Dimanche des Rameaux et Passion du Seigneur
Homélie de Mgr Le Stang
Dimanche des Rameaux et Passion du Seigneur.
Dimanche 29 mars 2026
Cathédrale Notre-Dame d’Amiens.
Où veux-tu que te fassions les préparatifs pour la Pâque ? demandent les disciples. Jésus dit : Allez chez Untel et dites-lui : c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque. Et Si Untel, c’était chacun de nous ? Jésus s’invite chez toi pour la Pâque. L’un de vous va me livrer, dit plus loin Jésus. Les disciples ne demandent pas : « Qui est-ce ? » Mais serait-ce moi ? Quand il s’agit de la trahison de Jésus, tout le monde se sent visé, hier comme aujourd’hui. Qui vit vraiment l’Evangile annoncé par le Christ ? En regardant notre carême, nous le voyons bien : même de petites résolutions, quasiment indolores, nous ne les tenons pas.
Jésus ajoute : c’est celui qui s’est servi au même plat que moi. Mais quand il n’y a qu’un seul plat auquel tout le monde se sert avec ses doigts, comme on le faisait alors, tout le monde est concerné. C’est pourquoi, consciemment, sachant que tous ont besoin de pardon, de guérison et de salut, il dit : Ce pain est mon corps livré pour vous. (…) Ce vin est mon sang, le sang de l’alliance, versé (non seulement pour vous) mais pour la multitude, en rémission des péchés. Aucun d’entre nous n’est au clair avec la trahison, la torture et la mort de Jésus, le Fils de Dieu. Car Dieu est amour et l’amour n’est pas aimé.
Jésus ne désespère pas de nous pour autant. Il sait la trahison de Judas, celle de Pierre et des autres. Il n’est pas dupe de nos rodomontades assauts de piété. Seules quelques femmes, aimantes et courageuses, resteront au pied de la croix. Mais il donne rendez-vous : Une fois ressuscité, je vous précèderai en Galilée. Je plonge avant vous, je plonge pour vous dans l’océan glacial de la mort, mais je vous attends sur l’autre rive. Ne désespérez pas de vous-mêmes. Une alliance nouvelle entre le ciel et la terre est possible, envers et contre tout.
Nous vivons dans un monde où les puissants trahissent chaque jour le projet du Créateur, souvent avec la complicité par ceux qui les élisent et en font des idoles alors que ce ne sont que de misérables despotes. Mais Dieu ne se laisse pas berner par la trahison des hommes. Il sait qu’il y a toujours quelques femmes et beaucoup d’enfants qui ne désespèrent de l’amour. Il donne sa vie pour tous. Il s’est fait l’un de nous et va jusqu’au bout de sa solidarité, se faisant obéissant au Père de tout amour, jusqu’à la mort et la mort de la croix ; et il nous donne rendez-vous dans l’avenir, quand nous aurons compris qu’il ne sert à rien de perdre notre âme à vouloir gagner l’univers.
Mon âme est triste à en mourir, dit le Fils de Dieu accablé par le péché des hommes et angoissé devant la mort, ajoutant aussitôt : Veillez avec moi, tout en consentant à la volonté du Père. Il ne baisse pas les bras. Il ne résume pas sa vie au gâchis de son projet refusé et au mal qu’on va lui faire. Il en fait un tremplin pour que l’amour de Dieu soit offert sans conditions. Jésus est seul et abandonné de tous, trahi par ceux qui étaient censés le suivre, livré à l’insulte, à la violence et à la moquerie, humilié par Pilate et par tous ceux qui s’en lavent ses mains plutôt que de les salir en les mettant dans le cambouis du service des autres.
Mais les Écritures sont accomplies. Le Serviteur souffrant ne sera pas confondu. Le voile peut se déchirer. Dieu se saisit de la trahison des hommes et de tout mal pour attester qu’il ne lâchera rien ni jamais. L’heure n’est pas à céder au désespoir de Judas mais aux larmes de Pierre. L’histoire de l’humanité peut passer du désespoir à l’espérance. Vraiment, il est fils de Dieu. Vraiment nous sommes sauvés par Dieu en Jésus crucifié. Nous t’adorons au Christ et nous te bénissons, parce que tu as racheté le monde par ta sainte croix. Amen.