Solennité de la Toussaint- Samedi 1er novembre 2025- Cathédrale d’Amiens
Samedi 1er novembre 2025
Solennité de la Toussaint
Cathédrale Notre-Dame d’Amiens
Je crois à la communion des saints. Chaque dimanche, chers frères et sœurs nous répétons cette merveilleuse phrase du Credo. Je crois à la communion des saints. Le désir de la communion des hommes entre eux et avec la Création est gravé dans le cœur de toute personne. L’expérience de la communion a été au cœur de la vie des premières communautés chrétiennes. Souvenez-vous comment Paul se saisit de l’image du Corps du Christ pour parler de l’Eglise, et dit aux nouveaux chrétiens : vous êtes le Temple de l’Esprit. Nous avons été créés pour être en communion les uns avec les autres : la famille, la nation et la communauté internationale, les communautés religieuses, le sentiment d’appartenir à un groupe… nous sentons que tout cela appartient à notre être profond et s’éclaire par la foi en la communion des saints. Un des articles fondamentaux de la doctrine sociale de l’Eglise enseigne que les hommes, en toutes choses, doivent viser le Bien Commun, car nul n’est une île, et nous sommes faits pour le commun, la communion, la communauté. Souvenez-vous de la claque que nous avons prise pendant la période de confinement : nous pensions n’avoir besoin de personne et, en quelques jours nous avons perçu que nous n’étions rien sans les commerçants, les soignants, rien sans ami proche, sans les échanges entre étudiants, scolaires, ou professionnels, rien sans cette vie communautaire et sans les églises ouvertes. Nous avions oublié que notre société devenue ultra-individualiste, jusque dans les familles, ne tient debout que par la solidarité, depuis la sécurité sociale et les soins jusqu’à la plus simple fraternité des présences fraternelles. C’est gravé en nous et Dieu le veut ainsi : nous sommes faits pour une communion des saints, déjà expérimentée en ce monde. Tant de pèlerinages, de liturgies, de partage de la parole, de soutien mutuel et de pardon, d’expérience de la gratuité de l’amour… qui anticipe cette grâce de vivre au ciel avec la Vierge Marie, les saints et les anges.
Habités par cette foi, nous pouvons ouvrir les yeux et le constater : Il y a beaucoup de saints, notamment chez ceux qui ont le goût et le souci des autres. En proclamant les Béatitudes, Jésus ne dit pas d’abord : heureux les croyants ou les pratiquants, même si ceux qui ont foi en lui et ont reçu le don des sacrements ont une connaissance qui devrait les favoriser, à condition de garder le cœur ouvert et la foi vive. Jésus dit : heureux ceux qui savent qu’ils ont à recevoir des autres, les pauvres en esprit ; heureux les artisans de paix, de justice, de miséricorde ; ceux qui savent pleurer dans la peine et la componction, ceux qui ne méprisent pas leurs ennemis mais endossent la persécution sans haine. Jésus révèle le bonheur et la sainteté de ceux qui sont riches d’humanité, annonciateurs du bonheur du ciel réservés à ses bien-aimés.
Bien aimés, dès maintenant nous sommes enfants de Dieu, dit Saint Jean. Dès maintenant, il y a en nous de la sainteté, en toute personne au cœur ouvert, et comme elles sont nombreuses ces personnes courageuses, tenaces, résistantes, attentives, engagées pour les autres, soucieuses de leur famille, aimant leurs enfants et donnant leur vie pour eux, des personnes incapables de haïr, d’être agressives ou de maudire, des gens d’intériorité, en connivence avec le ciel dont parfois personne ne leur a encore parlé. Oui, il y a beaucoup de sainteté en ce monde, frères et sœurs, car Dieu nous a tous créé en laissant en nous un germe de son amour. Cette sainteté grandit quand chacun ose aller plus loin dans la suite du Christ, et l’accueil de l’Esprit Saint. Certes il y a aussi dans le monde beaucoup de péché, de cruauté, de bêtise, de méchanceté, d’agressivité, de mauvaise foi, et de manipulation des autres, y compris dans l’Église quand des chrétiens font ce qui est indigne du nom qu’ils portent. Inutile de se cacher tout cela. Le bon grain pousse avec l’ivraie. Mais, croyons-le, la sainteté peut grandir car elle est plus contagieuse que le mal. Si le mal empêche d’avancer, comme la plante bloquée par une pierre, celui qui aime et a la foi sait le contourner pour grandir davantage, pas très droit peut-être mais tendu vers le ciel tout de même. La vocation à la sainteté est notre lot commun de créature, notre chemin le plus naturel et le plus facile, et notre vocation surnaturelle. Il est beaucoup moins fatigant d’être un saint qu’un pécheur, beaucoup moins usant de mettre les Béatitudes de Jésus au cœur de sa vie que de s’acharner à faire mal. La sainteté est la voie directe et royale vers la vie du ciel, la communion des saints.
Le livre de l’Apocalypse représente le ciel comme une multitude rassemblée en vêtements blanc, chantant le Seigneur dans une même communion. Nous serons semblables à Lui car nous le verrons tel qu’il est (2° lecture). Il nous reconnaîtra : nous lui ressemblerons ! Quel incroyable bonheur ! Saint Paul s’écriait (sans pulsion suicidaire) : pour moi, vivre, c’est le Christ et mourir est un avantage. Le ciel, c’est être avec le Christ. L’enfer, c’est d’en être privé. Dieu nous a estimés dignes de vivre en sa présence. Les nombreux saints qui nous précèdent nous redonnent confiance pour avancer en pauvres de cœur, avec Jésus, incarnation des Béatitudes, dans l’espérance de la communion des saints, que déjà nous savons mettre en œuvre, avec la grâce de Dieu. Amen.