Homélie de Mgr Le Stang pour la Vigile Pascale
Homélie de Mgr Le Stang
Vigile pascale
Samedi 4 avril 2026
Cathédrale d’Amiens.
Chers frères et sœurs,
Les lieux saints, à Jérusalem, sont déserts, en raison de la guerre. Même le patriarche catholique fut, dimanche dernier, interdit d’accès à la basilique du Saint-Sépulcre qui renferme à la fois le mont Golgotha et le tombeau désormais vide où fut déposé le corps de Jésus. Cette ambiance de mort, en Terre Sainte, dit quelque chose de la situation de notre monde, accablé par une chape d’inquiétude, aux motifs multiples. Sur cette souffrance et cette attente de paix, le Saint-Père donnera demain sa bénédiction urbi et orbi, comme le font les Papes chaque année au jour de Pâque. Une parole de bénédiction pour notre monde enfermé dans ses malédictions. Une parole qui, grâce au Christ Vivant, source d’espérance, annonce une vie plus forte que la mort. Une parole qui engage à se tenir debout, à ne pas craindre, à se battre avec la certitude intime, que la Paix de Jésus Ressuscité est pour tous, et qu’il est avec nous aujourd’hui et jusqu’à la fin des temps. Ne craignez pas ! La parole de l’ange et de Jésus aux femmes est pour tous. Cette parole doit résonner dans le monde entier, accompagnée d’actes, posés par les artisans de paix et bâtisseurs d’amour que le monde attend. Pâque nous rend messagers joyeux de cette espérance active.
L’annonce de la Résurrection nous vient, cette nuit, par l’Evangile de Matthieu. Chez lui, les femmes au tombeau sont deux, ce qui est suffisant pour un témoignage crédible de cet événement de lumière. Car c’en est un. L’ange, dit Matthieu, avait l’aspect de l’éclair et était blanc comme la neige. Pas simple à imaginer. Mais ce qu’il annonce est encore plus difficile à concevoir : Vous cherchez le crucifié, il n’est pas ici, il est ressuscité. Et pourtant, cela fait naître en elle un début de foi. Elles repartent joyeuses porter la nouvelle, et chemin faisant, elles rencontrent Jésus lui-même qui les saluent et les envoient en mission.
Au fond, elles sont un peu comme nous, particulièrement vous, futurs baptisés : D’abord, un témoin, un signe a fait naître en vous un début de foi. Certains, dès l’enfance, bien que vivant dans une famille athée, ont cru en Dieu et ressenti sa présence. « Je priais, dit l’une d’entre vous, sans savoir qui je priais ». Et alors, chemin faisant, vous avez découvert Jésus, et votre cœur s’est embrasé. Jésus, dites-vous souvent, est devenu votre ami, votre confident, votre maître et Seigneur. Comme les femmes, vous auriez pu vous prosterner devant Lui, et peut-être l’avez-vous fait. Et vous voilà prêts à être baptisés dans sa mort et sa résurrection, prêts à être unis à son corps par la communion et à recevoir son Esprit Saint, à la confirmation. D’abord, donc, un signe, une lumière, une paix, une présence qui font dire : la vie n’est pas insensée. Ce monde a en lui une bonté première, comme nous l’avons entendu dans le récit de Création, au livre de la Genèse (1° lecture). Ce monde n’est pas déserté par Dieu, mais poussé par lui à vivre des passages de la servitude à la liberté, comme il libéra son le Peuple de l’esclavage, comme le raconte le livre de l’Exode (2° lecture). Et Dieu montre sans cesse à ce peuple, sa miséricorde et son pardon, comme l’annonçait inlassablement le prophète Isaïe (3° lecture). A chacun il veut donner un cœur nouveau et un esprit nouveau, et verser sur nous une eau pure, ce que prophétisa Ezéchiel (4° lecture), et c’est ce qui se réalise en Jésus son Fils par qui nous menons une vie nouvelle. En Lui nous mourrons, avec Lui, nous vivrons, selon la conviction de Saint Paul, lui-même converti de manière radicale sur le chemin de Damas (5° lecture). Toute les Écritures convergent en Jésus. Dieu nous a faits pour rencontrer son Fils, et notre cœur est sans repos tant que cette rencontre n’a pas eu lieu, et qu’il ne demeure en nous.
Dans un témoignage célèbre, le jeune juif converti, futur archevêque de Paris (1981/2005), raconte ainsi sa première visite au tombeau de Jésus, à Jérusalem :
« Ultime étape de ce chemin, je suis arrivé au Saint Sépulcre. Je suis entré dans cette basilique obscure, délabrée en ces années-là. Elle n’avait pas encore été reconstruite. Il faut se courber pour franchir la porte étroite du Sépulcre. Un moine veille à ce que vous ne vous cogniez pas la tête contre le linteau. Il tient un petit cierge pour vous donner de la lumière. Bref, cela est aussi peu mystique que possible. Il faisait très chaud. Je me suis retrouvé touchant la plaque de marbre qui recouvre la roche. Je l’ai touchée de mes mains, j’ai mis mon front dessus et c’était une pierre fraîche. Alors, je me suis dit : « Aussi vrai que cette pierre est là, que tu la touches, qu’elle résiste à tes mains et à ton front, et s’impose à tes sens, il faut que tu te décides si, oui ou non, tu adhères pleinement au Christ ressuscité, à Dieu sauveur, à l’appel de Dieu à son peuple pour le salut du monde. Ou bien tu t’en vas, il n’est que temps. » Et la lumière donnée à cet instant-là, enfin l’événement intérieur alors vécu, peut se traduire ainsi : les raisons pour et contre existent, elles ne sont pas de poids égal, mais elles ne résolvent rien. En revanche, ce qui décide de tout, c’est ma relation personnelle à Celui en qui je me reconnais créé, appelé, sauvé, aimé, et capable, par le don qu’il m’en fait, d’être un témoin de ce qui m’est accordé. Telles furent la question et la décision. Et j’ai vécu ce mois dans un mélange de joie et de douleur. » (Jean-Marie cardinal Lustiger. Le choix de Dieu.)
Chers amis, pour nous aussi, c’est l’heure de la foi, et si nous n’en voulons pas, il n’est que temps d’aller voir ailleurs. Mais si nous adhérons vraiment de cœur et d’esprit à Jésus de Nazareth, Fils de Dieu et Sauveur du monde, alors, que cette foi ne soit pas tiède, que cette amour soit sans hypocrisie, et que cette espérance soulève les montagnes. La Paix du Christ vivant est un Trésor. C’est elle qui change la face de ce monde. Que les femmes du matin de Pâques nous entraînent dans leur joyeux sillage. Amen.
+ Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens