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Corps, solitude et espérance – Mars 2015

« Mais le sanctuaire dont il parlait, c’était son corps. »

Jésus, dans le passage de l’Évangile de Jean que nous entendions le troisième dimanche de carême, venait de chasser les marchands du temple : « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce ! » Il déclara : « Détruisez ce sanctuaire, et moi, en trois jours, je le relèverai. » Ses auditeurs demeurèrent incrédules car il avait fallu en effet 42 ans pour construire ce temple.

 « Mais le sanctuaire dont il parlait, c’était son corps. » Cette précision de l’évangéliste est décisive. Elle nous oriente vers le mystère pascal, vers la passion – résurrection que Jésus va vivre. Elle nous oriente vers le salut. Voilà que Dieu, en Jésus, assume un corps, voilà qu’il assume une existence humaine dans la singularité de son histoire et de ses relations. Et si Dieu en Jésus fait cela, c’est pour accueillir en lui tous nos corps, toutes nos histoires, toutes nos singularités et les faire passer à la puissance de sa résurrection. Le Verbe s’est fait chair (JEAN 1,14), Dieu en Jésus a pris corps pour que nous devenions en lui le corps du Christ, et que toute personne, sans exception, puisse être associée à la victoire de la Croix.

C’est l’espérance chrétienne qui s’annonce là, dans l’épaisseur de nos vies humaines. C’est aussi la dignité de la personne humaine qui est confirmée. Le corps humain, sanctuaire de la vie humaine, devient le lieu de la demeure de Dieu. « Et le temple dont il parlait, c’était son corps. » L’amour de la maison du Père, dont l’évangéliste nous dit qu’il sera le tourment de Jésus, n’est pas l’amour de quelques pierres, mais l’amour d’un corps vivant qui assume tous les corps, l’amour de l’humanité où Dieu, par Jésus au souffle de l’Esprit, désire édifier sa demeure. Et la colère de Jésus touche encore plus à la commercialisation de la vie humaine qu’à celle du culte : « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce ! »

Cette colère de Jésus vient nous rencontrer alors que la législation sur l’euthanasie est en discussion au parlement. Nous sommes là sur des questions extrêmement graves. Celle de la souffrance. Celle de la dignité de la personne humaine dont le siège est le corps. Celui-ci ne peut jamais se réduire à son utilité, à ses capacités. Il est beaucoup plus que ce qu’il donne à voir. Nul d’entre nous n’existe hors corps.

L’interdit du meurtre est structurant de la vie sociale : s’il faut progresser dans l’accompagnement de la souffrance – et de l’avis de nombreux médecins, nous avons encore beaucoup à faire – s’il faut développer une culture des soins palliatifs en lui donnant les moyens nécessaires, vouloir définir des exceptions à ce principe met la vie sociale en danger. L’histoire ancienne et récente montre que quand on commence à jouer avec les limites, les raisons de s’arrêter progressivement disparaissent. Nous ne pouvons pas jouer ainsi avec la vie humaine !

Mais dans son souci de défendre la dignité humaine, l’Église ne veut pas en rester à seulement alerter. Elle s’engage auprès des personnes âgées et des malades depuis si longtemps. Il nous faut continuer ce mouvement.

La question de l’euthanasie, la question du corps souffrant, est bien plus qu’une question seulement technique. C’est aussi et fondamentalement la question de la solitude. Tous les soignants le disent : quand la souffrance est médicalement prise en compte – ce qui est presque toujours possible – et que les relations sont rétablies autour du patient, les demandes euthanasiques disparaissent presque toujours.

La charité en acte doit nous guider pour répondre aux défis de notre société. La question de l’euthanasie c’est, pour une part importante, la question de la solitude. Il me semble que cela nous provoque à l’action, chacun personnellement, et nous comme communauté chrétienne.

Ainsi, il me paraîtrait opportun que nous nous déterminions à l’action en réfléchissant, par exemple, à partir des questions suivantes :

– Qu’en est-il du fonctionnement de nos équipes paroissiales du service évangélique des malades ?
– Qu’en est-il, en communauté, de notre capacité à repérer les solitudes, à les signaler à la communauté, et à nous organiser pour les visiter ?
– Qu’en est-il, pour chacun d’entre nous, de la relation à nos anciens, qu’ils soient de notre famille ou de notre voisinage immédiat ?
– Est-il possible de nous soutenir mutuellement afin que chacun consacre entre un quart-d’ heure et une heure par semaine pour visiter une personne seule ?

La meilleure des réponses aux débats qui traversent notre société est l’action. Allons-y ensemble.
Belle montée vers Pâques !

+ OLIVIER LEBORGNE, ÉVÊQUE D’AMIENS