Installation de Don Alexis Germon – Paroisse des Saints Apôtres – Amiens

Homélie de Mgr Le Stang
Installation de Don Alexis Germon
Curé de la Paroisse des Saints Apôtres
Samedi 12 septembre 2026

Chers frères et sœurs,  

Recevoir un nouveau curé, c’est recevoir un don de Dieu. Chaque prêtre a reçu la grâce du sacerdoce, mais celle-ci se déploie à chaque fois dans une personnalité différente. Depuis que je suis votre évêque, j’ai connu ici Don Claude-Noël Desjoyaux. Puis est venu Don Antoine de Roquefeuil. Il se fait bien à Dijon, même si ça lui faisait bizarre d’avoir un évêque qui s’appelle Antoine comme lui !  Vous le pleurez tous je l’espère. Car il faut pleurer avec ceux qui nous quittent, mais aussi se réjouir avec ceux qui se réjouissent. Nous nous réjouissons donc d’accueillir Don Alexis Germon. Il a déjà une belle expérience, en particulier dans les quartiers populaires d’Île-de-France. Nul doute qu’il sera pour vous un bon Pasteur, je n’en ai aucune inquiétude et suis sincèrement heureux de l’installer comme curé, au milieu de vous. J’espère simplement que ses amis de Saint-Denis, où il garde une mission ne vont pas trop le croquer, et qu’il en restera un bout pour vous et les prisonniers de la maison d’arrêt.  Il a certes un bon gabarit, on peut tous en avoir un petit bout, plaise à Dieu. 

Don Alexis vient de lire l’Évangile car c’est sa mission de vous l’annoncer et de vous le faire comprendre. Voyons donc ce que contient cet évangile d’aujourd’hui. C’est la parabole du débiteur impitoyable. Jésus la raconte à ses amis pour les faire entrer dans le mystère du pardon sans limite qui est le mystère même du cœur de Dieu. Il s’agit que chacun d’entre nous ait un peu en lui, voire beaucoup de ce cœur de Dieu qui aime et pardonne sans limite. Jésus dit jusqu’à 70 × 7 fois. Voilà qui nous parle, nous qui aimons compter les choses. Nous sommes en effet toujours en train de compter : compter notre argent, compter notre temps, compter nos calories, compter nos heures de cours à l’école, compter nos jours de RTT, et bien sûr, très souvent, compter sur les autres. L’autre jour à la maison diocésaine, je vois une personne repasser à nouveau devant mon bureau. Je lui demande ce qui lui arrive et elle me dit : je fais mes 10 000 pas !  Mais n’est-ce pas là être esclave d’une règle comptable, d’une loi fixée par le smartphone ! En disant 70 × 7 fois, concernant le pardon, Jésus dit à Pierre : que t’importe de compter combien de fois pardonner, l’important est de pardonner à l’infini. Ce n’est pas simple, mais c’est ainsi que respire le cœur de Dieu, au rythme du pardon. Alors que ton cœur batte aussi comme ce cœur de Dieu pour chacun de tes frères. 

Jésus sait bien que ses disciples ont du mal à comprendre ce qu’il enseigne. Il passe alors par cette parabole du débiteur sans pitié. J’ai compté six fois le mot « rembourser » dans cette parabole. Votre curé, don Alexis, a fait des études commerciales et il connaît donc toutes les règles du business. Un commercial sait compter, faire payer ou rembourser. Mais, un jour, le Seigneur l’a appelé à sa suite. Il lui a expliqué que l’Évangile n’était pas affaire de business mais de gratuité. Le don de Dieu est sans limite. Il est gratuit. Il est pour tous. Rassemble-les tous des quatre coins de l’univers en ma cité céleste, il y a de la place pour tout le monde, de quoi faire la fête du vin, du lait, de la viande, sans compter, gratuitement. Merci donc Alexis de montrer à chacune de tes ouailles que Dieu ne nous rend pas esclave d’une quelconque comptabilité de nos fautes, de nos erreurs, de nos limites, de nos échecs… mais que l’amour que nous avons les uns pour les autres, qui se traduit concrètement en générosité et en pardon, est la seule chose qui compte à ses yeux. Ils découvriront ainsi le cœur de l’Évangile. 

À un moment dans l’Évangile, le second débiteur s’adresse à celui qui a été libéré de sa dette en lui disant : « prends patience envers moi ». Vous savez comme moi que la patience est un fruit de l’Esprit Saint. Un des fruits qui se développent, hélas, le moins bien sur l’arbre de nos vies. Mais je le redis ici : c’est un des signes que l’Esprit Saint porte du fruit en nous, que nous vivons dans l’Esprit Saint. Le fait que le créancier ne fasse preuve d’aucune patience, plonge ses amis dans la tristesse. Et quand la tristesse est là, la joie de l’Évangile est absente. L’Esprit Saint n’y est pas. Don Alexis tu as la charge de sanctifier, tes frères, de les rendre saints de la sainteté de Dieu, à travers la prière et les sacrements, et en les aidant à se sanctifier en vivant dans une charité toujours plus grande. Il faut pour cela que toi-même, tu vives dans l’Esprit Saint. Vérifie donc régulièrement ton baromètre intérieur et son degré de patience. Si elle fleurit en toi, gloire à Dieu, tu vis dans sa joie, et tu sauras accompagner tes brebis avec un cœur de pasteur, bon et magnanime. J’ai noté que, sachant l’importance de cette vertu de patience, tu préférais rouler en 2CV rouge plutôt qu’en Lamborghini ! C’est un bon début. Que grâce à cette patience du cœur de Dieu qui s’épanouit en toi, chacun sente qu’il est attendu avec amour. Que le rythme de sa conversion soit lent ou rapide, c’est toujours un cœur bon et patient qui l’attendra pour lui communiquer le pardon infini de Dieu. 

Saint-Paul nous dit ce jour : nous appartenons au Seigneur. Vraiment ? Appartenez-vous au Seigneur ? Dans votre vie comme dans votre mort ? Est-ce ainsi que tu vois ta vie : j’appartiens au Seigneur, dans ma vie comme dans ma mort. Quoi que je fasse quoi que je possède, ma vie est entre tes mains, Seigneur, je m’abandonne à toi. C’est toi le Sauveur, c’est toi qui a la patience infinie. C’est par ta grâce que tout s’accomplit. Que chaque jour, en cette paroisse, te soit donné, par la joie ou par la croix, cette conviction grandissante que toute ta vie appartient au Seigneur et que Lui seul donne la croissance et l’être. Qu’il veille sur toi. Et qu’il t’attire là où peut-être tu ne pensais pas aller, mais là où tu vivras de son bonheur infini. Car il nous pardonne 70 × 7 fois et même bien davantage. C’est la seule chose dont nous avons besoin. Amen.

+ Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens