Homélie de Mgr Le Stang pour la Veillée Pascale

Samedi 19 Avril 2025
Cathédrale Notre-Dame d’Amiens

© Eric Lemaire Veillée pascale à la Cathédrale Notre-Dame d'Amiens Samedi 19 avril 2025

Chers frères et sœurs,  

Dieu dit : que la lumière soit. Et la lumière fut. C’est le début de la première des lectures égrenées durant la liturgie de la Parole. Dieu est Lumière. Il est le feu pascal dans la nuit. Jésus a osé le dire pour lui-même : Je suis la Lumière du monde. Et il le dit aussi à ceux qui croient en Lui : vous êtes la lumière du monde. Vous avez à éclairer les autres, pas à être mis « sous le boisseau ». La clarté du Christ Vivant a envahi l’ombre de nos cœurs, et tout est devenu lumineux. La clarté du Christ, accueillie dans la foi, rend notre avenir non plus chargé de menaces, mais lumineux.  Oh, certes, le mal ne disparaît pas du monde comme une pierre qu’on roule d’un tombeau. Mais il n’est plus écrasant. Il n’est plus ni fatalité, ni impasse. Il est déjà vaincu en Jésus Ressuscité. Cela change tout, à commencer par notre regard sur l’avenir. Il demeure, certes, des souffrances qui ne passent pas, mais nous le savons depuis la nuit de Pâque : la souffrance peut aussi faire partie des fils dont l’étoffe de la joie est tissée. La joie n’est pas l’apanage des optimistes. Elle est le don fait à ceux qui sont passés au feu, à ceux qui vivent la Pâque avec Jésus, à ceux qui ont crié qu’ils ne pouvaient se sauver par eux-mêmes, à ceux qui ont reconnu leur péché, à ceux qui ont tendu la main. La joie pascale est une joie de renaissance, de réveil, de vie nouvelle, de surgissement, d’engendrement.  

Vous qui allez être baptisés, vous le savez peut-être plus que nous tous. Comme les femmes au tombeau, vous avez découvert qu’il ne fallait pas chercher Jésus parmi les morts, le chercher par des manières de vivre qui en fait nous dégradent, nous assèchent ou nous dépriment. Jésus est pour vous une Présence vivante. Dans les sacrements de baptême et de confirmation, vous recevrez, avec nous, la grâce et la mission de faire connaître autour de vous la présence de Jésus vivant, par nécessité intérieure. Et vous le ferez bien, car « personne ne peut faire connaître la présence de Jésus si Jésus n’est pas pour lui une présence vivante » (H. Le Saux). Pour vous, Jésus est Présence vivante. 

A la fin du carême, nous le constatons au-delà des efforts que nous avons consentis (ou pas): nos vies sont souvent décevantes, en raison de notre faiblesse. Toutes ces promesses non tenues, ces rêves inaboutis, ces prières distraites dont nos existences sont remplies, cela pourrait nous décourager. Mais le découragement est l’outil favori du démon, un outil pas cher et passe-partout, un des plus utilisés au monde. En cette nuit pascale, en revanche, une chose est certaine : Jésus est devenue prière exaucée. Souvenez-vous du vendredi saint :  

Le Christ,
pendant les jours de sa vie dans la chair,
offrit, avec un grand cri et dans les larmes,
des prières et des supplications
à Dieu qui pouvait le sauver de la mort,
et il fut exaucé
en raison de son grand respect. 

Abandonné corps et âme, par amour et par passion, tout son être n’était que supplication, offrande et sacrifice, à la louange de son Père. Et le Père Bien-Aimé, éternelle compassion, accueillant l’offrande de son Fils, le relève. Il en fait le Premier-Né d’entre les morts. Jésus est devenu prière exaucée. En Lui une Espérance nouvelle est offerte à tout la Création. Et vous allez être plongés dans cette Espérance nouvelle, qui vous fait disciples et amis de Jésus, au sein de son Corps qui est l’Église.  

Car, c’est comme membres de l’Église, en son sein, que nous vivons tout cela. Le futur Benoît XVI le faisait autrefois remarquer en écrivant : « (…) ‘Jésus est pour nous vivant, mais sous quels sables mouvants seraient enfouis, non pas tant son nom et sa mémoire, mais sa vivante influence, l’effet de l’Évangile et la foi en sa personne divine, sans la continuité visible de l’Eglise ? Sans l’Eglise, le Christ se volatiliserait, s’effacerait, s’éteindrait. Et que serait l’Eglise si on lui avait pris le Christ ?’. Cette constatation élémentaire ne doit pas nous quitter : quelle que soit la somme d’infidélités que l’Eglise contienne et puisse contenir (…) c’est par l’Eglise, qu’au-delà de la distance de l’histoire, il demeure vivant, il nous parle, il est auprès de nous, en tant que maître et Seigneur ». Dans 50 jours, vous recevrez la confirmation, comme les apôtres vécurent la Pentecôte 50 jours après Pâques. Vous serez alors 230 adultes dans cette cathédrale (et 80 lycéens la veille), pour cette effusion de l’Esprit Saint qui s’étendra aux confins de notre diocèse. Pâque et Pentecôte sont un seul mystère, qui nous éblouit et fait de nous les porteurs d’une Bonne Nouvelle qui nous dépasse tous mais que nous ne pouvons plus garder pour nous. Car le monde manque d’Espérance et il a besoin de construire sur une base solide, qui est la foi en Dieu révélé en Jésus.  

Elles étaient quelques femmes au petit matin, au Saint Sépulcre de Jérusalem, tout près du Golgotha. Elles étaient l’Église de l’amour, qui précédait celle des apôtres. C’est par elles que l’annonce pascale embrasa le monde. Rejoignons-les car leur témoignage est vrai, et il demeure le cœur de notre foi. Notre cœur n’est-il brûlant en écoutant à nouveau son annonce ? Que cette foi soit désormais le principe et le fondement de votre existence. Amen. Alléluia.  

+ Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens