Confirmations et ouverture de la Neuvaine à Albert.

Chers amis confirmands,

Peut-être vous souviendrez-vous que vous avez été confirmés un certain samedi soir de septembre, qui était aussi la messe d’ouverture de la neuvaine à Notre-Dame de Brebières. Le soir où vous recevez le don de l’Esprit Saint, comme autrefois les apôtres et la Vierge Marie au Cénacle, nous fêtons aussi Marie, en cette semaine qui se souvient de sa Nativité.

Cela très beau, car la Vierge Marie est vraiment, par excellence, la femme ouverte au don de l’Esprit Saint, que vous recevez en ce jour. Souvenez-vous de l’épisode de l’annonciation : l’Esprit Saint viendra sur toi (…) et celui qui va naître sera appelé Fils de Dieu. Grâce au don de l’Esprit en elle, Marie met au monde son Fils Jésus. Quel mystère ! Le mystère d’une conception humaine et divine, qui nous reste à jamais cachée. Nous l’accueillons avec pudeur et respect. Nous pouvons alors imaginer la joie de Marie, toutes ces années qui suivirent : mariée avec Joseph, de justesse (car il voulait la répudier… avant qu’en songe l’ange ne l’en dissuade), l’amour de sa vie, son époux, tout pour elle est merveilleux : Le Seigneur fit pour moi des merveilles, saint est son Nom. Elle voit grandir son fils, ses premiers pas, ses premiers mots, ses rires et ses sanglots, Joseph qui s’occupe de Lui, qui lui montre les lys des champs qui ne filent ni ne moissonnent, la graine de sènevé qui devient un grand arbre, son atelier d’artisan et son amour du travail bien fait, la gentillesse cet enfant et son étonnante maturité dans la foi. Le don de l’Esprit Saint est discret, mais son action en nous est source de joie infinie.

Vous vivrez cela aussi, comme bien d’autres avant vous. L’Esprit Saint nous fait souvent exulter de joie, devant la beauté de la nature, la bonté des gens, le rire des enfants, les découvertes de l’amour et de la foi, en notre jeunesse, la profondeur de la sagesse et la gratitude pour tant de beaux souvenirs, en notre vieillesse. L’Esprit de Jésus donne la paix du cœur, la conviction que nous ne sommes pas là par hasard, que nous ne sommes pas seuls, que nous avons été créés pour aimer et pour nous donner. Il nous fait regarder l’avenir avec espérance. Comme Marie, préparée par Dieu pour donner son Fils comme Sauveur du monde. C’est pourquoi, elle dira, sans hésitation, aux serviteurs désemparés des Noces de Cana : Faites tout ce qu’il vous dira. Vierge Marie, Vierge du Magnificat, donne-nous aussi, par le Don de l’Esprit Saint, de faire tout ce que ton fils nous demande, et de le faire dans la joie.

Voyez Saint Paul dans la 2° lecture, comment son cœur est transformé par l’Esprit de Jésus. Lui, si raide, si intransigeant, si apparemment insensible, qui pourchassait les chrétiens, a été transformé par le don de la Foi. Onésime, l’esclave, si nombreux en ce temps, corvéables et souvent ignorés, il le voit désormais comme un enfant bien-aimé en Christ. Il recommande à Philémon pour qu’il s’en charge comme un frère. Voyez ce que réalise la foi : là où nous vivons, elle change notre regard sur les personnes, sur la société. Elle nous pousse à avoir les sentiments du cœur de Jésus envers toute personne. Aucun mépris ni rejet, juste une bonté infinie.

L’Esprit Saint est aussi force pour nos combats et nos croix. La Vierge Marie sait déjà que tout ne sera pas simple. Le vieillard Syméon lui avait dit : et toi, une épée te transpercera le cœur. Elle commence à le comprendre en retrouvant Jésus au Temple à 12 ans, après trois jours d’angoisse ; quand elle voit, inquiète, Jésus prendre ses distances avec les siens, Jésus incompris ou rejeté. Et surtout, elle a la cœur transpercé au pied de la Croix, puis recevant son fils mort dans ses bras. Notre-Dame des douleurs. Là encore, elle est aussi, la femme ouverte au don de l’Esprit Saint, la mère de l’Espérance. Elle nous dit : allez, prend ta croix, ne la fuis pas, suivons Jésus au Golgotha. Il fait nuit, nous souffrons, nous peinons, nous ne comprenons pas, nous nous sentons seuls, notre espérance est attaquée. Viens, Dieu ne nous décevra pas. Son chantier, son combat, son projet d’amour, il les mènera jusqu’au bout. Prends tes angoisses, ta solitude, tes doutes et tes épreuves. Tout cela est le bois de la croix qui doit brûler et devenir feu de joie. Marie, Notre-Dame des douleurs, Etoile de la mer, donne-nous confiance dans le projet de Dieu, donne-nous de tenir dans l’espérance de la lumière pascale.

Et ainsi, Marie, nous tenant la main, nous conduit à la joie de Pâque et au don de l’Esprit de Pentecôte. Elle est là pour la naissance de l’Eglise : ivres de joie d’accueillir le don de Jésus Ressuscité, les apôtres vont porter la foi au monde et dire à chaque personne : la vie a du sens, tu n’es pas seul, ne désespère pas. L’Église est la communauté de l’Espérance, la famille de ceux qui accueillent l’Esprit Saint, de ceux qui s’abandonnent à l’amour de Dieu et le partagent, comme le fit la Vierge Marie, celle que toutes les générations proclament bienheureuse. Voyez le cadeau qui vous est fait en ce jour.

Marie de nos joies de jeunesse. Marie de la bienveillance et de la paix du cœur dans nos vies d’adultes ou dans le grand âge. Marie de nos douleurs, au pied de la Croix et Marie Mère de notre Eglise. En tous ces événements, qu’elle n’avait pas prévus, elle fut la femme ouverte au don de l’Esprit, poussée à croire que rien n’est impossible à Dieu. Qu’il en soit de même pour vous. Amen.

+ Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens