Le projet Renaissance allie art et spiritualité pour que les victimes puissent se réparer

Le projet Renaissance allie art et spiritualité pour que les victimes puissent se réparer
Renaissance : c’est le nom d’une immense mosaïque de 50 m2 imaginée par sœur Samuelle à la demande du réalisateur Quentin Delcourt. Composée de centaines de fragments ocre, dorés, blancs et noirs de diverses matières, qui se rejoignent en douces flammes, l’œuvre manifeste l’union retrouvée après le fracas. C’est ainsi que la mosaïste veut illustrer la « renaissance », « après avoir été victime, subissant emprise et abus dans le silence ».
Sœur Samuelle continue ainsi à exprimer, à travers son art, un parcours de libération commencé dans La Vie. Il y a deux ans, dans notre numéro de Pâques (La Vie n° 4049 du 6 avril 2023), elle racontait les abus psychologiques et spirituels vécus dans son ancienne communauté, les Fraternités de Jérusalem, puis l’emprise à caractère sexuel subie à Rome alors qu’elle étudiait la mosaïque auprès de Marko Rupnik.
Depuis, aux côtés de celle qui est devenue ermite en France, d’autres victimes de violences sexuelles du célèbre mosaïste ont témoigné publiquement, menant les autorités ecclésiales à entamer une procédure canonique pénale à son encontre après son renvoi de la Compagnie de Jésus.
Un « acte à la fois créatif et spirituel »
La mosaïque monumentale de sœur Samuelle sera réalisée dans les mois à venir dans un esprit collaboratif et sera l’objet du documentaire la Symphonie des tesselles, que le cinéaste Quentin Delcourt prévoit de sortir en salles en 2026.
Si l’artiste garde la main sur la mise en œuvre, d’autres personnes, victimes d’abus et leurs soutiens, se verront proposer d’être associées à la démarche : elles pourront apposer aux dos d’une tesselle (fragment d’une mosaïque) l’expression « d’une mémoire, d’un cri, d’un espoir », détaille l’équipe du projet.
Plusieurs d’entre elles ont déjà accepté de joindre leur voix à celle de sœur Samuelle. Ainsi, des sœurs d’une communauté, en Asie, elles aussi victimes, ont inscrit au dos de quelques morceaux, des mots, une prière, prenant part « à cet acte à la fois créatif et spirituel », confie l’équipe. L’objectif : faire de cette mosaïque une « œuvre de réparation et de renaissance » rassemblant largement.
Pour offrir « un espace de parole aux religieuses du monde entier et à leurs soutiens », le réalisateur, qui a déjà produit trois films dont deux autour de la parole des femmes (Pygmalionnes en 2020, Impatientes en 2023 et Sunflowers at Night en 2024), se rendra dans divers pays et régions du globe (États-Unis, Vietnam, Italie, Amérique du Sud…).
Une exposition mondiale
Enfin, l’imposante mosaïque sera montrée au public dans un lieu symbolique au moment de la sortie du film. Elle devrait ensuite être fragmentée (elle a aussi été conçue pour cela) en petites œuvres qui seront proposées à l’exposition à 200 lieux saints dans le monde, prioritairement parmi les églises et chapelles qui accueillent aujourd’hui le travail de Marko Rupnik.
Le projet ouvre, ce 21 avril 2025, un financement participatif : « Ensemble, grâce à vos dons, nous pouvons permettre à sœur Samuelle et aux religieuses du monde entier d’aller au bout de la libération de leur parole et de poursuivre leur processus de réparation – à la fois personnel et collectif », détaille l’équipe. Sœur Samuelle et Quentin Delcourt espèrent, à travers cette aventure artistique, poser une nouvelle pierre dans la construction d’une culture de la réparation lumineuse.
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