Bénédiction des travaux – Église de Saveuse –

Homélie de Mgr Gérard Le Stang. 
Bénédiction des travaux 
Samedi 21 février
Église de Saveuse

 

Chers frères et sœurs, 

Dans l’histoire bien connue de Saint François d’Assise, au début du XII° siècle, il y a une rencontre déterminante avec le Christ à la Chapelle Saint Damien, une chapelle en ruines, dans la magnifique région de l’Ombrie. François entend le Christ lui dire : « va, François, répare mon Eglise qui comme tu le vois, tombe en ruine ». On connaît la suite de l’histoire et la naissance des franciscains, et comment Saint François est devenu un des plus grands saints de l’Église catholique, un des saints qui, dit-on, ressembla le plus à Jésus. 

Je me réjouis donc des lois de séparation, de l’Église et de l’État qui, au début du XXe siècle, ont rendu les communes propriétaires de nos églises et chapelles paroissiales, et ont offert aux maires la possibilité de devenir des saints à la suite du poverello d’Assise. C’est ce que vous avez fait, Monsieur le maire, je vous en remercie et surtout je rends grâce à Dieu que vous ayez pu prendre avec votre municipalité ce chemin de sanctification. Une occasion supplémentaire en est offerte lorsque des activités culturelles sont proposées au curé de la paroisse en son église : chacun veille à ce que la programmation soit conforme à l’usage habituelle d’une Église : rien de politique ni de commercial, mais une alliance de la foi et de la culture, qui n’aille pas contre la parole de l’Évangile et les bonnes mœurs, qui élève les cœurs. En contribuant ainsi par un choix culturel qui favorise le bien commun et s’oriente vers la paix à laquelle Dieu nous appelle, le maire, autant que le curé, ainsi que tout autre responsable culturel, est mis en chemin vers la sainteté. Tout cela me remplit d’espérance.  

Va répare mon Eglise. Saint François a compris peu à peu que cette demande du Christ ne consistait pas seulement à réparer la Chapelle Saint Damien, mais à relever l’église catholique, faite de pierres vivantes, pour la rendre plus simple et plus sainte, pour l’aider à vivre plus joyeusement, plus à hauteur d’Evangile, à la suite de Jésus, pauvre de cœur.  

C’est ce que les chrétiens, essayent de vivre durant le carême, que nous avons entamé mercredi dernier et qui va durer 40 jours, et même un peu plus car les dimanches ne sont pas comptés. On y ajoutera les jours qui précèdent Pâques et nous serons prêts à fêter la résurrection. Nous connaissons les conseils donnés pour le carême, que Jésus rappelle, en indiquant qu’ils doivent être vécus sans ostentation mais avec humilité et esprit de pénitence, sous le regard de Dieu notre Père qui regarde le cœur, et non les apparences ou les performances. Ces trois conseils sont : prier, jeûner, partager… au moins un peu plus que d’habitude, voire beaucoup plus, notamment les vendredi où on se souvient de la Passion de Jésus. Prendre le temps de prier, c’est la base : la foi est une rencontre de Dieu. Jeûner, c’est la condition : si tu ne fais pas de place à Dieu, il ne peut entrer dans ton cœur, il faut donc vider sa vie de ce qui l’encombre (trop de nourriture peut-être… mais en fait toutes les dépendances ou addictions qui pourrissent nos vies), et enfin partager, c’est le but, car je peux prier vers Dieu et me priver de tout, si je n’ai pas la charité, si je laisse mon frère mourir de faim, tout cela n’est que vent et poursuite de vent. Le carême est un acte personnel (personne ne se convertit à ta place), il est aussi un acte communautaire : c’est toute l’Église qui est en chemin. Des chemins de croix peuvent être célébrés ainsi que des petites rencontres entre chrétiens genre 3P (pain-prière-partage) … 

Ces 40 jours, symbole de toute une vie sont un temps de tentations, telles que Jésus les a vécues dans le désert. Seul, il a commencé à ressentir la faim. Et le diable l’a tenté comme dans le texte de la Genèse qui raconte la tentation d’Adam et Eve par le serpent menteur. Tout homme (ou toute femme) peut être tenté : tenté de se prendre pour Dieu quand tout va bien pour lui, tenté de se décourager et de vendre son âme au diable quand plus rien ne va. Jésus résiste aux tentations, et cela le rend vraiment humain, car céder à la tentation, voilà ce qui déshumanise. Il nous ouvre un chemin d’humanisation et de sanctification formidable. Souvent, nous sommes tentés, et souvent aussi, hélas, nous succombons aux tentations de violence, de jeux d’argent, d’agressivité et de colère, d’égoïsme, de lâcheté, d’irresponsabilité, et que sais-je encore. Mais le carême est chemin vers Pâques, vers la vie que Dieu donne, plus forte que la mort, le mal et le péché. Chemin de guérison et pardon par un Dieu qui sans cesse nous remet sur la voie royale de l’Espérance. Soyons donc heureux d’avancer ensemble vers la joie pascale. Puis, allons et ensemble, réparons notre Église qui, si souvent à cause de nous, tombe en ruines. Amen.  

 

+ Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens