Retour sur la fête diocésaine de la Saint-Firmin: Homélie et photos

Dimanche 28 septembre 2025
Fête diocésaine de la Saint-Firmin
Cathédrale Notre-Dame d’Amiens

Homélie de Mgr Le Stang

Chers frères et sœurs,

Le mot Évangile veut dire Bonne Nouvelle. Précisément la Bonne Nouvelle d’une victoire qui sauve de l’emprise mortelle de l’adversaire. L’Evangile annonce la défaite de la mort. Il rend libre. Il sauve de tout ce qui fait œuvre de mort et nous étreint d’angoisse. Celui qui reçoit de croire en Jésus est sauvé. La Bonne Nouvelle est source d’une liberté royale car le mal et même la mort n’ont plus de prise sur le croyant. Cette liberté est gratuitement offerte et elle n’attend que le don de nous-mêmes en réponse d’amour. Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé ! Tout tient en cette phrase. Toute notre vie d’Eglise en découle.

Jésus décrit, de façon presque lyrique, l’ivresse de cette liberté évangélique et ses effets : tu empoigneras des serpents, ils ne te piqueront pas, les poisons ne t’atteindront pas. Ta langue se déliera. A ton contact, on se relèvera, on sera guéri, on sera en confiance. Si vous expérimentez, vous aussi, frères et sœurs, à cette liberté de l’Evangile, vous savez prolonger cette liste de signes donnés par Jésus, comme tant d’autres l’ont fait avant nous. Heureux de l’Évangile, nous devenons en effet capables de traverser des mondes, de franchir les mers, de bâtir des cathédrales, de construire des hôtels-Dieu, de prendre soin des pauvres et des malades, d’inventer l’écriture et de favoriser la croissance des jeunes, de fonder des monastères et tant d’autres signes qui atteste que Dieu ne cesse d’agir en ce monde. Animé par la fois en cette Bonne nouvelle de la victoire de Dieu, vous pourriez dire aussi : j’ai élevé des enfants compliqués, j’ai traversé des galères et des misères, j’ai surmonté la maladie ou le deuil, j’ai échappé aux faux-semblants, aux conforts mondains ennuyeux et lassants. J’ai osé témoigner de ma foi. Le Christ m’a aimé et s’est livré pour moi. Il m’a ouvert un horizon d’espérance, et cela me donne de vouloir vivre 1000 vies en une.

Par la Bonne Nouvelle de la victoire, la solitude et l’absurdité, la méchanceté et la bêtise, les peurs ont déjà perdu la partie, nous rendant libres de nous-même et de nos démons intérieurs, libres des apparences qui masquent si mal la tristesse ou le désarroi, libres des idées toutes faites et de l’hypocrisie, des polémiques du moment et des querelles antiques. Et cette liberté nous donne aussi du flair pour détecter tout ce qui pourrait à nouveau nous rendre esclaves, que cela vienne de l’intérieur ou de l’extérieur de notre Église.

L’amour du Christ grave ainsi son empreinte dans le cœur du croyant. Il imprègne toute sa personne. Cette empreinte est plus prégnante et plus belle que tous les tatouages. C’est l’empreinte du cœur de Dieu, le caractère de notre baptême que rien ni personne ne peut effacer. Quand cet amour imprègne le croyant, celui-ci agit vite et dans la paix du cœur. Ainsi va l’homme ou la femme d’Evangile, habité par une joie que nul ne peut lui voler, la joie divine, l’exultation de Marie et des saints, qu’aucune épreuve ne peut éteindre. Alors Allez, dit Jésus, oui, allez dans le monde entier. Proclamez (cet) Evangile à toute la création. Et j’ose dire à sa suite : Allez, oui, allez dans tous les recoins de la Somme : ce sera un bon début. Le travail ne manque pas, et il peut porter du fruit.

Voyez Saint Paul s’adressant aux chrétiens de Thessalonique. Dieu a réorienté son judaïsme excessif vers la personne de Jésus crucifié et vivant. Sa vie n’en a été pas rendue plus facile. Avant Saint Firmin et bien d’autres, il connaîtra le martyr. Mais sa vie est devenue plus belle, plus sensée, plus profonde, plus vraie, plus aimante. Nous avons trouvé pleine assurance en Dieu pour vous annoncer, au prix de grandes luttes, l’Evangile de Dieu. La violence du propagandiste sectateur est devenu la véhémence de l’amour. Apôtres du Christ, nous avons été pleins de douceur avec vous, comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons…. Comme un père pour ses enfants. Paul, l’apôtre au cœur de feu, fait de lui-même le portrait d’un homme vulnérable et doux. Il n’a plus peur, étranger désormais aux motifs intéressés et à la gloire personnelle. Il ne cherche plus à s’imposer avec violence. Il est désarmé. Avec affection, nous voulons vous vous donner non seulement l’Evangile mais aussi notre vie, car vous nous êtes devenus si chers. Ces sentiments de Paul, que l’Esprit de Jésus a infusé en lui, sont-ils les nôtres ? Avoir en nous de l’affection pour des hommes et des femmes qui hier, nous étaient étrangers, mais en qui nous discernons déjà des frères et sœurs de Jésus. Voir en toute personne humaine une âme créée à l’image de Dieu, un être fait pour la joie de l’Evangile… n’est-ce pas ce qui devrait nous arriver ?

Tout cela est source de joie. Dans les rues de Rome cet été, au jubilé des étudiants et jeunes professionnels, je mesurais et partageais leur joie intense. Cette joie est celle qui nous vient aussi au sortir d’une eucharistie ou d’une rencontre inattendue avec d’autres chrétiens, comme hier encore avec l’équipe de l’aumônerie de la maison d’arrêt d’Amiens. Notre marqueur chrétien, c’est bien la joie, et la paix du cœur ! Cette joie qui si souvent semble déserter le monde quand il perd le sens du réel, le sens des autres, le sens d’une vie vécue dans le calme et le désir du Bien Commun. Cette joie peut manquer aussi en certaines de nos assemblées quand elles deviennent tièdes, divisées, livrées aux doctrines fausses ou aux polarisations ambiantes. La joie est le cadeau précieux que Dieu nous fait, avec la paix du cœur, et l’espérance. Comment ne pas les diffuser ?

Beaucoup aujourd’hui veulent devenir chrétiens, des jeunes souvent. Certains frappent à nos portes. Tant d’autres hésitent. Intimidés ou ne trouvant pas la porte, ils n’osent pas. Nous devons aller vers eux, les inviter, nous faire proches, oser parler, proposer, avec amitié et sens du dialogue. Beaucoup savent, parfois depuis leur enfance, que Dieu est là, proche, avec la force d’un amour plus grand que l’amour.

L’arrivée de ces nouveaux chrétiens nous surprend et nous en prenons conscience : nos communautés doivent se transformer pour leur donner de la place. Elles doivent devenir des réservoirs de joie chrétienne, abandonner les querelles de clochers et les propos défaitistes, pour accompagner pas à pas toute personne qui se présente, souvent marquée par l’épreuve. Nous ne sommes pas des douaniers ni des agents de sécurité placés aux portes du ciel, mais des passeurs, qui eux-mêmes se laissent convertir. Depuis la crise des abus, nous savons combien il est facile de vriller dans la responsabilité délicate d’accompagner des personnes qui se confient à vous. Guider vers Dieu et faire croitre la liberté que donne la foi, est un art. Tous nous pouvons y prendre notre part.

Comme l’or au creuset, Dieu éprouve les justes… au temps de sa visite, ils resplendiront. Au milieu de cette Année Sainte, la figure de Saint Firmin, missionnaire itinérant et martyr, nous éclaire. Nous prenons, en ce jour, le temps de la prière, pour démarrer en confiance, notre année pastorale, nourris par une unique eucharistie diocésaine, source et sommet de la vie chrétienne. C’est unique en France. Unique serait une Église qui reflète vraiment la joie contagieuse de l’Evangile et la liberté royale du Seigneur Jésus. En voyant vos mines réjouies, je me dis qu’il nous est permis d’espérer. Dieu visite son Peuple. Et il nous envoie pour témoigner de sa victoire.  Amen.

+ Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens

La fête diocésaine en photos !

Merci à Yvette Beugnet pour le reportage photo !