Anniversaire des 20 ans de diaconat de Frédéric Paquet.
Homélie de Mgr Gérard le Stang
Anniversaire des 20 ans de diaconat de M. Frédéric Paquet
Mercredi 21 mai 2025
Collégiale de Ham.
Chers amis,
Ce magnifique enseignement de Jésus à ses amis s’appuyant sur l’image de la vigne et du vigneron est une des plus belles approches de l’Église offertes dans l’Écriture Sainte. Nous savons en effet que l’Eglise est traversée de nombreux courants, tendances, parfois idéologies liées au terreau culturel ou social de ses membres. Dans le contexte français, on sépare souvent de façon binaire et parfois un peu ridicule, les progressistes et les conservateurs, dit « tradi». Dans les Actes des Apôtres, la première lecture nous parle de ceux qui étaient pour la circoncision des nouveaux chrétiens et ceux qui s’y opposaient. Il faut bien sur prendre la mesure de ces clivages et ne pas refuser le débat qui parfois a besoin d’un Concile pour être réglé. Pensons cette année au fameux Concile de Nicée, en 325, qui a tranché un conflit sur l’identité divine de Jésus.
L’image de la vigne nous aide, cependant, à ne pas rester en surface, à une vision seulement politique ou sociologique de l’Eglise. Elle nous invite à nous comprendre comme sarment d’une vigne, entés en Christ, des sarments que le Père émonde pour leur faire porter du fruit. Il y a la beauté de l’image mais celle-ci n’exclut pas l’épreuve : la vie, vécue dans la foi au Père, nous émonde, nous approfondit, nous purifie, nous rend sensible non seulement à la Providence de Dieu en nos vies, mais aussi à l’obéissance que l’Évangile nous invite à vivre envers le Christ, et enfin à l’abandon entre les mains de Dieu que l’Esprit Saint nous pousse à expérimenter, parfois à travers de longues nuits ou de vastes déserts.
L’enjeu, c’est la gloire du Père, la réussite du projet de Dieu qui veut que nous portions du fruit. Il a envoyé son Fils dans le monde non pour le juger, mais pour sauver le monde, et faire de nous ses amis. En nous laissant émonder par lui, en apprenant à vivre tout événement comme étant habité mystérieusement par une grâce, en demeurant en Christ comme un sarment irrigué par sa sève, nous découvrons la délicatesse et la puissance de la bonté de Dieu, plus profonde que tout mal.
En t’avançant pour être ordonné diacre à l’appel de l’Eglise, cher Frédéric, tu as accepté de te laisser émonder ainsi par le Christ, en obéissant à un appel nouveau, qui faisait de toi le signe de Jésus serviteur présent au cœur de son Église. Avec un tel appel, on ne peut pas tricher. Ceux qui te connaissent savent que tu n’as pas fait de cette ordination une occasion de promotion de ta personne dans la communauté, mais une occasion d’approfondir ton chemin d’humilité et de service, et aussi ton désir de souci d’évangélisation et de vie fraternelle avec tous, notamment avec les prêtres. Citons simplement, entre autres exemples, ta proximité vécue au quotidien de ta vie professionnelle et personnelle, avec les personnes porteuses de handicap, qui t’ont émondé et t’ont déjà fait porter beaucoup de fruits, toi et ton épouse Marie-B. Cela est pour nous source d’action de grâces. Nous reconnaissons que non seulement tu as répondu à l’appel de l’Eglise à devenir diacre, que non seulement tu as été ordonné, mais aussi que ce sont ces 20 années de service multiforme du Peuple de Dieu, sans tricher, ont vraiment fait de toi un diacre.
En ce jour, nous faisons mémoire aussi qu’il y a vingt ans, vous étiez deux ordinands. Avec toi, il y avait Sylvain Charbonnel, décédé voici bientôt dix ans, fort jeune, de la maladie de Charcot. Je salue son épouse Dorothée, et son fils, le P. François Charbonnel, présents parmi nous ce soir. Il est bon notamment de se souvenir, en ces temps troublés que Sylvain, médecin, fut celui qui contribua à introduire dans la Somme, le service des soins palliatifs pour les personnes en fin de vie. Il donna lui-même dans sa maladie un témoignage bouleversant d’amour de la vie et d’espérance. Ce soir, je vous invite à demander à Sylvain d’être notre intercesseur pour qu’une grâce touche ceux qui ont à élaborer et voter des lois sur la fin de vie en ces temps au parlement. Nous voyons bien qu’ils sont prêts à franchir des lignes rouges qui les déshonorent et portent atteinte à la dignité humaine. Que le Seigneur les prenne en pitié et les inspire dans les décisions qui façonneront la société des générations à venir.
Le chemin n’est pas fini, cher Frédéric. Le diaconat est pour la vie, et la diaconie inépuisable. Avec les années, les forces humaines décroissent et l’on devient plus vulnérable, plus dépendant aussi. Cela est à vivre comme une grâce qui pousse à s’en remettre encore plus au maître de la vigne, relié à Lui comme un sarment au Cep, se laissant préparer par Lui à la rencontre ultime avec le Père. Le plus tard possible, me diras-tu, mais c’est un bel horizon qui stimule la joie d’être d’humbles serviteurs dans la vigne du Seigneur. Amen.
+ Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens