Pèlerinage diocésain des prêtres à Notre-Dame de Brebières Albert

Chers frères et sœurs,
Des pères de l’Église ou des premières générations de moines, on dit qu’ils connaissaient l’Écriture par cœur. Ils en avaient la mémoire du cœur, éblouis par ces textes, écrits et transmis par des membres de communautés chrétiennes, à quelques générations d’écart… des textes qui dégagent une joie incroyable, qui parlent d’une paix qui vient du Christ, un parfum qu’aucune autre philosophie ou expérience religieuse n’étaient en mesure d’offrir, hier pas plus qu’aujourd’hui. Le parfum de la sainteté de Jésus. Un vent de radicalité. Une folie aux yeux des païens, dit Saint Paul. Du neuf, de l’éternellement neuf, révélé en Jésus, le toujours neuf ! Souvenez-vous de l’exclamation d’Irénée de Lyon : Omnem novitatem attulit, semetipsum afferens. « Il a apporté toute nouveauté en s’apportant lui- même » (Irénée, Adv. Haereses, 4, 34, 1 (PG, 7, 1083). La personne de Jésus, sa prédication et toute son existence, les mystères de sa vie terrestre de Fils de Dieu Sauveur… tout, tout en Lui éblouit, illumine, réjouit et transforme. Les textes de ce jour font sentir la nouveauté et l’émerveillement chrétien des origines, qui se répercute jusqu’à nous, comme une cascade de conseils, de commandements, de supplications de Jésus, en Saint Luc prolongés par Paul dans sa stupéfiante lettre aux Colossiens.
Le message de Jésus prolonge les Béatitudes. Il concentre en trois mots le retournement révolutionnaire où se nouent le mystère de la croix et celui du martyr chrétien qui ensanglante 2000 ans d’histoire : aimez vos ennemis, sentence introduite par une phrase solennelle de Jésus : je vous le dis, à vous qui m’écoutez. Et de décliner, en termes concrets, cette folie que l’on croirait prononcée déjà du haut de la croix : prie pour ceux qui te calomnie, présente l’autre joue, ne refuse pas ta tunique… et par-dessus-tout : pardonne, pardonne vite, pardonne tout, pardonne sans fin. Folie de l’Evangile, Splendeur de l’Evangile, Beauté insondable de Dieu.
Qui peut vivre cela ? Ceux à qui Dieu le révèle et ceux à qui il le rend possible. J’ose croire que parmi ceux-là, il y a vous et moi, qui à l’intime de notre cœur, chacun dans le langage qui lui correspond, avons entendu ces deux mots : suis-moi. Un appel peut-être enfoui sous beaucoup de peurs, de résistances, de résignations, de capitulations, de culpabilités ou de sentiments d’impuissance, mais dont la brûlure est là pour toujours. Suis-moi. Je t’ai choisi.
Frères, puisque vous avez été choisis, que vous êtes sanctifiés, aimés par Lui… alors, alors, faites tout comme lui : tendresse, humilité, compassion, douceur et patience. Supportez-vous, soyez supports les uns des autres, soyez supporters les uns pour les autres. Et surtout : pardonnez, pardonnez vite, pardonnez tout, pardonnez sans fin ! Vous formez un seul corps, le Corps du Christ qui supplie en toi : aime. Ne juge pas. Ne condamne pas. Donne. Saint Paul parle ici de l’Eglise, et donc a fortiori des apôtres et de leurs successeurs, des prêtres que nous sommes, qui avec la grâce de Dieu, supportent l’Eglise.
Puisque vous avez été choisis, que vous êtes sanctifiés, aimés par Lui… Combien un tel texte devrait nous guérir de la bêtise, de la méchanceté, des considérations étriquées, du sérieux sans humour, et de l’humour sans bonté, pour laisser place à l’action de grâce devant le miracle permanent de l’Eglise, Création nouvelle, avant-garde d’une Création tout entière voulue par Dieu et pour Dieu.
Au début de cette année pastorale, place à l’émerveillement donc. Le Seigneur fit pour moi des merveilles. La Vierge Marie entonne le chant du monde, sauvé par le sang de son Fils. Tout peut nous sembler sombre, et les nuages vouloir s’accumuler. Qu’importe : déchargez-vous sur Lui, de tous vos soucis ! Chantez dans vos cœurs votre reconnaissance… Vous avez été choisis, sanctifiés, aimés, non pour être au-dessus, faire la morale ou décider sans les autres, mais pour tout faire au nom du Seigneur Jésus, dont la croix crie éternellement au monde : aimez vos ennemis.
J’aime cet hymne du bréviaire qui nous fait chanter :
Cachés au creux de ton mystère
Nous le reconnaissons
Le pauvre seul peut t’accueillir
D’un cœur brûlé d’attention
Les yeux tournés vers ta lumière.
Tant de choses nous échappent, tant de questions demeurent sans réponse, une chose est sûre : est beau un prêtre qui se donne et fait tout au nom du Seigneur Jésus… mais une chose est plus splendide : est si beau un presbyterium entier qui se donne et fait tout au nom du Seigneur Jésus.
Que la Vierge Marie veille sur notre vocation, la protège et nous aide à la porter à sa plus grande maturité. Amen.
+ Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens