Homélie de Mgr Le Stang pour la clôture de l’année Sainte
Homélie de Mgr Le Stang
Fête de l’Épiphanie et clôture de l’année Sainte.
Dimanche 4 janvier 2026
Cathédrale d’Amiens.
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Chers frères et sœurs,
Tout au long de l’année sainte, les regards ont été tournés vers Rome, particulièrement durant le temps pascal qui nous a valu l’émouvant départ du Pape François, après qu’il nous ait béni une dernière fois le Saint Jour de Pâques, et quelques temps après, l’élection étonnante du cardinal Robert Prévost sur le siège de Pierre. Entre pèlerinages jubilaires multiples et rayonnement universel de la papauté, Rome la catholique a brillé d’un éclat de sagesse et de pondération, dans un monde où elle semble parfois bien seule à exhorter à la paix, à l’amour des plus pauvres, au respect de la Création et de la dignité humaine (notamment des personnes en fin de vie). Si souvent seule, aussi, à rappeler dans l’Espérance qu’un autre monde est possible dès à présent, dans la perspective de la Jérusalem du ciel vers laquelle convergent toutes les nations.
Car il est bien entendu que ce n’est pas l’éclat de la papauté ou la puissance de notre Église qui est recherchée par nous qui sommes catholiques. Nous sommes tout entier tournés vers Jérusalem, Cité de Dieu vers laquelle, Jésus monta pour mourir et ressuscité le troisième jour. Jérusalem, Cité sainte préfigurant la cité du ciel, espace de convergence pour l’humanité et la Création, appelées à connaître le bonheur d’être sauvé et glorifié par Dieu. Car Dieu ne nous a pas créés par hasard ou par erreur, mais pour le bonheur éternel, en sa présence.
Le Pape Léon nous a, du reste, quasiment annoncé la prochain Année Sainte, en 2033, en rêvant que tous se retrouvent à Jérusalem, pour célébrer les 2000 ans du sacrifice pascal de Jésus, événement saint entre tous. Mais entretemps, quel chemin faudra-t-il parcourir pour que Jérusalem devienne cité de Paix pour toutes les nations de la terre, à commencer par ceux qui se la partagent aujourd’hui ! Entre notre vision d’une Jérusalem radieuse, au cœur frémissant et dilaté, et la réalité présente, il y a ce chemin caillouteux et âpre de l’Espérance, montée douloureuse qui doit surmonter bien des désespoirs, – ce qui est le propre de l’Espérance – , car l’espérance est accueil non pas d’un espoir retrouvé mais d’un désespoir transfiguré par le mystère pascal de Jésus. Si nous mourons avec Lui, avec Lui nous vivrons.
Nous avançons donc, comme les mages, chercheurs de Dieu, non pas à l’aveugle mais guidés par l’étoile. Et nous commençons l’année en demeurant quêteurs d’espérance. La discrète communauté de Taizé vient de réunir 15 000 jeunes à Paris pour son rassemblement européen annuel. Le frère Mathew, son prieur, – pour rédiger son message d’envoi -, avait invité des jeunes (étudiants, jeunes professionnels, notamment des jeunes de l’Est de l’Europe), à lui faire remonter leur réponse à la question : « Que cherches-tu ? » Il a rassemblé et exprimé les réponses de ces mages des temps actuels, en sept quêtes profondes qui sont celles-ci :
– Je cherche le silence… au milieu du bruit et de l’accélération de toute chose.
– Je cherche une direction pour ma vie et la vie avec les autres, qui respecte mon désir d’appartenance et de sécurité.
– Je cherche la joie, à recevoir et à donner
– Je cherche un sens qui me permettent d’assumer les questions profondes de la vie
– Je cherche un monde juste, malgré sa complexité, et par-delà sa violence.
– Je cherche une communauté, dans la conscience que « tout est lié ».
– Je cherche la Paix et la liberté.
Peut-être des jeunes diraient-ils les choses autrement. Ils sont tellement divers. Mais ces aspirations profondes sont parlantes, et cela est source d’espérance. Cette quête est déjà un cadeau fait au Christ, comme les offrandes des mages devant l’or, l’encens et la myrrhe, symboles d’une foi authentique et d’une adoration profonde. Les mages, ces chercheurs de Dieu, attirés par une étoile qui les précède, gratifiés d’une rencontre avec l’humilité du Dieu fait homme, rentrèrent chez eux par un autre chemin, le chemin d’une vie de témoins, habitées d’une joie nouvelle qui fuit les tentations de compromissions avec le mal dont Hérode leur avait fait sentir le fumet, connaissant bien la nature humaine, si prompte à être tentée. Mais « Dieu lime les dents des envieux » dit le poète Saint Ambroise de Milan. Il nous conduit à désirer autre chose que ce qui nous fait du mal.
Frères et sœurs, nous voici donc sortis donc de l’Année Sainte, tradition bien ancrée dans notre Église, tous les 25 ans. Beau cadeau pour muscler notre attachement à l’Évangile, en ces temps où il arrive à l’Espérance chrétienne d’être attaquée. Belle opportunité pour recentrer notre vie sur le Christ Ressuscité, incarnation et réalisation accomplie de notre Espérance. Belle grâce pour apprécier la mission de l’Eglise qui est là pour que tous en ce monde, à commencer par les baptisés, éprouvent et reçoivent l’indulgence divine. Belle occasion de ressentir combien Dieu offre à tous les captifs la libération, aux affligés la paix, et à chacun de nous, l’opportunité de repartir dans la vie, au début d’une nouvelle année, en empruntant un chemin autre que les impasses stériles qui nous ont déçues et abimées précédemment.
L’avez-vous reçue et éprouvée cette indulgence du jubilé ? Notre diocèse n’a pas manqué de propositions pour tous ceux qui n’ont pu rejoindre Rome. Elles étaient faites à tous ceux qui ont senti qu’il fallait vivre, en communion avec l’Église entière, un petit bout de ce pèlerinage d’espérance : une marche, une messe, une confession et l’engagement à incarner la Parole de Dieu sans faire de théories, en apportant aux captifs la libération, d’une manière ou d’une autre. Si vous ne l’avez pas reçu, tant pis, la porte de l’Année Sainte se ferme. L’occasion est passée, et, selon un vieil adage latin, l’occasion est comme un adversaire qui se présente face à vous, avec beaucoup de cheveux devant et une nuque rasée derrière (comme celle de don Antonin). Si donc tu ne la saisis pas par les cheveux dès qu’elle se présente à toi, tu ne peux plus l’attraper quand elle est passée (merci Antonin, pour l’exemple).
Ceci étant, ce n’est pas dramatique. L’Année Sainte est une cadeau, un moyen offert pour progresser dans la foi. Aucune superstition ni magie là-dedans. L’occasion reste offerte d’être, chaque jour que Dieu nous donne, des hommes et femmes d’espérance, en vivant très fortement dans la prière et la lecture de la Parole de Dieu, en ne nous laissant pas submerger par la tristesse des temps mais en cueillant la présence de Dieu qui ne nous abandonne jamais. L’année Sainte est finie, mais une autre commence, moins officielle certes, mais à vivre tout aussi intensément avec le désir de se convertir, dans la joie d’appartenir à une communauté chrétienne ardente, et dans le bonheur d’habiller notre vie quotidienne des couleurs de l’Evangile. Heureuse et Sainte année à tous. Amen.
Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens