Messe au Festival de l’Agriculture – Abbeville
Homélie Mgr le Stang
Messe au festival de l’agriculture d’Abbeville
Dimanche 25 mai 2025
Frères et sœurs,
Dans la 2° lecture, du livre de l’Apocalypse, l’auteur, pour parler du rassemblement de tous en Dieu, à la fin des temps, utilise l’image de la Cité de Dieu descendant du ciel, une ville dans laquelle il n’y a pas de temple. Le sanctuaire, c’est le Christ. C’est Lui qui illumine tous les recoins de la ville et rend chaque endroit aussi beau qu’une pierre précieuse. Il y a des églises à Abbeville, et de belles. Nous sommes heureux d’y prier habituellement. Mais ce matin, sur cette place, en ce festival, nous nous rappelons que le Seigneur Jésus est présent partout. Il peut illuminer toute personne et tout lieu par sa présence de Ressuscité. Nous sommes, nous, les pierres vivantes de son Église, le Temple de son Esprit Saint. Par nous, au cœur de cette ville, Dieu manifeste sa présence, en ce jour du Seigneur, jour de Résurrection. Il le fait, non pas seulement dans nos édifices sacrés mais au cœur de la vie des hommes. Il en va ainsi de la présence de l’Eglise dans le monde : elle est présente comme un corps vivant, qui appelle au respect de la vie, qui interpelle parfois vigoureusement certes, surtout quand la dignité humaine ou l’honneur de Dieu sont atteints. Elle proteste, tout en faisant preuve cependant de bienveillance et de miséricorde. Il en va de même aujourd’hui : la messe célébrée ici, à Abbeville, – et j’en remercie ceux qui en ont eu l’initiative -, est le signe que nous préférons la qualité d’une vie ensemble à toute démarche clivante, que nos sociétés de la méfiance engendrent si facilement aujourd’hui.
La première lecture, du livre des Actes des Apôtres, est le reflet, un peu abrégé, d’un des premiers débats qu’il y eut entre croyants. Puisque des non-juifs devenaient chrétiens, que fallait-il leur demander : recevoir la circoncision, manger cascher, accomplir les nombreux rites propres au judaïsme ? Les premiers chrétiens ne sont pas d’accord entre eux… Le texte dit alors que l’on écoute point par point les avis des uns des autres, que l’on discute et que l’on se met d’accord à la fin : on demandera seulement aux païens qui croient en Jésus Messie ce que demandait le livre du Lévitique pour les étrangers accueillis dans la maison des juifs. Et cela servira de mesure pour les adaptations et les discussions à venir : tenir le cœur de la foi tout en discernant ensemble ce qui peut être réformé. Aujourd’hui, on appelle cela faire chemin ensemble, ou avancer de façon synodale. L’élection du Pape est aussi un exemple de cette conversation qui aboutit à une décision : les cardinaux débattent entre eux sur les défis du temps et de la mission. Il n’y a aucun candidat. Une fois que l’on a précisé les enjeux, on enferme tout le monde, et dans le silence, la réflexion et la prière, peu à peu, un nom émerge. Et bienvenue au Pape Léon XIV. Ce sont des formes de délibérations où on donne de la place à la parole de chacun, et à l’Esprit de Dieu qui habite ces échanges, réveille le souvenir de l’Évangile et pousse à faire les bons choix.
Ce don de l’Évangile, Jésus le promet dans l’Évangile de ce jour. Il invite ses amis à être dans la joie et non dans la tristesse de son départ. Il va rejoindre Dieu son Père, son œuvre étant accomplie. Il promet qu’il reviendra mystérieusement habiter le cœur de ceux qui croient en Lui et gardent ses commandements. Il assure que l’Esprit Saint les fera entrer dans le souvenir de l’Évangile annoncé et du sacrifice de la Croix, et qu’il les fera entrer dans une paix profonde qui leur donnera courage au milieu des persécutions ou difficultés. Cette paix du cœur, cette joie de croire sans voir, ce courage de l’action en mémoire de l’Évangile, tout cela nous est donné à nous aussi en ces temps de chaos où le désir de bâtir sur du solide devient de plus en plus fort, ce temps de crise où la soif de Dieu refait intensément son apparition, comme cela se voit à travers la demande forte des sacrements de l’initiation. L’expression « remettre l’Eglise au milieu du village » signifie simplement retrouver du bon sens et de la sagesse. Pour nous chrétiens, elle nous rappelle aussi que ce monde a été voulu par Dieu et que l’Évangile nous pousse à y respecter et à donner sa juste place à chaque créature, avec respect, réalisme et sagesse. La mission qui est la nôtre, c’est annoncer Jésus vivant qui dit à chacun, quelle que soit sa situation personnelle, sociale ou autre : il est bon que tu sois là, car tu es aimé de Dieu. Il est bon que nous avancions ensemble, avec humilité, courage, et sagesse.
En célébrant la messe au cœur de ce festival de l’agriculture, comment ne pas penser à tous ceux qui ont la charge de travailler la terre, de lui faire porter du fruit pour que l’humanité soit nourrie, et qu’en même temps la Création soit entretenue et respectée. Les milieux agricoles sont parmi les plus exposés et les plus tiraillées par les défis du monde actuel, polarisé, archipélisé, mondialisé, marqué par de fortes discriminations et injustices, et apeuré face à l’avenir. Certains le vivent durement et se demandent comment va évoluer le monde rural et ceux qui y vivent. Mais ce jour est jour de festival, jour de fête et porte en lui une espérance vers l’avenir. Nous sommes pèlerins d’Espérance et nous croyons que la bonté de Dieu est plus profonde que le mal. Chrétiens, nous croyons aux relations de confiance et à l’avenir que nous ouvre le Ressuscité. N’ayons pas peur de transmettre ce trésor de Paix que Dieu nous donne.
Vivons maintenant l’eucharistie. Il a fallu des paysans pour que le blé devienne hostie, des vignerons pour que des sarments du vin soient produits. La longue chaine des transmissions nous conduit du creux de la terre au ciel de Dieu. Cette terre est appelée à passer en Dieu. Il est bon de s’en souvenir pour définir la règle de notre agir. Amen.
+ Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens