Messe de clôture de la mission paroissiale à Chaulnes et Roye

Messe de clôture de la mission paroissiale
Homélie de Mgr Gérard Le Stang
Dimanche 22 février
Eglise de Roye

 

Chers frères et sœurs, 

 

Entre le début et la fin de notre mission paroissiale, nous sommes passés du temps ordinaire au carême. Beaucoup de chrétiens ont célébré le mercredi des cendres, célébration d’entrée en carême. Célébration très suivie par les jeunes en particulier. La cathédrale d’Amiens débordait de plus de 1500 jeunes pour cette célébration, alors que les églises environnantes débordaient aussi de fidèles, notamment l’église Saint-Leu, où se rassemblent habituellement les étudiants. De ma longue vie d’homme, de prêtre et d’évêque, je n’ai jamais vu cela en France. La foi refleurit, le désir de Dieu affleure partout, la soif de sens et de spiritualité est très prégnante. Alors que notre époque est marquée par la cupidité et le dévoilement de crimes sexuels horribles (l’affaire Epstein), la guerre proche, la violence, les agressivités de toutes sortes, jusque dans notre parlement complétement déconnecté de la réalité, voici qu’à bas bruit, Dieu vient réveiller les jeunes générations pour leur dire : « j’ai besoin de toi. Tu vas bien ou pas, qu’importe, j’ai juste envie de te donner ma paix et que tu en témoignes autour de toi ». Notre Dieu ouvre tout grand pour nous le chemin de l’Évangile, et c’est celui que nous voulons emprunter en carême, tournés vers la joie de Pâques. 

Pourtant, il y a des tentations, et ce dimanche nous le rappelle. Des tentations de se prendre pour Dieu, de vouloir tout savoir et jouir de tout, comme Adam et Ève, nos frère et sœur dans le livre de la Genèse, tentés par le serpent menteur. Tous, quand tout va bien pour nous, nous pouvons être tentés d’oublier les autres, d’oublier la gratitude, l’action de grâce, et la réponse d’amour à notre Dieu. Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? dit Saint-Paul. Quand tout va bien, pour nous, nous sommes tentés de nous prendre pour la source, et c’est alors qu’elle se tarit. La source d’amour, c’est Dieu, et nous sommes invités à nous placer sous la cascade de cet amour, pour tout recevoir de lui, et lui faire réponse par une vie qui lui rend donneur, une vie, joyeuse, une vie donnée, à la suite de son fils. Nous pouvons aussi être tentés de prendre des impasses ou de croire qu’il y a des solutions faciles quand nous souffrons. Le diable a bien compris cela quand il a vu la faim de Jésus et sa solitude au désert. Mais Jésus ne se laisse pas tromper. Il affirme, appuyé, sur la parole de Dieu, son absolue confiance en son père. Il ne prend pas les impasses que le diable lui propose. Par lui, nous pouvons avoir confiance : dans les impasses de la vie, il nous aidera toujours à dépasser les tentations, à ne pas céder au désespoir, ni à l’orgueil, à savoir nous relever en prenant conscience que nous ne sommes pas seuls, qu’il nous tient la main pour accomplir notre vocation d’hommes et de femmes, appelés à une vie plus forte que la mort. 

C’est de tout cela dont témoigne une mission Paroissiale. Certes, beaucoup de paroissiens n’ont pas vécu la mission Paroissiale de Roye et Chaulnes. Certes, nous n’avons pas multiplié les activités, et tout ce que nous avons fait ne relevait pas d’une action missionnaire vers l’extérieur de la communauté. Mais nous avons amorcé quelque chose de très important : nous nous sommes souvenus que l’Église existe pour la Mission. Jésus a voulu des frères et des sœurs pour être avec Lui, en communion, et pour les envoyer en mission et continuer l’œuvre qu’il avait lui-même entamée en annonçant, en paroles et en actes, le royaume de Dieu tout proche. Et ceux d’entre nous qui ont vécu cette mission, sur la place du marché à Roye par exemple, ont compris que la mission, ce n’est pas forcément très simple, mais que c’est un chemin de joie et de rencontres magnifiques. Plusieurs jeunes et adultes préparent les sacrements de baptême, communion, confirmation dans nos paroisses. Ils ont été mis en chemin par l’Esprit Saint. Mais leur préparation est possible, parce que quelqu’un est allé vers eux, leur a parlé du Christ, ou leur a ouvert la porte dans l’église, les a accueillis et leur a fait une proposition de formation et de cheminement, comme le parcours Alpha par exemple. Quelqu’un, c’est un homme, une femme, un baptisé qui a pris sa foi au sérieux, et qui sait que la vie chrétienne c’est témoigner de la foi, se donner pour le Seigneur, inviter en son Église, et offrir de son temps, de ses talents, de son trésor. 

Cette mission paroissiale est un début, un temps fort qui vous a manifesté, comme dans les cinq autres paroisses du diocèse qui la vivent cette année, que notre Église est missionnaire, et qu’être missionnaire, ce n’est pas la mer à boire. C’est simplement oser le risque de la rencontre, pour écouter le Seigneur, déjà présent dans l’autre, pour dialoguer avec lui, et être attentif à ses besoins, pour témoigner de sa foi et lui expliquer ce en quoi nous croyons chaque fois que possible. Ce n’est pas faire une propagande hors-sol mais exprimer d’une manière ou d’une autre que Dieu est proche de chacun et que chacun peut lui répondre en toute liberté. La Mission, ce n’est pas la mer à boire, mais nous pouvons être tentés, comme Jésus par le diable, de nous dire que ce n’est pas pour nous et de céder à la démission ou au découragement. Puissions-nous, tout au long de ce carême, par notre prière, notre ouverture de cœur et nos actes de partage, donner plus de tonicité à cette foi, cette espérance et cet amour que Dieu a mis en nous. Merci à tous ceux qui ont organisé la mission Paroissiale et se sont engagés pour qu’elle soit fraternelle, priante et audacieuse. C’est un début. Le Seigneur nous attend plus loin. Il nous fait confiance. Amen.  

+ Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens