Homélie de Mgr Le Stang pour les confirmations d’adultes à la Cathédrale d’Amiens.

Confirmation des adultes
Cathédrale Notre-Dame d’Amiens
Dimanche 8 juin 2025

Frères et sœurs,

Dans quelques instants, au moment de votre confirmation, il est tout à fait possible – car cela s’est déjà produit aux origines de l’Eglise – qu’apparaissent comme des langues de feu, qui se partagent et se posent une sur chacun de vous… Ainsi, en vous voyant parler des langages nouveaux, tous comprendront que nous avons reçu une nouvelle effusion de l’Esprit Saint qui transformera notre diocèse. Il est possible – et sans doute plus probable – que le feu de l’Esprit Saint se fera non moins agissant mais plus discret : Vous saurez (vous le savez déjà), que Jésus vient donner une vie nouvelle à vos corps mortels par son Esprit Saint qui habite en vous ; un Esprit qui vous fait prier Dieu le Père, en lui disant abba ; un Esprit qui fait de vous des fils et des filles de Dieu pour l’éternité ; non pas un esprit d’esclave mais de liberté. Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui, et chez lui, nous nous ferons une demeure. Les paroles de l’Écriture que nous venons d’entendre ne sont pas les paroles d’un passé révolu. Elles se réalisent en notre temps et beaucoup d’entre vous peuvent témoigner – vous me l’avez du reste écrit avec profonde confiance et sincérité – : oui, aujourd’hui, Dieu nous fait signe, nous appelle, nous parle, comme un feu qui purifie et éclaire, une eau vive qui désaltère et régénère, un souffle qui apaise et relève. La Parole de Dieu est vivante, agissante, et la Pentecôte ne cesse de se reproduire.

La Pentecôte se renouvelle. C’est le cas depuis les origines. Dans le livre des Actes des apôtres, elle se répète plusieurs fois : chez le centurion Corneille au chapitre 10 pour montrer que les païens aussi reçoivent l’Esprit Saint ; sur la communauté d’Éphèse qui reçoit le baptême au nom de Jésus, au chapitre 19, et sur tant d’autres personnes et groupes. Depuis les origines, l’Esprit Saint est communiqué en tous lieux et en tout temps. Alors, pourquoi pas ici, en ce temps qui est le nôtre ? La réponse est évidente. Au fil de l’histoire, partout dans le monde, dans les villes et les campagnes, l’Esprit a diffusé ses dons. Par des charismes jaillis au cœur d’hommes et de femmes, parfois de grands génies, parfois tout simples, ont germé des œuvres de charité et de justice, des congrégations et communautés, des mouvements et confréries. Jésus a voulu se faire discret pour donner place à son Eglise, mue par son Esprit. Et celui-ci ne cesse de pousser à répondre aux besoins du temps, à incarner l’Évangile à chaque génération, et accueillir notamment celle parole de Jésus : « ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait ». Les jeunes qui ont soif de Dieu, les anciens qu’on délaisse, les malades et les déprimés, les esclaves d’addictions multiples, les gens de la rue, les exilés, les enfants placés, les jeunes en difficulté, les prisonniers… C’est Jésus qui fait signe.

C’est son Esprit qui nous pousse à voir en eux son visage et à entendre sa soif d’être secouru, respecté, aimé.

Les langues de feu une fois descendues dans le cœur des apôtres, suscitent aussi un désir immédiat et irrépressible de parler, de témoigner, de se mettre en chemin. Les apôtres eurent vite conscience que la moisson est abondante et les ouvriers trop peu nombreux. Ils surent que le Seigneur avait dans les villes et les villages, un peuple nombreux qui l’attendait. Ils furent tout de suite cette Eglise de Jésus qui existe pour évangéliser, pour annoncer le cœur de la foi (le kérygme) et le salut qui vient par la croix et la Résurrection du Christ.

Dans une hymne très ancienne de l’Eglise (du XIII°), qu’on appelle en latin le Veni creator, le Peuple de Dieu chante :

Viens en nous esprit créateur, visite l’âme de tes fidèles

Emplis de la grâce d’en haut, les cœurs que tu as créés.

L’Esprit Saint est Esprit créateur, avec le Père et le Fils. Il habite la Création. En frère soleil ou vent, dirait Saint François, en sœur eau, montagne ou colline, en tout enfant des hommes, transparaît le don du Créateur. Avant même de recevoir les sacrements, l’Esprit était en nous, petite créature du Seigneur, habité au fond de nous-mêmes par le désir de voir Dieu. Mais l’hymne dit aussi : « Emplis-nous de la grâce d’en haut ». Non seulement l’Esprit nous fait découvrir la grandeur et l’humilité de notre condition de créature aimée de Dieu. Il nous créé en nous faisant sortir du chaos dans lequel nous avons parfois trop longtemps macéré. Mais il nous comble aussi de la grâce qui sauve, relève, guérit, justifie et sanctifie. Cette grâce nous vient du Christ, de son cœur ouvert, de son pardon donné, de son corps livré, de son sang versé. Cette grâce nous fait frères et sœurs de Jésus, et enfants bien-aimés du Père.

Alors, en trois mots, frères et sœurs, je dirais de l’Esprit Saint que vous allez recevoir qu’il est :

– Accélérateur de vie chrétienne

– Facilitateur de relations humaines

– Défenseur et consolateur.

Accélérateur de vie chrétienne car notre foi devient plus vive, elle devient connaissance de Dieu, elle ouvre nos yeux sur le surnaturel. Jésus devient vraiment pour nous une personne vivante et quand on lit la Bible, on sait qu’elle a été écrite pour nous. Un calme, une paix du cœur, une sérénité profonde nous sont donnés, qui libèrent de trop d’anxiétés ou de stress, d’un vide qu’on cherchait à combler, d’un deuil qui ne passait pas, d’un péché qui faisait trop honte. L’Esprit Saint est accélérateur de la grâce du baptême.

Facilitateur de relations humaines car l’Esprit Saint nous pousse au pardon et au regard de miséricorde. Il est esprit de force et courage pour défendre les plus petits et les marginalisés. Il libère des ambitions à courte vue et des tentations qui rendent esclaves. Par lui, les relations avec les autres se transforment. Elles fuient la violence ou la polémique. Par lui, nous devenons artisans de paix et de communion. Facilitateur de relations humaines, le don de l’Esprit inaugure une autre manière d’habiter ensemble notre maison commune.

Défenseur et consolateur – selon l’Évangile de ce jour -. L’Esprit promis, le Paraclet, dit Saint Jean, est notre défenseur devant les hommes à chaque fois que nous avons à rendre compte de l’espérance qui est en nous, dans des environnements hostiles notamment. Les martyrs en témoignent souvent. L’Esprit défenseur est le consolateur qui nous convainc intiment que quand tout semble fichu, rien n’est perdu. Avec le Christ nous ne sommes plus jamais seuls. Avec la force de son Esprit, nous savons déjà que nous n’avons rien à perdre, car nous avons déjà tout donné et que la vie éternelle est notre espérance profonde.

Chers amis, vous venez de toutes les paroisses, aumôneries et mouvements de notre diocèse. Avant vous, d’autres ont retroussé les manches, parfois depuis longtemps et peuvent être un peu fatigués. Vous êtes, avec nous, l’Église qui annonce le Christ dans la Somme. Le don de l’Esprit vous garde des enfermements ésotériques ou folkloriques. Il vous pousse à un vrai engagement missionnaire, nourris par une vie de prière intense, par l’eucharistie et le sacrement du pardon chaque fois que nécessaire. Il vous pousse à continuer à vous former, pas seulement sur Internet, mais avec d’autres, ancrés dans la Parole de Dieu et l’enseignement de l’Eglise. Il vous engage, même modestement, à participer à la vie de votre communauté chrétienne qui elle, a le devoir de vous aider à trouver votre place.

Nous allons dans un instant prier pour vous, en disant : Viens, Esprit Saint. Et il faut le demander souvent car l’Esprit Saint n’est jamais refusé à qui le demande. Mais une fois demandé et reçu, c’est à nous de jouer, avec sa grâce. Le Seigneur compte sur nous tous, Saint Peuple de Dieu du diocèse d’Amiens. Amen.

+ Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens