Homélie de Mgr Le Stang – Confirmation des adultes – Pentecôte 2026
Homélie de Mgr Le Stang
Confirmation des adultes
Dimanche 24 mai 2026
Cathédrale d’Amiens
Chers frères et sœurs confirmands,
Avec vos communautés chrétiennes, vos accompagnateurs et vos prêtres, nous sommes dans la louange et l’émerveillement, et vous aussi, étonnés d’être là aujourd’hui. Notre Église ne cesse de s’étonner du miracle de votre présence, si nombreuse et du miracle, plus grand encore, du jaillissement de Dieu dans votre vie. Le Seigneur a préparé vos cœurs depuis votre naissance. Vous auriez pu vous croire abandonnés à certains moments, mais vous avez découvert qu’Il était là, vous portant dans ses bras, vous attirant à Lui avec attention et délicatesse, patience et respect de votre liberté.
Et voici un second miracle : le Seigneur renouvèle aujourd’hui sa présence au milieu de nous, par la célébration des sacrements : pour beaucoup d’entre vous, il y eu le baptême, la nuit pascale, et le sacrement de l’eucharistie cette même nuit, et aujourd’hui la confirmation. Ces trois sacrements n’en font qu’un. Le Père qui vous a créés par amour, vous a fait passer, par son Fils Jésus, de la mort à la vie, de la nuit à la lumière. Avec ce même Fils unique, Il fait descendre sur vous l’Esprit Saint, et vous voilà pleinement membre de son Corps qui est l’Eglise.
Et c’est le troisième miracle : le miracle de l’Église. Elle n’est pas seulement le rassemblement des hommes et femmes que nous sommes, bien imparfaits, souvent pécheurs, et toujours en chemin de conversion. Elle est un corps vivant animé, nourri et édifié par le Corps eucharistique du Christ et irrigué par l’Esprit Saint. Elle est ce Corps dont nous sommes les membres, cette construction dont nous sommes les pierres vivantes, sans mérite de notre part, reflétant la clarté du Christ qui illumine intérieurement son Église. C’est pourquoi, l’Église si souvent énerve et fascine à la fois : ses membres sont bien imparfaits et pécheurs et son organisation n’est pas toujours efficace, et pourtant chacun de nous, et nous tous ensemble, nous sommes comme des vases d’argile, dépositaires d’un trésor qui nous dépasse et qui est Dieu lui-même. Personne n’est capable de dire ‘Jésus est Seigneur’ sinon dans l’Esprit Saint.
Ne négligez pas l’Eglise dont vous devenez les membres en recevant la plénitude de l’Esprit Saint. Elle est votre famille, et comme toute famille nombreuse, il n’est pas toujours facile d’y trouver sa place. Mais l’Eglise, comme communauté et par les sacrements qu’elle célèbre, vous est donnée pour continuer votre conversion, votre chemin de sainteté et l’accomplissement de votre vocation au contact du Christ, notre vrai médecin, notre Sauveur et notre ami. L’Église est lieu de ressourcement et de repos – et beaucoup d’entre vous y avez déjà trouvé le repos et la paix que vous cherchiez -, et nous devons tout faire pour qu’elle le demeure. C’est par elle que Dieu veut révéler son amour au monde et lui faire prendre les chemins de la justice, de la paix, de la bonté et du respect mutuel. L’Eglise est votre famille. Dans la puissance de l’Esprit, aimez-la et ne la divisez pas. Transformez-la aussi avec la ferveur de votre foi qui l’aide à sortir de ses routines et de ses mauvaises habitudes. Rendez-la fidèle à sa vocation d’école de vie selon l’Évangile, à la suite de Jésus.
Le Seigneur, par son Esprit Saint, vous a fait un don étonnant : le don de croire en Lui (la foi), le don de l’aimer et d’aimer vos frères et sœurs jusqu’à l’extrême (l’amour), le don d’espérer même quand les forces de mort semblent prendre le dessus (l’espérance).
Une jeune femme m’écrit : je suis heureuse d’avoir la foi et de demander la confirmation, mais l’aurai-je toute ma vie ? un vertige la saisit. Comment ne pas lui rappeler la loi de l’amour divin : Dieu est fidèle. Ses dons sont sans retour. Nous ne fabriquons pas notre foi. Elle est un don pour toujours et Dieu ne reprend jamais ce qu’il a donné. A nous de garder notre cœur ouvert, au fil des joies intenses et des épreuves cruelles de la vie.
Par la foi, bien sûr, nous connaissons Dieu et nous adhérons à ce que croit l’Eglise catholique. Votre cheminement a été une formation pour mieux connaître cette cette foi à laquelle vous avez adhéré en disant : je crois ! Mais elle est aussi une réalité intérieure, comme l’a écrit autrefois un saint de notre diocèse, Saint Paschase Radbert, moine à Corbie, au IX° siècle. On débattait à Corbie de questions du genre : au fond, qu’est-ce que la foi ? La foi, dit Paschase avec ses mots, met réellement en nous quelque chose de l’être même de Dieu. De même, dit-il, que la communion au Corps du Christ est communion au corps réel et vivant du Seigneur Jésus qui ouvre la voie vers l’éternité. Dieu n’est pas une idée ou une valeur, ou une vertu qui nous inspire. Il est une présence, présence réelle en nous. Ainsi, reliés les uns aux autres, de tous les peuples de la terre, de toutes origines sociales ou familiales, nous devenons son Corps qui est l’Eglise, son Peuple – le Saint Peuple de Dieu -, le Temple de son Esprit Saint.
Saint Augustin, s’adressant aux néophytes la semaine après Pâques, disait en commentant le texte des disciples d’Emmaüs :
« Il cheminait avec eux, il l’héberge, il rompt le pain, ils le reconnaissent. Et nous, ne disons pas que nous ne connaissons pas le Christ. Nous le connaissons si nous y croyons. C’est peu dire : nous le connaissons si nous y croyons. Si nous croyons, nous l’avons. Ils avaient le Christ avec eux à table, nous l’avons avec nous dans notre âme. Avoir le Christ dans son cœur, c’est plus que l’avoir dans sa maison car notre cœur est plus intime que l’est notre maison. » (Sermons pour la Pâques, 246 §4).
Chers amis, quand aujourd’hui par la parole de l’évêque uni à ses prêtres, le Christ soufflera sur vous et vous dira : Recevez l’Esprit Saint, c’est vraiment Dieu qui viendra en vous. Dieu ne se moque pas de nous. Il ne nous fait pas de fausses promesses. Il connaît la réalité concrète de notre vie, les chemins parfois douloureux par lesquels nous sommes passés et passerons. Il ne nous a pas vendu du rêve comme un politique en campagne électorale. Il n’a pas fait semblant en naissant dans une crèche et en mourant sur une croix. Il a rejoint l’intime, le quotidien de notre vie, sans esbroufe, ni fanfaronnade. Dieu au-delà de nous, s’est fait Dieu avec nous, Dieu pour nous et aussi Dieu par nous pour notre monde qui dépérit de l’avoir oublié, nié ou simplement de ne pas le connaître.
Alors, non, nous n’avons pas à craindre de perdre la foi, l’amour et l’espérance mais à redouter cependant de les voir s’étioler, s’attiédir faute de prendre soin de ce germe divin qui infuse en nous. Plus important cependant, c’est de nous réjouir, en pensant que ces dons grandiront en vous, par votre prière personnelle et notre vie en Église, et plus encore par le partage que vous ferez et le témoignage que nous donnerez de cette foi, de cet amour et de cette espérance qui brûlent en vous. Vous avez vécu les sacrements de l’initiation et ce mot le dit bien : tout cela n’est qu’un début, le début de l’aventure chrétienne, , de l’aventure magnifique de votre sainteté, commencée en fait depuis longtemps.
Le Seigneur fait de vous ses missionnaires, chacun selon sa vocation. Il est bon de vous demander alors : et maintenant, quelle est ma vocation en Église ? A quoi Dieu m’appelle-t-il ? Il fait de vous des serviteurs, à la suite de Jésus qui est venu pour servir et non pour être servi. Serviteurs de sa joie. Serviteurs d’un bonheur que le monde ne peut donner. Serviteurs habités par une paix du cœur qui est fruit de l’Esprit Saint. Que cette paix du cœur vous soit donnée, aujourd’hui, et pour l’éternité. Amen.
+Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens