Homélie de Mgr Le Stang pour l’ installation du P. Yunjae Park à Flixecourt

Homélie de Mgr Le Stang
Dimanche 5 octobre 2025
Installation du P. Yunjae Park 
Eglise de Flixecourt

 

Chers frères et sœurs,  

Pendant les 11 dernières années, vous avez eu comme curé un parfait picard, et voici que vous recevez comme pasteur, un prêtre jeune qui vient spécialement pour vous, du diocèse de Daejon, en Corée du Sud (pays très en vogue auprès des jeunes notamment, par ses mangas et ses groupes musicaux, sa technologie de pointe et sa créativité incroyable, pays beau et riche où il fait bon vivre). La venue de Yunaje est pour moi une source d’émerveillement et de gratitude. Une source de gratitude d’abord envers son évêque et le peuple de Dieu, du diocèse de Daejon, qui nous envoie en mission un de ses plus jeunes prêtres. De gratitude aussi pour le OUI de Yunjae à cet envoi en mission, avec tous les efforts et sacrifices que cela suppose, et aussi l’enthousiasme aussi de mettre au service d’une autre Église avec les talents si nombreux qui sont les siens. 

C’est aussi pour moi une source d’émerveillement, de voir que dans l’Église catholique, la solidarité et le sens de la mission sont tels que des prêtres sont capables de partir en mission à des milliers de kilomètres de leur famille pour que d’autres chrétiens, puissent entendre la parole de Dieu et recevoir les sacrements, notamment le sacrement de l’eucharistie. Je vous invite à mesurer avec moi, et je sais que vous le faites déjà, le cadeau que Dieu vous fait en vous en envoyant un tel prêtre. Oh bien sûr, il y aura certainement des jours où le décalage culturel se fera sentir. Lors de la fête des martyrs de Corée, à Paris, voici quelques jours, je lisais un passage d’un prêtre de chez nous, saint Antoine d’Aveluy, lui-même missionnaire en Corée, qui écrivait à un de ses frères, à propos des de l’accueil, qu’il recevait de la part des chrétiens des chrétiens qui venaient l’écouter, nombreux et très longtemps dans la petite cabane où il était logé. Il disait : Ils ne disent jamais ‘assez’. Je parle une langue impossible, mêlée de chinois, de coréen, de je ne sais quoi. Ils comprennent ou ne comprennent pas, mais ils sont contents et moi aussi, et quand vient le moment de la séparation, c’est une famille à laquelle il faut s’arracher. Antoine était un missionnaire heureux, même si la vie était difficile, et j’espère de tout cœur que toi aussi, tu seras heureux dans ces deux paroisses, Yunjae, et que et que tu y seras un saint prêtre, dispensé du martyr s’il plaît à Dieu !  

Émerveillement et gratitude, voilà donc deux sentiments qui sont en moi. Mais aussi espérance : espérance, que se lève dans nos paroisses picardes, des jeunes qui, à leur tour, voudront être missionnaires au loin ou ici, au milieu de leur peuple, dans le diocèse d’Amiens. Nous avons déjà quatre séminaristes qui se forment dans le diocèse, et je garde confiance pour demain.  

Mon espérance est aussi celle de voir grandir en tous les laïcs de notre diocèse, un sens de la mission, au loin peut-être, le plus souvent en grande de proximité avec tous les habitants de la Somme. Tout homme a en lui un désir profond de Dieu, malgré une hostilité parfois apparente. Les chemins de la foi dans le cœur de l’homme et de la femme sont mystérieux et intimes. Nous sommes au service de ces chemins de foi, nous essayons de l’éclairer, de le soutenir, de partager ce qui nous tient à cœur. Bref, d’être des disciples de Jésus, missionnaires de sa parole, prêtres, diacres, laïcs ou consacrés, tous ensemble. A cet égard, il est bon de se souvenir, en jour où vous recevez Yunjae, que son Église de Corée s’est comme auto-évangélisée grâce aux baptisés laïcs, qui ont découvert les écritures et les rites chrétiens, approfondi et annoncer la foi chrétienne avant même que des prêtres leur soient envoyés au XIX°. Bien qu’il n’y eût aucun prêtre dans le pays, les laïcs, émerveillés et habités par la foi chrétienne, sont devenus missionnaires. Un seul prêtre foulera le sol de la Corée pendant les cinquante premières années de son évangélisation, et encore, le ministère de ce prêtre ne dura que six ans avant qu’il ne meure en martyr. Malgré toutes les persécutions du XIXe siècle, puis celles exercées par le régime communiste pendant la guerre de Corée, l’Église a tenu bon. Aujourd’hui, des millions de coréens sont chrétiens et on compte des centaines de saints, de bienheureux ou de serviteurs de Dieu coréens. 

N’est-ce pas là une magnifique illustration de la réponse de Jésus aux apôtres qui lui demandent d’augmenter en eux la foi. Si vous aviez la foi comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : déracine-toi et va te planter dans la mer et il vous aurait obéi. Octobre est le mois où nous ouvrons nos regard à la mission de l’Eglise dans le monde entier. L’accueil de Yunjae, que vous accueillerez d’autant mieux que vous chercherez à connaître sa culture et ses origines, comme lui-même le fait de son côté envers nous, nous ouvre à la foi de tant de chrétiens de par le monde, qui font bien plus que de dire aux arbres de se déraciner, mais qui donnent leur vie pour le Christ, en simples serviteurs. 

Je suis sûr, cher Yunjae, que tu as médité cette évangile du jour, et sa dernière phrase : quand vous aurez exécuté, tout ce qui vous a été ordonné, dites, nous sommes de simples serviteurs, nous n’avons fait que notre devoir. C’est la clé de la foi. Jésus passe de cette de l’affirmation de la foi qui déracine les arbres, à la parabole du service. Montre-moi tes actes, je te dirai quelle est ta foi, diras à Saint-Jacques dans sa lettre. Jésus prononce les paroles de ce jour, alors qu’il est en train de monter à Jérusalem, très déterminé, pour donner sa vie sur la croix, une vie qu’il a voulu non pour être servi mais pour servir. Ce n’est donc pas une simple sentence de sagesse qu’il enseigne à ses amis. Il leur parle de sa vie, de ce qu’il va faire pour nous, et de et de ce que nous devons faire pour les autres, si vraiment la foi habite nos cœurs. Devenir des serviteurs de tous nos frères et sœurs qui nous entourent, pas seulement les pratiquants du dimanche, même s’ils doivent être soignés aux petits oignons eux aussi pour former une magnifique communauté de prière, un beau creuset de missionnaire.  Être serviteur de tous pour qu’ils découvrent la Parole de Dieu, la beauté des sacrements, l’amour de Dieu pour eux, notamment pour les plus pauvres, les plus perdus, les plus fragiles avec lesquels Jésus s’est identifié. C’est en étant pour Dieu et pour tous, un simple serviteur, en tous ces domaines, que nous manifesterons que nous avons une foi capable de déraciner les arbres. C’est ce qui s’est produit à de multiples reprises dans l’histoire de l’église. C’est ce qui peut se produire encore parmi vous qui recevez un Pasteur aujourd’hui pour vos deux paroisses.  

A propos des prêtres, le Concile Vatican II, dans un texte qui a plus de 60 ans, dit ceci à propos des prêtres : « C’est l’exercice loyal, inlassable, de leurs fonctions dans l’Esprit du Christ qui est, pour les prêtres, le moyen authentique d’arriver à la sainteté. » (Presbyterorum ordinis). Cher Yunjae, entouré par de formidables paroissiens, soutenu par la foi de tous les curés qui t’ont précédé, je suis sûr que tu ressentiras souvent le bonheur d’être curé ici, exerçant inlassablement tes fonctions pastorales, soutenu l’Esprit Saint, en simple serviteur, avec tes qualités et tes dons nombreux… de sorte que la sainteté te soit donnée comme elle est déjà donnée à tant de chrétiens de ton pays d’origine et de ce pays qui t’accueille aujourd’hui. Compte sur mon soutien indéfectible, sur mon amitié et ma prière d’évêque, pour te soutenir sur ce chemin. Amen.  

 + Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens