontres quelqu’un de différent, ne te précipite pas pour le juger (ni en bien, ni en mal, là n’est pas le problème). Essaie plutôt de découvrir derrière les apparences, ce qui, dans sa culture professionnelle ou sociale, ses origines géographiques, sa génération, sa religion, son histoire, peut expliquer son comportement.
o L’intelligence interculturelle consiste à faire crédit a priori à l’autre, ce qui est différent d’être potentiellement intelligible, compréhensible : je peux penser qu’il n’a pas raison, mais je ne peux ignorer qu’il a ses raisons, sa logique propre. L’intelligence interculturelle est une posture de curiosité, une volonté
de rencontre qui nous incitent à essayer de comprendre, à éviter de juger. Ce n’est pas une question de morale, c’est l’enjeu du vivre ensemble dans la société, d’être pertinents dans nos relations humaines en situation de diversité.
o C’est un échange aussi : non pas une découverte à sens unique, mais une intelligence mutuelle ; il ne faut pas croire que nous sommes seuls à devoir faire des efforts pour apprendre de l’autre. Peut-être nous-mêmes sommes nous difficiles à comprendre, à décrypter pour l’autre. Ce décryptage mutuel est nécessaire pour que nous nous enrichissions de nos complémentarités.
C’est le sens de l’« inter- » dans « interculturel », qui suppose une interaction. Sinon, il ne s’agirait que d’une intelligence « culturelle ».
▪ Prendre du recul par rapport à nos clichés, nos stéréotypes. Se rappeler que, même si nous avons des lunettes qui dirigent notre façon de voir le monde, nous ne les voyons pas ; nous n’avons pas conscience de nos propres prismes de vision de l’autre.
▪ Prendre du recul par rapport à nos peurs :
o De nombreux Français ont peur que le ciel leur tombe sur la tête, tels les Gaulois du village d’Astérix (notre identité « gauloise » faisant d’ailleurs toujours sourire quand on songe à son évolution profonde, à la suite des Gallo-romains, de la venue des peuples d’Europe de l’est, etc.).
o Mais s’il y a des peurs légitimes que l’on peut comprendre (concurrence perçue par rapport au logement, à l’emploi, aux prestations sociales, etc.), d’autres le sont moins :
▪ Peur de perdre son « identité française », sa culture française. Or la culture n’est pas une constante, figée une fois pour toutes, mais le résultat d’une longue construction collective à laquelle beaucoup, venus d’ailleurs, ont apporté, et apportent encore leur pierre : que serait la culture française sans ces écrivains venus d’ailleurs (F. Cheng, M. Kundera, Tahar Ben Jelloun…), ces artistes venus d’ailleurs (Aznavour, Picasso, Modigliani…), ces scientifiques (G. Charpak, Marie Curie…) venus d’ailleurs, ces équipes sportives arc-en-ciel, ces tirailleurs africains venus nous prêter main-forte pendant la guerre, ces travailleurs immigrés qui ont construit nos villes? Sans parler de la prétendue pureté de la langue française, qui contient tant de mots venus d’autres continents ! Alors arrêtons d’avoir peur de ne plus être nous-mêmes.
▪ Crainte de voir sa religion concurrencée par d’autres. Plutôt que de se barricader et de craindre un prétendu « grand remplacement », peuton essayer de découvrir, de connaître, de se faire expliquer la religion de l’autre ? À cet égard, François d’Assise, dans sa rencontre avec le sultan Malik-Al-Kamil en 1219 nous laisse le témoignage d’un dialogue basé sur le respect, l’amitié, la suppression des préjugés et la découverte des vertus de la religion de l’autre.
▪ Peur, enfin, liée à la sécurité, une peur que l’on ne peut ni nier ni évacuer, mais que l’on peut peut-être regarder autrement. D’abord en évitant les amalgames trop faciles et trop stigmatisants, et ensuite en se rappelant que les migrants eux-mêmes, particulièrement les mineurs non accompagnés, sont eux-mêmes dans des situations terribles de précarité et d’insécurité.
▪ Nous pouvons contribuer, par une meilleure connaissance de nos cultures respectives, à dégoupiller toutes ces peurs. Les militaires rappellent souvent que la peur, liée à l’ignorance, engendre la violence et fait appuyer plus vite sur la gâchette.
▪ Prendre du recul enfin par rapport au contexte dans lequel évoluent nos interlocuteurs : niveau de précarité économique, niveau d’ouverture du régime politique, incertitudes sur l’espérance de vie, fonctionnement (ou dysfonctionnement) des transports, de l’éducation, de la santé et de l’administration locale, etc. Prendre du recul par rapport à nos propres savoirs, par rapport au sens des mots (religions et croyances sont-ils synonymes ? Mettons-nous tous le même sens derrière des mots comme « culture, laïcité, temps, communication, espace, autorité… »?)
2. Questionner, se questionner
▪ Deuxième élément de l’intelligence interculturelle : se poser de nombreuses questions, sur les représentations que les autres peuvent avoir de faits et de notions supposées communes, universelles : l’argent, la santé, le temps, etc.
▪ Lorsque l’on est en contact avec des personnes d’origine et de cultures très
différentes (dans nos quartiers, nos associations, nos écoles, nos hôpitaux), il est difficile, sinon illusoire, de prétendre connaître la culture de l’autre. Mais on peut se poser des questions sur nos rapports respectifs au temps, à la religion, à la santé, à l’identité, au travail, au conflit, à l’argent, à la communication, etc. Même si ce qui nous rassemble est souvent plus important que ce qui nous divise, on peut donner de nombreuses sources de possibles malentendus, susceptibles d’engendrer des tensions et des conflits :
o Dans notre rapport au temps : négliger, dans une réunion avec des personnes originaires d’Asie ou d’Afrique, le protocole langagier préalable qui permet d’établir un contact humain avant d’entrer dans le vif du sujet, penser que le plus important doit être traité en premier alors que l’autre le veut en dernier, oublier que nous n’avons pas besoin du même temps pour nous exprimer, que notre rapport au présent, au passé, et au futur n’est pas le même, les langues maternelles étant très différentes sur ce point (existence ou non d’un futur ou d’un passé, par exemple).
o Dans notre rapport au corps, à la pudeur (nos « bulles » respectives, les distances minimales que nous établissons entre nous, le rapport à l’intimité, à la nourriture…).
o Dans notre rapport à la religion : incompréhension fréquente dans de nombreuses cultures, face à des personnes qui disent ne pas avoir de religion. Essayons de respecter l’importance des besoins, des habitudes religieuses chez l’autre, de l’incidence du religieux sur les rapports de genre.
o Dans notre rapport au collectif : avoir conscience que notre vision très individuelle des comportements humains oublie souvent les réflexes collectifs de nos interlocuteurs ;
o Dans nos rapports au désaccord et au conflit : exprime-t-on ouvertement un
désaccord dans toutes les cultures ? Quel est le sens d’un « oui », est-ce un assentiment, une simple politesse ou une esquive, par exemple ? Sommes-nous dans des cultures de l’affrontement, du compromis ou de l’évitement ?
o Dans nos manières de communiquer plus ou moins directement, explicitement ou non, oralement ou non (communication non verbale), quel est le sens du silence, du regard, du sourire ?
o De très nombreux autres exemples pourraient être cités. On peut télécharger gratuitement, à ce sujet, notre grille du Culturoscope sur https://www.eclm.fr/livre/le-culturoscope/ qui pose 70 questions pour
aborder l’interculturel. Elles sont, regroupées en 4 grands domaines :
o À toutes ces questions sur l’origine possible des malentendus, on ne peut que rarement répondre soi-même. Mais il est le plus souvent possible de recourir à l’aide de personnes qui, par leur expérience dans tel ou tel pays ou leur histoire familiale connaissent bien ma culture et celle de l’autre. Un étudiant brésilien estimait il y a quelques années qu’« il n’y a pas de mur culturel que l’humilité ne permette de franchir » : si je n’ai pas l’humilité de me dire que je ne connais pas tout de la culture de l’autre (et de la mienne, après tout) et si je n’ai pas l’humilité de me faire expliquer ce que je n’ai pas compris de l’origine des difficultés dans tel dialogue, tel projet, tel échange, alors en effet je ne peux pas franchir ce mur.
3. Prendre en compte les différences/écarts culturels
Une fois que l’on a pris du recul, que l’on s’est posé de nombreuses questions, que fait-on ? Comment sort-on du simple spectacle de l’autre pour trouver des terrains d’entente ? Quelle éthique pour interagir avec l’autre qui est différent, dans l’espoir d’un « vivre ensemble » pacifique ? Voici quelques pistes :
▪ Passer d’une logique du « ou » à une logique du « et » : la logique du « ou », c’est « toi ou moi, ta culture ou la mienne, tes références ou les miennes, ta manière de communiquer ou la mienne, et l’un doit prendre le pas sur l’autre ». La logique du « et », c’est : « nous sommes ensemble, même si nous ne nous sommes pas choisis, quels repères communs pouvons-nous identifier pour travailler, exister ensemble ? »
▪ Distinguer l’essentiel de l’accessoire : c’est ce qui met réellement en jeu les droits humains, la dignité humaine, sur quoi il est difficile de négocier, et ce qui peut faire l’objet de ce que les Canadiens appellent les « accommodements raisonnables ». On pense par exemple à des questions de signes vestimentaires.
▪ Ne pas rejeter d’un revers de la main les valeurs et les pratiques de l’autre. Oser le dialogue « quoi qu’il en coûte ! », là où la communication n’existe pas. Voir à ce sujet les démarches de nombreuses associations de solidarité, dont Médecins du Monde, dont les équipes vont là où l’on ose rarement aller (rave parties, lieux de prostitution, secteurs où se pratique l’excision, etc.) et qui cherchent ce dialogue coûte que coûte, avec des résultats loin d’être inexistants.
▪ Pratiquer ce que les associations appellent de plus en plus la « négociation socioculturelle » : comment, sans abdiquer ses propres valeurs et sans mettre l’autre sur un piédestal, trouver des terrains d’entente.

Depuis son élection en 2013, les migrants ont été un thème central du pontificat du Pape François, réaffirmant l’engagement de l’Église envers la justice sociale et la dignité humaine. Dès sa première visite apostolique à Lampedusa en juillet 2013, le Saint-Père a placé cette question au cœur de son message, appelant à une plus grande solidarité envers ceux qui fuient la guerre, les persécutions et la pauvreté. Au fil des ans, il a constamment plaidé pour un accueil digne et humain des migrants, condamnant fermement les politiques de rejet et qualifiant même de « péché grave » les tentatives systématiques de repousser les migrants.
J’étais étranger et vous m’avez accueilli : l’invitation constante du Pape François à aller à la rencontre des personnes migrantes
La migration est pour les chrétiens une expérience qui permet de sentir un Dieu en marche avec son peuple, itinérant et pèlerin, en mouvement. Ainsi, la présence des personnes migrantes dans nos sociétés devient un nouveau lieu pour comprendre notre monde, à partir de leurs vies et de leurs expériences. L’arrivée du Pape François a permis de nous sensibiliser de manière adéquate en proposant des programmes spécifiques qui favorisent la rencontre significative avec l’autre [1], de changer notre regard vis-à-vis des personnes migrantes et de renouveler nos attitudes afin qu’elles soient plus fraternelles, ouvertes et conformes aux valeurs de l’Évangile.
Le pape François a accordé une attention particulière aux migrants en raison des conditions qui les poussent à quitter leurs pays d’origine : conflits armés, violence généralisée, changements climatiques, pauvreté, persécutions en raison d’une appartenance à un groupe spécifique, entre autres. Tout au long de son pontificat, le Pape François a fait preuve d’une profonde compassion vis-à-vis des personnes migrantes. Au fil des ans, il a développé une vision holistique du phénomène migratoire en nous interpellant sur plusieurs défis contemporains : l’hospitalité, la solidarité, le dialogue interreligieux, l’interculturalité, les frontières et les périphéries. Au milieu de ces réalités marquées à la fois par la souffrance et l’espérance, le Pape a mis en œuvre ses paroles par des actes ainsi que par plusieurs voyages pour être plus proche des personnes migrantes. Parmi les contributions uniques du Pape François à la question migratoire soulignons l’invitation constante à se rapprocher des migrants : écouter leurs histoires, poser des gestes fraternels et de proximité, aller à leur rencontre, les accueillir dignement, les accompagner afin qu’ils soient pleinement intégrés dans la société. Le Pape François nous a rappelé à plusieurs reprises le défi de la construction de la fraternité universelle, de devenir une même famille humaine, de rêver en tant qu’une seule et même humanité, comme des voyageurs partageant la même chair humaine [2]; de favoriser la culture de la rencontre puisque l’arrivée de personnes différentes, provenant d’un autre contexte de vie et de culture, devient un don, parce que les histoires des migrants sont aussi des histoires de rencontre entre personnes et cultures : pour les communautés et les sociétés d’accueil, ils représentent une opportunité d’enrichissement et de développement humain intégral de tous [3].
L’héritage du Pape François sera la conviction qu’à travers les personnes migrantes nous sommes invités à rencontrer Dieu, que l’hospitalité vécue entre les sociétés d’accueil et les personnes migrantes permet de construire des ponts, favorise l’interdépendance, offre une opportunité de découvrir ce qui nous lie, ce qui nous est commun. Il nous pousse à jeter ensemble les bases d’une société plus juste et fraternelle, une société qui offre un avenir à toutes et à tous au nom de notre humanité commune.
[1] Discours aux participants au Forum « Migrations et paix » du 21 février 2017
[2] Fratelli Tutti 8
[3] Fratelli Tutti 133
Le cri des migrants, le voyage fondateur du pape François à Lampedusa
Le 8 juillet 2013, moins de trois mois après son élection, le pape François effectuait son premier voyage hors du Vatican en se rendant sur l’île italienne de Lampedusa, soulignant ainsi l’importance qu’il accordait à la problématique des migrants. Lors de cette visite historique, le Pape a vivement critiqué ce qu’il a appelé la « mondialisation de l’indifférence » face au sort des migrants. Il a notamment déclaré : « Nous nous sommes habitués à la souffrance des autres, elle ne nous regarde pas, elle ne nous intéresse pas, ce n’est pas notre affaire ! » Cette déclaration s’inscrivait dans le contexte de la crise migratoire en Méditerranée, où de nombreux migrants perdent la vie en tentant de rejoindre l’Europe.

« Chaque paroisse d’Europe, accueillez une famille de réfugiés » : l’appel historique du pape François en 2015
En septembre 2015, suite à la mort tragique du petit Aylan Kurdi sur une plage turque, le pape François a lancé un appel puissant à l’action pour aider les réfugiés en Europe. Le 6 septembre 2015, lors de la prière de l’Angélus sur la place Saint-Pierre, le Pape a demandé « que chaque paroisse, chaque communauté religieuse, chaque monastère, chaque sanctuaire d’Europe accueille une famille » de réfugiés. Le Pape a qualifié cela de « geste concret » en préparation du Jubilé de la Miséricorde qui devait débuter en décembre de la même année.

Un message de solidarité : le Pape François à Lesbos en 2016
La visite du pape François à Lesbos en 2016 illustre parfaitement sa promotion de la « culture de la rencontre ». Le 16 avril 2016, le pape s’est rendu sur cette île grecque, principale porte d’entrée des réfugiés en Europe à l’époque, pour une visite éclair de quelques heures. Quelques jours avant d’effectuer ce voyage, il déclarait lors du Vendredi Saint : « La Méditerranée et la mer Égée sont devenues un cimetière insatiable, une image de notre conscience insensible et endormie« . Cette citation poignante dénonce l’indifférence de l’Europe face à la crise des migrants. Le souverain pontife a utilisé cette métaphore frappante pour décrire la tragédie des nombreux migrants qui ont perdu la vie en tentant de traverser la Méditerranée et la mer Égée pour atteindre l’Europe.

Quatre verbes emblématiques de la Journée mondiale du migrant et du réfugié : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer
Le pape François a adressé un message important pour la Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié 2018, articulé autour de quatre verbes clés : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. Ces verbes, choisis par le pape François, guident la réflexion et les actions de l’Église et des fidèles envers les migrants et les réfugiés. Ils représentent un devoir de justice, de civilisation et de solidarité envers nos frères et sœurs forcés de quitter leur lieu d’origine.

De la « Mare Nostrum » à la « Mare Mortuum », un appel à la solidarité méditerranéenne en Grèce
Lors de son voyage apostolique en Grèce en décembre 2021, le Pape François a évoqué la transformation tragique de la Mare Nostrum (Notre Mer) en Mare Mortuum (Mer Morte), faisant référence à la crise migratoire en Méditerranée. Le pontife a lancé un cri d’alarme poignant pour les migrants, dénonçant un « naufrage de civilisation » lors de sa visite au camp de Lesbos. Lors de ce voyage, il a permis à 50 demandeurs d’asile de rejoindre Rome.

La guerre en Ukraine en 2022 représente la globalisation des problèmes
La mondialisation des problèmes est représentée par la guerre entre la Russie et l’Ukraine avec ses « dommages de guerre incalculables », du point de vue des victimes, tant civiles que militaires, des crises énergétiques, financière, humanitaire et alimentaire. Le pape François explique comment la situation doit être affrontée dans une perspective globale. Une seule crise ne peut être résolue indépendamment des autres, « ni l’immensité de la souffrance humaine être prise en considération sans tenir compte de la crise sociale, dans laquelle, pour un profit économique ou politique, la valeur de la personne humaine est diminuée et les droits de l’Homme bafoués ».

Aux Rencontres méditerranéennes, le pape François, messager de paix et d’unité, au cœur de la Méditerranée
Le Pape est venu à Marseille, en septembre 2023 pour promouvoir le dialogue et la compréhension mutuelle entre les différentes cultures et religions du bassin méditerranéen. La ville de Marseille, décrite comme un « laboratoire de la fraternité », a servi de cadre symbolique à cet événement qui visait à aborder les défis communs et à tracer de nouveaux chemins de paix et de réconciliation dans la région.
Le Pape a abordé la question des migrants lors des Rencontres méditerranéennes. Dans son discours de clôture, il a fermement défendu l’accueil des migrants, déclarant que « Ceux qui risquent leur vie en mer n’envahissent pas, ils cherchent hospitalité ». Le Pape a également dénoncé le « tragique rejet de la vie humaine » concernant les personnes qui émigrent.

En 2024, Dieu marche avec son peuple pour la 110ème Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié
Pour le pape François, l’accueil des migrants est un travail en harmonie avec l’Évangile qui « nous invite à faire du bien à tous et de manière particulière aux derniers, aux plus pauvres, aux plus abandonnés, aux malades, aux personnes en danger ». Il nous invite à reconnaître le Seigneur présent au milieu de son peuple, qui en chaque migrant, frappe à la porte de notre cœur et s’offre à la rencontre.

En 2025, la 111e Journée mondiale du migrant et du réfugié en lien avec l’Année jubilaire
La Journée mondiale du migrant et du réfugié en 2025 coïncidera avec l’Année du Jubilé, créant une occasion unique de réflexion et d’action sur ces deux thèmes importants. Elle aura lieu les 4 et 5 octobre 2025. « Migrants, missionnaires d’espérance » est le thème choisi par le pape François pour la 111ᵉ Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié (JMMR).
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Au service des mineurs et des migrants
Utopia 56 qui est au service des mineurs migrants est née en 2016, suite de l’interpellation d’un jeune à son père, après la mort du petit Alyan « Nous ne faisons rien ».
Le père part à Calais et avec son aîné et décide de venir en aide aux migrants. Constitués en association, ils proposent de l’aide en aliments, en vêtements et créent un réseau d’hébergement des mineurs en attente de papiers. Nous avons relayé la pétition, pour les 138 jeunes qui vont se retrouver à la rue à Lille, à la fin de la trêve hivernale. En une semaine ce sont 1000 signatures supplémentaires que nous aurons aidé à recueillir. La semaine précédente, à la permanence à St Honoré, c’est Dieu, un jeune sub-saharien que nous rencontrons. Il est mineur non reconnu par le service de l’aide sociale à l’enfance, il a déposé un recours avec l’aide d’un avocat auprès du juge des enfants. Mais en attendant la décision de la justice, ce jeune se retrouve seul à la rue car le 115 ne peut le prendre en charge pour un hébergement d’urgence car mineur et les services du département ne peuvent pas le prendre en charge car non reconnu mineur ! Ce jeune se retrouve donc à la rue, perdu, angoissé et en danger.
Après avoir accueilli Dieu et l’avoir écouté et faute de lui avoir trouvé un hébergement, nous avons rappelé le 115, la personne au bout du fil touchée par notre insistance a proposé que Dieu reste à proximité du foyer la Passerelle pour que l’équipe de maraude puisse le conseiller. Beaucoup de jeunes mineurs non accompagnés se retrouvent à la rue, et beaucoup d’entre eux faute de reconnaissance de leur statut quittent notre département et finissent dans des camps de fortune à Paris.

# 1 La Pastorale des Migrants commence dans l’Eglise Universelle
P. Bernard MASSARINI c.m.,
accompagnateur Pastorale des Migrants
C’est pour répondre aux migrations économiques des italiens vers les Amériques du Nord et du Sud que l’Eglise met sur pied un service des déplacé. Il y a 110 ans, en 1914, que le Pape Benoît XV a instauré “une journée mondiale du migrant et réfugié”, en écho à l’appel d’un évêque du nord de l’Italie, qui, dans les années 1900, avait invité à l’instauration d’une commission pour les migrants catholiques. Depuis 2004, la journée est célébrée par toute l’Eglise, le deuxième dimanche après l’épiphanie.
En août 1952, la seconde guerre mondiale ayant entraîné le déplacement de plus de 20 millions de personnes, le Pape Pie XII, publie la constitution apostolique Exsul familia Nazarethana, qui met en forme la doctrine de l’Eglise sur la question des migrations. Le titre est une allusion à la fuite de la Sainte Famille en Egypte. Cette famille devient l’archétype des familles de réfugiés. Le document rappelle le principe de la destination universelle des biens, un des éléments-clefs de la doctrine sociale de l’Eglise, et l’accueil des familles arrivantes.
Pie XII transforme le simple bureau en un “Conseil supérieur pour l’émigration” rattaché à la “Congrégation des évêques”. Au début des années 1960, les migrations se sont amplifiées, le traité de Rome inscrit le principe de libre circulation comme un droit.
En 1963, l’encyclique Pacem in terris, du pape Jean XXIII, confirme le droit à émigrer: un droit humain fondé sur l’idée de la fraternité universelle.
En 1970, le motu proprio Apostolicae Caritatis du pape Paul VI, élargit les charges de ce conseil à toute la question de la mobilité humaine (y compris le tourisme) et le bureau devient Commission pontificale pour la pastorale des migrants et du tourisme, sous la tutelle de la Congrégation des évêques.

# 2 Le Pape Benoît XVI redynamise la pastorale des Migrants
P. Bernard MASSARINI c.m.,
accompagnateur Pastorale des Migrants
Les papes récents sensibles aux mouvements de populations ont adapté le service. Peu de temps après son élection, en mai 2005, le Pape Benoît XVI, répondant aux nouvelles situations de migrations, publie l’instruction Erga migrantes caritatis Christi (la charité du Christ envers les migrants). Ce texte rappelle que les travailleurs ne sont ni des marchandises, ni de simples facteurs de production et demande de reconnaître leur contribution à l’économie du pays d’accueil. Il dénonce les privations de droit élémentaires ainsi que les phénomènes de travail humain et d’esclavage. Le texte veut encourager un accueil de l’étranger au sens plénier, soutenant le regroupement familial et le droit à l’éducation des enfants. Il incite les laïcs à s’engager dans la société civile afin que les droits des étrangers soient respectés et que les lois civiles réalisent ces objectifs. Le texte souligne l’importance du dialogue interreligieux, notamment avec les immigrés musulmans.
Le Pape François, par un motu proprio, le 31 août 2016, va organiser un nouveau dicastère pour le développement humain intégral qui reprend les compétences des conseils pontificaux “Justice et Paix” et “Cor Unum”, la pastorale des migrants et des personnes en déplacement et la pastorale des services de santé.

# 3 La pastorale des migrants débute dans le diocèse d’Amiens
P. Bernard MASSARINI c.m.,
accompagnateur Pastorale des Migrants
Elle parait, en 1957, dans l’annuaire diocésain, sous Mgr Renati Stourm, en retenant la mission polonaise, puis en 1960 apparaît la mission ukrainienne, cette année sont aussi inscrits des confesseurs en 8 langues : allemand, anglais, chinois, espagnol, flamand, hollandais, italiens, polonais et ukrainiens. Saluons l’efficacité de l’Eglise de la Somme qui avait des confesseurs chinois dans les années 60. Dans l’annuaire diocésain en 1967, sous Mgr Gery-Jacques-Charles LEULIET, disparaissent les deux aumôneries, subsistant seulement les confesseurs linguistiques. Ils ne seront plus mentionnés l’année suivante.
Cette année-là, en 1968, Mr Henri GÉRARD est nommé à : “l’aumônerie des étrangers et migrants”. Elle est répertoriée comme un “service diocésain”. En 1970 elle a toujours son siège rue St Jacques. En septembre 76, le journal diocésain « le dimanche » publie une communication de l’aumônerie des étudiants qui attire l’attention sur les étudiants étrangers qui sont 728 de 53 pays dont 260 d’Afrique du Nord ; 142 de Roumanie ; 90 du Portugal et 60 d’Asie. En Juin 77, une lettre de l’évêque d’Agens « Faut-il renvoyer les immigrés chez eux ? » est suivie d’une présentation des 128.000 migrants de Picardie avec leur répartition notamment sur Peronne ; Peyrat ; Nesle ; Albert ; Corbie, elle rapporte que 55% sont Portugais, 10% Algériens ; Belges et Polonais il note que 29% travaillent dans l’agriculture ; 30% dans l’industrie et 23% dans le bâtiment.
En juillet 1993, dans la même revue, la Commission diocésaine de la pastorale des migrants animée par Mme Francette Rodary, communique un appel collectif avec le MRAP et le Secours Catholique sur le droit au rassemblement familial et la nécessité du respect des personnes déboutées qui risquent de lourdes peines dans leurs pays, si elle sont renvoyées . Durant cette période, comme se repense une loi sur les migrations. La Commission épiscopale des migrants fera un texte invitant au respect des droits des personnes que le Courrier Picard saluera cette initiative qui sera citée dans le journal diocésain.
Après les émeutes des cités en 1993, une équipe de professionnels, administratif à laquelle une des membres de la pastorale des migrants participe va établir un livre blanc pour répondre aux défis révélés par ces violences. Il sera publié en 1994 ; il dresse le constat sur l’emploi, le logement, la culture et l’éducation. Il propose la création de 200 emplois possibles dans les diverses structures des cités. Il sera transmis aux autorités administratives et politiques. Il est le signe de la vitalité d’un service qui répond aux besoins concrets des personnes qu’ils ont la mission d’accompagner.
En 1995, Mgr Jacques NOYER crée : “la Commission pastorale des Migrants”, avec une équipe d’une quinzaine de personnes autour de Mme Rodary. En 1998, Chantal DELGOVE la remplace et se voit adoubée d’un délégué épiscopal A DUBLED. L’année suivante, en sept 1996 n° 16, la commission présente l’article de Mr Perdu sur la Fête du Peuple de Dieu vécue fin septembre à la cathédrale, en présence de Zaïrois, Vietnamien, Libanais et Ivoiriens. Durant cette période dans les archives de monseigneur Noyer a été retrouvé un petit fascicule ‘Tout homme est mon frère’ qui présentait toutes les associations des étrangers à Amiens….

#4 Le service se diversifie des années 2000 aux années 2010
Si l’équipe continue, mais elle n’a plus que 9 bénévoles. Elle se voit confier une triple mission : accueil-écoute, approfondissement de la foi, solidarité.
En février 2002 Francette Rodary présente un dossier avec clarification de termes exil, étranger, émigré qui est continué par le compte-rendu de l’EAP de Cayeux qui accueille de jeunes migrants.
Il faudra attendre Mgr Jean-Luc BOUILLERET, en 2005, pour réorganiser les services diocésains. Il en reconnaît 2 : la communication et la formation permanente et propose 4 Pôles :
-Initiation,
– Solidarité qui comprend : la pastorale des migrants, celle des milieux populaires, le CCFD, le Secours Catholique et la Maison d’arrêt.
– éducation vie et foi
– et social
Dans les années 2005, 2006, divers textes sont publiés du comité épiscopal des migrants, une note du conseil permanent de l’épiscopat, le tout pour participer au débat en insistant sur le respect des familles, des droits des personnes et du traitement humain nécessaire à l’accompagnement des migrants qui sont avant tout des personnes.
En 2011, en janvier un article d’un membre de l’équipe de pastorale fait une communication sur la place des migrants et réfugiés. Elle organise une fête des communautés. L’année suivante en janvier développe un dossier autour de la journée du migrant. D’abord commentant un texte du pape Benoît XVI sur migrant et évangélisation puis clarifie la terminologie employée : étrangers, migrants réfugiés puis présente les secteurs de travail des migrants dans le département puis témoigne de deux migrants en marche vers le baptême. Il est suivi d’un appel de l’aumônerie étudiante pour parrainer des étudiants africains. Le dossier se clôt par une parole de la responsable du service qui invite à se tenir dans une attitude d’espérance.
En 2013, le père Patrick DERVILLE devient délégué épiscopale, tandis Mme Chantal DELGOVE devient responsable de la commission. En septembre 2014, la cathédrale accueillera une fête des peuples

#5 Le diocèse continue dans la discrétion à servir les migrants
En 2015, Mgr Leborgne nomme Mme Martine DURAND déléguée épiscopale du Pôle Solidarité et Mme Carole POIRET, responsable du service. Elle a un bureau à la Maison diocésaine mais choisit de tenir sa permanence dans la maison paroissiale de la cathédrale, plus centrale. Elle reçoit une lettre de mission plus détaillée : accompagner dans le cheminement, accueil humain et spirituel; une pastorale de la communion en sensibilisant les acteurs pastoraux paroisses mouvements, services; veiller aux communautés migrantes africaines, vietnamiennes et de Madagascar; elle doit aider l’Eglise locale à découvrir ces multiples cultures. Elle est attentive aux nouveaux arrivants arméniens, iraniens, syriens. En 2020, le bâtiment de la cathédrale où elle siège entrant en réfection, elle transfère sa permanence dans l’église Honoré, confiée depuis 2015 à la diaconie.
En Septembre 2025 Mme Poiret qui préside la Commission accueille le P Bernard Massarini comme accompagnateur. Pour découvrir le visage de cette pastorale dans le diocèse, ils adressent un courrier à tous les prêtres qui ne sera suivi d’aucune réponse. Ils transmettent alors le questionnaire aux coordinateurs pastoraux. Seuls 7 répondent, 2 seulement partageant des détails de leurs services, tous deux dans la ville d’Amiens. Les paroisses bord de mer qui n’ont pas manifesté de souci particulier pour ces réalités. Nous savons qu’aujourd’hui continuent deux équipes ethniques : une équipe de vietnamiens avec paroisse qui durant le carême organisent l’opération bol de riz, les polonais qui se retrouvent sur St Rémi. Un sondage Insee de 2012 dit que, sont 46881 en Picardie :
– 21 228 sont européens [934 Portugais ; 1687 Belges ; 1909 Espagnols ; 2082 Italiens ; 2093 Polonais ; 980 Allemands] ; 19608 d’Afrique [14181 Maghreb : 5276 Algérie ; 7732 Maroc ; 1173 Tunisiens] et 5427 d’autres Afriques [Madagascar, Guinée, Nigeria, Congo] ; 4906 d’Asie ; 2219 de Turquie ; Autre Asie 2687 et d’Océanie 1072.
Le service tient encore une permanence chaque semaine qui reçoit entre 5 et 10 personnes, à l’église St Honoré, mais nous sommes sans équipe d’animation ; donc incapables d’assurer le lien avec le monde associatif et les paroisses. Le questionnaire que nous avons adressé aux curés est resté sans réponses. Les coordinateurs d’équipes pastorales qui l’ont ensuite reçu n’ont adressé deux réponses racontant des services de nos sœurs et frères migrants. Sur Péronne se trouve le centre d’attente des migrants avec O.Q.T.F., et sur Rue, a été réquisitionné un local paroissial, par un contrat avec la préfecture, pour recevoir les migrants ayant échoués dans leurs traversées. Nous n’en n’avons aucunes nouvelles. Plusieurs d’entre vous sont solidaires de personnes en attente de papiers, notamment le réseau de familles amiénoises Jeunes Réfugiés Service. Certains d’entre vous prennent en charge la nourriture ou vêtements des personnes déboutées.
Nous vous attendons pour que continue ce service de notre Eglise, car, continuant à servir nos sœurs et frères migrants, comme le disait la lettre aux Hébreux : « N’oubliez pas l’hospitalité : elle a permis à certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des anges ».

CONTE DE NOËL
Un enfant du village. / saatékönö dindin dolémou
Un jour, un enfant quitte le village. / Loundo, dindin bè böla a la saatéla
Dieu sait pourquoi. / allah le dörönkhaalon / a bè böla Mounna.
Dieu a fait grandir en son cœur le désir de quitter.
Et Dieu l’accompagne.
Il place l’enfant sous sa main, Il le recueille dans Sa main.
Car, si l’enfant quitte le village, le village lui n’a jamais quitté l’enfant.
Tout le village : ses champs, ses fruits, ses enfants, ses noms, sa langue, ses liens, ses parents, son amour peut-être, mais aussi ses pluies, ses chaleurs, et bien sûr sa foi, tout le village est resté intact dans le cœur de l’enfant.
Et ainsi, quand l’enfant quitte le village, le village lui-même se sépare de lui-même, mais sans en avoir conscience.
Quand l’enfant prend la route, c’est, porté dans son cœur, tout son village qui prend la route, mais sans conscience, sans yeux, sans voix.
L’enfant a quitté le village. Il ne lui a pas demandé la route. Le village l’aurait-il donnée ? C’est à Dieu Même qu’il a demandé sa route, et Dieu la lui a donnée à sa manière qui n’est pas celle des pauvres hommes.
Dieu a conduit l’enfant dans des pays secs, sans eau, sans arbre, des pays d’une seule langue et d’une seule couleur, sans l’ombre du village où reposer sa tête. Dieu ainsi éprouvait le désir de l’enfant. Il lui disait : tu veux quitter ton village ? Sais-tu ce qu’est quitter ? Si tu ne le sais pas, je te l’apprendrai sous Ma main. Ton village est toujours en toi, il voyage avec toi comme les morts voyagent avec les vivants, mais, puisque tu as désiré le quitter, tu dois apprendre à ne plus le voir, tu dois désirer le village autant que tu as désiré le quitter. Alors tu sauras vraiment ce qu’est désirer et ce qu’est quitter. Alors ton cœur aura grandi et appris.
Après les pays secs, sans eau, Dieu conduit l’enfant sur l’eau, pour un passage vers d’autres pays encore. Ce passage est dangereux. Beaucoup d’enfants de maints villages y ont laissé leur vie, avalés par le flot. L’enfant désirait quitter son village, mais devant le passage de l’eau son cœur se serre d’angoisse. Il confie son angoisse à Dieu. Dieu ne lâche pas l’enfant, Il le tient dans sa main.
Sur le bateau s’est reconstitué comme un petit village de personnes, des enfants, des femmes, des familles, qui ont quitté le leur, venus de tous les pays par-delà les pays secs.
Un village humain dans un bateau fragile. Un village uni par l’angoisse, l’angoisse du passage. Combien d’enfants sur ce bateau savent même ce qu’est un bateau ? Ce que c’est qu’avancer sur l’eau ? Le bateau avance mais il est si chargé, chargé qu’il est de son village d’angoisse, qu’il s’enfonce dangereusement dans l’eau. Peur et silence règnent à bord. Chacun attend son destin. Chacun se confie à Dieu car à qui d’autre confier sa vie sur ce bateau ? Le bateau avance, le village d’angoisse avance et à travers lui, tous les villages dans le cœur de toutes les personnes présentes à bord.
En ces jours d’angoisse sur le bateau, l’enfant prie cinq fois par jour, comme au village. Il prie sans cesse. Et Dieu entend sa prière, Dieu garde l’enfant sous Sa main.
Le bateau approche d’une terre, c’est la rive qu’ils ont tous désirée. Ils arrivent, enfin. Cette fois ils sont vraiment arrivés. Dieu leur a permis le passage, celui des pays secs et celui de l’eau, dans Sa main invisible ils ont accompli leur destin. C’est un peu du village quitté qui arrive là-bas, mais cela, ni là-bas ni le village ne le sait. Seul Dieu le voit et le sait, seul l’enfant le porte en son cœur.
Dans le pays où est arrivé le bateau, les gens parlent une langue inconnue. Ils donnent un téléphone à l’enfant. L’enfant alors ressent une grande joie. Voici deux ans qu’il a quitté son village et qu’il n’a pu parler à quelqu’un, donner ses nouvelles au village. Il a gardé tout son village dans son cœur et dans sa tête, le numéro de son parent bien-aimé. Il l’appelle. Dans cet appel, dans cet échange, combien de joie ! L’enfant retrouve une voix chérie de son village et, après deux ans, le village apprend que l’enfant est en vie, qu’il est arrivé là où il désirait aller.
Responsable de la pastorale des migrants
Carole POIRET – 03.60.12.32.05
cpoiret@diocese-amiens.com
Prêtre référent
P. Bernard MASSARINI
bmassarini@diocese-amiens.com
Permanences les mardis
14h00-18h00
2, rue Dom Bouquet – (Église Saint Ho)
Amiens
