Homélie de Mgr Le Stang – Rassemblement des Équipes du Rosaire

Homélie Mgr le Stang
Rassemblement régional des Équipes du Rosaire
Samedi 6 juin 2026
Rainneville

 

Chers frères et sœurs,

Avez-vous remarqué, dans les Évangiles, la qualité du regard que Jésus pose sur les femmes ? J’ose dire sa chasteté, c’est-à-dire la qualité profonde d’une relation qui ne manipule pas, qui n’écrase pas, mais qui donne vie, en particulier à des femmes en souffrance. Il en va ainsi pour la femme adultère, la Samaritaine, la femme qui avait des pertes de sang, Marie-Madeleine, mais aussi la femme — citée dans une parabole — qui retrouve sa pièce précieuse, ou encore ses amies Marthe et Marie. D’où lui vient ce regard observateur, attentif et respectueux ? De son Père du Ciel, certainement, avec qui il ne fait qu’un dans l’Esprit, car Dieu est amour, et l’amour est respect, douceur et attention. Mais cela lui vient aussi de la grande qualité de son éducation humaine, sous l’influence de sa mère, la Vierge Marie, et de saint Joseph. Jésus vit l’Évangile avec Marie. Il regarde le monde à la manière de sa mère, avec un même regard contemplatif et méditatif, un regard qui voit ce que les autres ne voient pas. Il est façonné par la douceur et la force de sa mère, son sens familial et son attention aux proches, par le fait qu’elle se garde de juger, qu’elle médite en son cœur et ose dire quand il manque quelque chose, tel le vin aux noces de Cana.

Ici, la femme est veuve et pauvre. Jésus la remarque. Elle se faufile au milieu de grands donateurs, cossus et nombreux, sans doute remarqués de tous, honorés, salués. Beaucoup de riches dans cette foule, dit saint Marc. The place to be, cette salle du Trésor. Un regard à la fois doux et perçant observe et comprend la réalité autrement. Un regard qui n’est pas celui d’une intelligence artificielle, qui calcule, ni celui d’une intelligence superficielle, qui spécule. Les yeux de Jésus, les yeux de son cœur, voient cette femme invisible, transparente, sans voix. Elle a mis tout ce qu’elle avait pour vivre. Elle n’a pas mis ce qu’elle a : elle a mis ce qu’elle est. Plus que tous les autres.

Offrir au trésor du cœur de Dieu non pas seulement ce que nous avons, mais ce que nous sommes, n’est-ce pas là le cœur de l’Évangile ? Chaque mystère du rosaire que vous méditez nous fait découvrir, mieux avec Marie, comment Jésus donne toujours non pas ce qu’il a, mais ce qu’il est. Jésus, qui se dispose peu à peu au mystère de son sacrifice personnel sur la croix, discerne la vérité des personnes. Sont-elles vraies ou non ? Ont-elles — ou non — une compréhension juste et bonne de leur existence ? Leur foi est-elle un cri du cœur, un abandon vrai entre les mains du Père ? Son regard, divinement imprégné de l’amour du Père et humainement façonné par le cœur de sa mère, voit l’invisible : non pas l’apparence, mais le cœur.

Et nous sommes ainsi conduits, nous aussi, à entrer dans cette manière de voir et d’agir : par notre prière mariale centrée sur le Christ en ses mystères, par nos échanges qui nous rendent attentifs à ce que vivent les autres au fil des jours et nous sortent de nous-mêmes, par nos visites aux voisins, aux personnes en souffrance, par nos actes de service et d’évangélisation, qui commencent par l’écoute. Nous apprenons à donner non pas ce que nous avons, mais ce que nous sommes, en sacrifice de louange, pour la gloire de Dieu, avec, en nous, une paix que le monde ne peut pas nous donner.

Le Seigneur, suivi pas à pas dans l’Évangile, nous apprend ainsi, au milieu du brouhaha quotidien et des comportements superficiels, à reconnaître les personnes au cœur vrai, « les saints de la porte à côté », et il nous donne, à nous aussi, de savoir les imiter, en osant recevoir la joie de nous donner. Il ouvre nos mains et nos cœurs à ceux que personne ne voit ni ne visite. Soutenus par la gratuité de la prière, dans le silence, il nous recrée sans fin à son image.

L’exhortation de saint Paul à son fils spirituel Timothée nous aide aussi en ce sens : Paul invite Timothée (celui qui honore Dieu) à proclamer la Parole. Comment ? Par exemple, en racontant cet Évangile simple de l’humble veuve saluée par Jésus, cette parole si essentielle et si percutante à la fois. Il viendra un temps, ajoute saint Paul, où les gens, au gré de leurs caprices, iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ce temps n’est-il pas le nôtre ? Contre la démangeaison d’un « nouveau » qui ne satisfait jamais, parce qu’il manque souvent de profondeur et de vérité, il y a cette parole sobre et profonde de l’Évangile, qui nous donne le Christ et qui nous rend heureux de faire notre « travail d’évangélisateur » en Église. Cette parole nous rend joyeux d’avoir mené le bon combat et gardé la foi.

+ Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens