Centenaire de la canonisation de Sainte Madeleine Sophie Barat.
Homélie de Mgr Gérard Le Stang
Vendredi 23 mai 2025
Centenaire de la canonisation de Sainte Madeleine Sophie Barat
Lancement du réseau Sophie Barat Education.
Lycée du Sacré-Cœur
Chers sœurs et frères,
Le magnifique enseignement de Jésus s’appuyant sur l’image de la vigne et du vigneron est une des plus belles approches de l’Église offertes dans l’Écriture Sainte. Nous savons en effet que l’Eglise est traversée de nombreux courants et appartenances, liés à l’histoire, aux cultures et aux diversités sociales, et on peut n’en avoir qu’un regard extérieur, socio-politique disons. L’image de la vigne nous aide à ne pas rester en surface. Elle nous invite à nous comprendre comme sarments d’une même vigne, reliés au Christ qui demeure en nous ; des sarments que le Père émonde pour leur faire porter du fruit.
C’est une image très belle, mais exigeante aussi : le père nous émonde et brûle les sarments secs détachés du cep. Ainsi en va-t-il d’une vie chrétienne qui se veut fidèle : elle se laisse émonder et purifier et libérer de ce qui est mort. Il en va ainsi de l’enseignement catholique aussi : coupé de sa source, de quoi peut-il témoigner ? La vie nous rend également sensibles à la Providence de Dieu (Dieu veille à nos besoins), mais aussi à l’obéissance que nous devons avoir envers l’Évangile dans notre vie quotidienne. Plus encore, elle nous conduit à un abandon confiant entre les mains de Dieu, au milieu des difficultés, parfois à travers de longues d’épreuves, d’échecs ou de promesses non tenues.
Pour Jésus, le but, c’est la gloire du Père. Or, faire la gloire de Dieu notre Père, c’est vouloir la réussite de son projet de Créateur. Le Père Créateur veut que tous, nous portions du fruit. Il a envoyé son Fils dans le monde non pour le juger, mais pour sauver le monde, et faire de nous ses amis et faire en sorte que nos vies portent du fruit. En nous laissant ainsi émonder, construire par lui, en essayant de vivre concrètement l’Évangile, en demeurant en Christ comme un sarment irrigué par sa sève, nous découvrons fortement la délicatesse et la puissance de la bonté de Dieu, plus profonde que tout mal.
C’est ce qu’a vécu Sainte Madeleine-Sophie BARAT (1779-1865), canonisée par le Pape Pie XI le 24 mai 1925, voici 100 ans demain. Femme de prière, elle aimait demeurer en Jésus, comme le sarment est attaché au cep de vigne. Elle aimait la prière, ce flux de vie et d’amitié que réalise la relation à Dieu dans le silence de l’amour. Et cet amour, comme il en va de toute vraie prière, conduit aux frères et sœurs, pour les aimer et les servir. L’ouverture dans la prière au Cœur Sacré de Jésus (comme on disait en ce temps), conduit à ouvrir son cœur à ceux qui souffrent et qui peinent, à ceux qui ont besoin de fraternité et de soutien, à ceux qui cherchent Dieu. Madeleine Sophie priait et cette prière l’ancrait dans la réalité de son temps pour y découvrir la présence et les appels de Dieu. Comme le Pape François l’a écrit, l’an passé, dans son encyclique sur le Cœur de Jésus (Dilexit nos), il y a urgence à témoigner de l’amour du cœur de Jésus à un monde qui semble si souvent perdre cœur, un monde dont le cœur semble souvent se refroidir, qui erre à la recherche d’un centre et d’un sens vers lequel se diriger. N’est-ce pas déjà ce qu’a voulu faire notre Sainte ?
Elle concrétisa ce désir de faire brûler le monde de l’amour du Cœur de Dieu, en donnant un rôle important aux filles et aux femmes et en se donnant elle-même pour l’éducation des plus jeunes. Elle était inspirée par l’exemple de jésuites de son temps qui portait le même idéal de faire brûler l’amour du cœur de Jésus dans le cœur de leurs contemporains déchirés et abîmés par les conflits postrévolutionnaires du XIX°. Elle le fit, en ne restant pas seule ou en se mettant au centre de l’attention, mais par la fondation d’une famille religieuse, d’une communauté, d’une congrégation de femmes « choisies, sanctifiées et aimées » par Dieu, cherchant à être « revêtues de tendresse, de compassion, d’humilité, de douceur et de patience » pour reprendre le portrait que Saint Paul fait d’une communauté chrétienne à l’unisson du Cœur de Jésus.
Le Pape François, dans son texte fameux sur la sainteté, a ainsi pu écrire ces mots qui nous parle aujourd’hui : « Même à des époques où les femmes ont été plus marginalisées, l’Esprit Saint a précisément suscité des saintes dont le rayonnement a provoqué de nouveaux dynamismes spirituels et d’importantes réformes dans l’Église. » Il ajoutait : « La sainteté est le visage le plus beau de l’Église. (…) Chaque saint est une mission (…) un projet du Père pour refléter et incarner, à un moment déterminé de l’histoire, un aspect de l’Évangile. »
Nous venons de vivre, l’élection d’un nouveau Pape Léon. C’est un événement historique et une étape nouvelle et enthousiasmante pour notre Église. Mais nous n’oublions pas que la véritable histoire de l’Église est celle de la sainteté, car la sainteté est l’expression du service rendu au monde pour qu’il soit plus en paix, plus juste, pour qu’il incarne un peu plus l’idéal des Béatitudes, et soit à la hauteur de ce que Dieu attend de lui. Les déchirements, la cruauté de certains, les comportements prédateurs envers les pauvres ou l’environnement, sont si violents en notre monde que l’appel à de nouvelles formes de sainteté est pressant, notamment pour ouvrir un avenir aux jeunes et leur communiquer une Espérance plus profonde que tout mal. Les réseaux de l’éducation catholique gardent, en ce sens, toute leur pertinence, n’en doutons pas.
« Les chrétiens, persécutés, se multiplient de jour en jour écrivait aux origines l’Eglise le prédicateur Diognète, (Mais)… Le poste que Dieu leur a fixé est si beau qu’il ne leur est pas permis de le déserter ». En nous souvenant, en ce jour, que sœur Madeleine Sophie fut déclarée sainte, nous célébrons la justesse de ses intuitions, la force de sa volonté, la fécondité de sa famille religieuse dispersée dans le monde, et la vitalité des réseaux éducatifs qui prennent en ce jour un nouveau départ. Mais nous prenons aussi, avec elle, la décision de rester fidèle à ce qu’elle a voulu : faire brûler le monde de l’amour du Cœur de Jésus, par la force de la prière et le souci de servir ceux qui en ont le plus besoin. Que cette fidélité à l’Évangile donne toute sa vérité à ce que nous célébrons aujourd’hui. Amen.
+ Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens