Messe d’installation du P. Samuel Leyronnas curé des paroisses d’Oisemont et Airaines

Messe d’installation du P. Samuel Leyronnas.
Dimanche 21 septembre 2025

Eglise d’Airaines
             

Frères et sœurs,

Le passage d’un curé à un autre est un moment important dans une communauté chrétienne. Un prêtre vous est envoyé. Et ce prêtre reçoit un peuple qui lui est confié. Une rencontre doit se vivre. Nos vies, pour être belles, doivent se nourrir de rencontres inattendues qui nous changent, nous étonnent, nous réjouissent, parfois nous déçoivent, mais toujours nous font mûrir. L’église catholique veut que nos communautés chrétiennes grandissent et se convertissent ainsi : en apprenant l’accueil mutuel, et au risque de la rencontre, entre une communauté et son pasteur. Si la communauté ne recevait pas son prêtre comme un envoyé de Dieu, elle se replierait sur elle-même, deviendrait une tribu où tout le monde se connaît, pour le meilleur certes (en se soutenant mutuellement) mais parfois pour le pire (en devenant un lieu de ragots et de critiques les uns des autres). Si tu critiques et juge quelqu’un de ta communauté, disait le pape François, ça produit autant de dégâts qu’une bombe. Il est bon que la communauté reçoive un pasteur qui ne connaît pas toutes les histoires anciennes. Il est d’envoyer d’abord pour aider à s’ouvrir au mystère du Christ et de son Église (qui est aussi diocésaine et universelle), tirant la communauté vers le haut, pour la rendre davantage amoureuse de l’Évangile et missionnaire de Jésus. Le prêtre, de son côté, est envoyé par l’évêque, pour servir la communauté. Il reçoit sa paroisse comme un cadeau mais aussi pour sa conversion. Ce sont nos paroissiens qui nous rendent vraiment prêtres, pasteurs au nom du Seigneur, même quand nous avons été ordonnés depuis longtemps. Quand le prêtre arrive, il ne sait pas encore quels événements, quelles relations, quels conflits peut-être il devra gérer. Il ne sait pas par avance comment il va faire en sorte que sa paroisse soit plus sainte, donnera un témoignage de foi plus édifiant et rejoindra davantage les gens qui sont loin, en particulier les personnes pauvres ou en souffrance. En un mot, sa paroisse lui est donnée pour s’ouvrir à Dieu qui le précède en ce lieu, pour changer son regard et son cœur au fil de son ministère, de ses joies, de ses échecs, des amitiés ou des hostilités qui adviennent aussi, hélas.

Ainsi, la rencontre d’un prêtre et d’une communauté chrétienne peut produire des frottements, un apprivoisement plus ou moins long, une nostalgie de l’ancien curé ou un emballement excessif d’en accueillir un nouveau. Tout cela peut porter du fruit.  L’église choisit cette manière de faire pour produire surtout un sursaut d’Évangile, un désir de repartir à nouveau frais, d’arrêter ce qui ne fonctionne pas bien et d’approfondir ce qui est déjà beau et bien vécu. Et cela se passe au mieux quand règne un profond esprit de prière, un vrai désir de suivre le Christ, chacun s’engageant à avancer dans la vie chrétienne qui est tient toujours ensemble chemin de joie et chemin de croix.

En fait, Vous connaissez déjà votre nouveau curé. Il vient du bord de mer (la baie de Somme) pour vous rejoindre en pleine terre. Il a été curé des paroisses proches (Beaucamp et Poix) avant d’être dans l’Est (en pleine terre déjà). Il est proche des jeunes (il en a la charge dans le diocèse). Entre autres responsabilités, il est membre du conseil épiscopal et aussi modérateur du champ missionnaire, mission très importante car, dans les temps que nous vivons, les paroisses doivent apprendre de plus en plus à cheminer ensemble, à dépasser leur concurrence, pour se soutenir et devenir davantage missionnaires. J’ai une grande confiance en lui et je considère que c’est pour vous une grande grâce de le recevoir quelques années.

Vous l’accueillez en un dimanche où les textes de la Parole de Dieu sont très concrets. On y parle notamment (dans la première lecture, où le prophète Amos ne mâche pas ses mots), de solidarité et de justice envers les plus pauvres et ceux qui sont malmenés par la corruption ce qui est un appel très fort pour que votre paroisse devienne un exemple d’accueil et de soutien envers les plus pauvres et ceux qui sont malmenés par l’injustice. On y parle aussi (dans la deuxième lecture) de la prière pour ceux qui nous gouvernent et du souci de vivre dans la concorde et la paix.  Cela pousse, bien sûr, à entretenir de bons liens avec les élus, qu’ils soient ou pas « de notre bord » (et d’ailleurs, il peut y avoir des opinions politiques diverses dans la communauté chrétienne) ; l’important est de promouvoir une politique du Bien Commun, qui n’exclue pas, ne polarise pas (comme le dit notre pape Léon) mais qui unit et cherche toujours plus de fraternité. Enfin, Jésus dans l’Evangile, n’y va pas par quatre chemins non plus, concernant l’argent. Si vous n’avez pas été dignes de confiance concernant l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ? C’est bien connu, là où il y a de l’argent, la tentation de se servir apparaît, y compris dans les paroisses où cette tentation peut atteindre tout le monde, prêtres comme laïcs. Dans l’église, l’argent est toujours don des chrétiens pour la faire vivre. Il doit être géré avec beaucoup de rigueur et d’honnêteté.

Il est donc important de rappeler ceci : la vie de chaque baptisé doit être imprégnée par cette mise en garde solennelle de Jésus : Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. Tant de familles et de communautés sont abîmées pour des querelles d’argent, ou son usage malhonnête. J’ajoute aussi ceci : la vie des prêtres, qu’il soit français, coréen ou africain, est une vie donnée à Dieu et à l’Église. Ils doivent être les premiers à avoir un rapport sain aux personnes, à l’argent et au pouvoir. Dans ce domaine aussi, la rencontre entre le prêtre et sa communauté doit être une occasion pour chacun de grandir en sainteté et en témoignage de vie cohérent. Nous devons nous aider les uns les autres. J’ai toute confiance que grâce à votre nouveau curé, votre paroisse va grandir ainsi en sagesse et en sainteté. Merci de lui faire bon accueil, et de vous engager à ses côtés. Amen.

+ Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens