Messe du dimanche 12 octobre à l’Eglise Saint-leu d’Amiens
20251012 Homélie 28° dim C. Saint Leu (Amiens). Mgr Le Stang.
Chers frères et sœurs,
L’Evangile de ce jour qui va donner de l’oxygène spirituel à notre semaine s’inspire d’un fait tout simple : 10 lépreux, pauvres parmi les pauvres, hommes sans avenir social et religieux, considérés comme maudits, viennent à la rencontre de Jésus, et lui disent une parole de foi : Jésus, maître, prends pitié de nous. Saint Vincent de Paul disait : « Les pauvres sont nos maîtres ». Jésus qui monte à Jérusalem où il va mourir, et qui a donc bien d’autres soucis en tête, accepte cette rencontre. Je pense à la magnifique exhortation que le Pape Léon vient de nous offrir cette semaine, dilexit te (je t’ai choisi) « sur l’amour envers les pauvres », où il dit notamment en commentant Matthieu 25, 40 (dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait) : « Nous ne sommes pas dans le domaine de la bienfaisance, mais dans celui de la Révélation : le contact avec ceux qui n’ont ni pouvoir ni grandeur est une manière fondamentale de rencontrer le Seigneur de l’histoire. A travers les pauvres, il a encore quelque chose à nous dire ». Jésus ne dit-il pas par ailleurs les pauvres, vous les aurez toujours avec vous (Mt 26, 8-9.11) comme il nous a dit : et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. (Mt 28,20). Les pauvres sont un des modes de présence du Christ au milieu de nous au quotidien. Le service de ceux qui n’ont ou ne sont rien est une des voies par lesquelles nous rencontrons Dieu. Toute l’histoire de la sainteté est marquée par cela, le Pape Léon fait un magnifique parcours de cette Histoire Sainte dans son exhortation. Je vous invite donc à vous laisser toucher par cette histoire qui rend notre Église si belle.
Ils sont lépreux et disent : aie pitié de nous. Nous nous approchons de Dieu avec les lèpres de nos vies, tout ce qui nous rend infréquentables, ce dont nous avons honte, ce qui nous fait souffrir et nous disons : Jésus, maître, aie pitié de moi. Les lépreux sont nos frères. Jésus les met en chemin, non pas vers lui-même mais vers les prêtres, témoins Dieu de l’alliance qui les a créés par amour et ne les maudit pas. Jésus nous remet en chemin. Son Évangile, sa présence eucharistique est au fond de notre cœur. Nous savons qu’il est là, que nous n’avançons pas comme des âmes errantes, dans le vide, dans le non-sens, dans une souffrance qui serait un tunnel sans issue lumineuse. Il fait de notre vie un passage, une pâque de la mort à la vie. Il ne suffit pas de dire : je crois en Dieu, je crois au Christ mort et ressuscité… ou autre formule qui nous resterait extérieure. Écoutez Saint Paul : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous règnerons. La lèpre, ce n’est pas une image poétique pour ces hommes qui viennent à la rencontre de Jésus. C’est le concret et le malheur de leur vie ordinaire. C’est au creux de cette vie pauvre que Jésus agit pour les purifier, comme autrefois Naaman le syrien étranger fut guéri pour avoir consenti, après bien des résistances, à obéir au prophète Élisée.
Ces textes nous engagent à permettre à Jésus de mourir et de ressusciter dans nos vies. Non pas seulement au Golgotha et au jardin de Pâques autrefois, non pas seulement à l’autel dans le pain eucharistique, mais en nous, tels que nous sommes, en notre histoire personnelle, parfois très riche comme le jeune homme de l’Évangile qui n’arrive pas à suivre Jésus parce qu’ayant trop de biens, parfois très pauvres comme les neuf lépreux de ce jour qui ont pensé que la guérison leur était due et qui n’ont pas eu le réflexe spirituel de rendre toute grâce au Seigneur Jésus, source de toute vie, guérison et sanctification. Il ne s’est trouvé que cet étranger, ce samaritain pour rendre grâce à Dieu… et s’entendre dire la parole fondamentale : va, ta foi t’a sauvé. Soyez attentifs aux étrangers : ils nous montrent souvent le chemin !
Nous voilà encore ramenés à nous-mêmes : m’est-t-il déjà arrivé, au moins une fois, de revenir sur mes pas (c’est-à-dire de faire retour sur ma vie), et d’avoir envie de nous jeter, face contre terre aux pieds de Jésus pour lui dire merci ? On peut vraiment se souhaiter cela les uns aux autres. Beaucoup de catéchumènes disent combien ils sont touchés par la petite parabole d’Adémar de Borros et ses « pas sur le sable ». Je marchai et me retournai. Nous marchions ensemble, Seigneur. Dans les moments d’épreuve, une seule trace de pas. Seigneur, où étais-tu ? C’est parce que, dans ces moments-là, mon enfant, je te portais dans mes bras.
Une jeune confirmant me demande l’autre jour, à Ham : N’est-ce pas difficile avoir la foi dans la souffrance ? Je lui ai répondu : mais la foi est donnée par Dieu pour les temps de souffrance ! Quand tout va bien pour toi, la foi est une confiance naturelle en la vie. Quand tu souffres, elle t’est donnée, par Jésus crucifié, pour que tu ne sois pas seule et que déjà tu puisses ressentir dans ta chair, comme Saint Paul : Si Nous supportons l’épreuve avec Lui, avec Lui nous règnerons. Nous sommes les lépreux de la rencontre avec Jésus, tout pauvres et humbles… et tout prêts à danser de reconnaissance devant lui. Que cette joie vous soit donnée. C’est la pure joie de la foi. Amen.