Messe de Clôture de la mission paroissiale d’Amiens

Homélie de Mgr Le Stang
Clôture de la mission paroissiale d’Amiens
Dimanche 26 avril 2026
Eglise Saint-Paul d’Étouvie
Chers frères et sœurs,
A l’issue de cette semaine missionnaire, ceux qui l’ont vécu intensément entendent peut-être résonner d’une manière nouvelle la prédication audacieuse de Saint Pierre à Jérusalem (1° lecture). C’est la prédication du kérygme, le cri de la foi : Ce Jésus, que vous aviez crucifié, Dieu l’a fait, Seigneur et Christ. Pierre annonce cela avec paresia, un mot grec qui signifie à peu près : assurance tranquille. Lui qui était enfermé dans la crainte, avec les 11 autres apôtres, peut désormais, dans la force de l’Esprit Saint, annoncer le Christ sans peur, exhorter à la conversion, et proposer le baptême à ceux qui désirent se convertir.
Nous touchons en cela le sens profond de l’existence même de l’Eglise qui « existe pour évangéliser » selon le mot du Pape Paul VI. Des confirmands, hier, m’interrogeaient : « C’est quoi l’Église ? Et à quoi elle sert ? ». Les uns disaient : c’est le partage, l’amitié, la communauté, on est bien ensemble… toutes choses vraies. Mais il a fallu en venir au cœur : l’Eglise est l’Eglise de Jésus. Il a voulu l’Eglise, non pour être un club d’amis sympathiques, mais pour continuer sa mission avec courage et parfois jusqu’au martyr. L’Eglise est l’Eglise de Jésus. Elle aime Jésus. Elle annonce Jésus. Elle donne Jésus au monde et y discerne sans cesse sa présence. Elle fait voir Jésus et elle contemple Jésus en train de sauver le monde, en se faisant aider par ceux qui croient en lui et se donnent à lui et avec Lui, pour la mission.
Ce don pour la mission est un appel pour chacun d’entre nous, chacun dans l’état de vie et la situation sociale où il se trouve. En ce dimanche de prière pour les vocations, nous pensons particulièrement à tous les consacrés et aux prêtres qui ont répondu à un appel si particulier du Seigneur pour incarner l’Evangile dans le célibat, une simplicité de vie et l’obéissance. En mémoire de Ste Thérèse, pensons aux carmélites et aux contemplatifs, poumon spirituel de l’Eglise, mais aussi à tant de religieuses apostoliques dans le monde. Pensons aux prêtres et à ceux qui se préparent à le devenir, les séminaristes et ceux qui s’engagent. Et il y en a. Cherchant un lieu pour former un jeune en propédeutique la semaine passée, le prêtre qui s’en occupe s’est entendu dire : chez nous, c’est déjà plein pour septembre prochain. Embêtant pour nous (nous trouverons une solution !) mais encourageant pour notre Église. Des jeunes entendent encore l’appel du Seigneur à l’engagement d’une vie. La moisson est abondante.
Sainte Thérèse, comme il en va au Carmel, avait à cœur de prier pour les séminaristes et les prêtes. Elle avait vite compris que les prêtres, souvent saints et tout donnés à leur vocation, sont aussi des « hommes à la fois fragiles et faibles ». Mais elle écrira aussi : « aucune fragilité humaine ne peut être obstacle à la prédication de l’Evangile tant que la flamme de l’amour brûlera au cœur de l’Église ». Son titre de patronne des missions tient à cet engagement spirituel qu’elle a eu pour les prêtres et notamment les missionnaires. On pense à ce jeune séminariste des Pères Blancs, le normand Maurice Bellière, qui porta toute sa courte vie sur lui les lettres reçues de Thérèse, dont celle-ci qui disait :
« Vous ne pourrez être un saint à demi, il vous faudra l’être tout à fait ou pas du tout. J’ai senti que vous deviez avoir une âme énergique et c’est pour cela que je fus heureuse de devenir votre sœur. Ne croyez pas m’effrayer en me parlant «de vos belles années gaspillées ». Moi je remercie Jésus qui vous a regardé d’un regard d’amour comme autrefois le jeune homme de l’Evangile. Plus heureux que lui, vous avez répondu fidèlement à l’appel du Maître, vous avez tout quitté pour Le suivre, et cela au plus bel âge de la vie, à 18 ans. Ah ! mon frère, comme moi vous pouvez chanter les miséricordes du Seigneur, elles brillent en vous dans toute leur splendeur… » (Ste Thérèse à l’abbé Bellière. 21 juin 1987).
Il est touchant de faire mémoire de ce texte en ce jour où Jésus nous apparaît sous le figure du Bon Pasteur. Le christianisme, dis-je souvent, est la religion de la liberté. Non pas la liberté de faire n’importe quoi, mais la liberté que L’Esprit libérateur nous offre. On doit donc toujours se méfier de responsables ecclésiaux, prêtres ou laïcs, qui peuvent avoir sur nous une influence toxique, une emprise malsaine, ou que sais-je. Seul le Christ est le bon Pasteur. Il nous a laissé un modèle, pour que nous allions sur ses traces. La pastorale en général consiste à faire en sorte que tous, en ce monde ressentent ce pastorat du Christ. Et les prêtres, notamment, qui reçoivent mission de conduire l’Église, de la sanctifier, de l’enseigner, ont vocation à rendre présent le Christ Bon Berger, c’est-à-dire à ne pas capter l’attention sur eux-mêmes, mais à faire en sorte que à travers eux, toute personne puisse accueillir Jésus dans sa vie. C’est une mission très exigeante et très belle à la fois, et il ne faut pas hésiter à prier pour que des jeunes y répondent, et à transmettre nous-mêmes humblement cet appel, avec sérieux à des enfants et des jeunes en qui nous voyons des dispositions à cette consécration de vie au Seigneur.
Nous venons de prier le psaume 22. Il est bon de le connaître par cœur ce psaume car il nous dit qui est Jésus : le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien… Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal… Il décrit aussi la mission des prêtres appelés à ressembler au Christ Bon Pasteur. Et plus largement, il décrit la mission de toute l’Église : en elle, toute personne reçoit la grâce de ressentir l’amitié de Jésus pour elle, la grâce de pouvoir dire : le Christ est mon Berger. Vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes retournés vers votre Berger, le gardien de vos âmes. (…) Par ses blessures nous sommes guéris. Merci à l’Eglise, donc, qui, quand elle remplit bien sa mission (pensons au voyage du Pape Léon en Afrique ces jours-ci), aide tant de personnes à ressentir l’amour et la sollicitude de Jésus Sauveur sans sa vie.
La semaine missionnaire du Champ Notre-Dame s’achève mais la mission, elle, ne s’arrête jamais tant que le Christ n’est pas revenu. Toutes les paroisses d’Amiens ont été touchées d’une manière ou d’une autre. L’année prochaine, nous nous concentrerons sur une paroisse en particulier pour y vivre une mission paroissiale, un temps fort de mission pour lequel tous s’engagent. Que les volontaires fassent signe rapidement ! Mais il y a aussi bien d’autres projets et mutualisations à vivre en champ missionnaire. Cette expérience a été un signe magnifique que laïcs et prêtres de nos paroisses, nous pouvons lancer une dynamique commune. Nous pouvons manifester notre communion entre communautés chrétiennes, et cela dans la communion des saints, unis à Notre-Dame, à Sainte Thérèse et à tant d’autres figures de sainteté qui prient pour nous dans la gloire du ciel.
Que le Seigneur nous prenne en pitié et nous comble de sa joie. Amen.
+ Mgr Gérard le Stang
Evêque d’Amiens