Homélie de Mgr Le Stang pour le Dimanche des Rameaux

© Paroisse Notre-Dame Amiens

Homélie de Mgr Le Stang
Dimanche des Rameaux
Cathédrale Notre-Dame d’Amiens

Nous venons de suivre Jésus en sa Passion, en écoutant cette année la Passion selon Saint Luc, la plus riche en détails sur le déroulement de l’événement. Au regard de ce qui se vit dans le monde, l’événement est hélas tristement représentatif de la cruauté et de la lâcheté humaines. Au regard de la foi, la Croix de Jésus est un mystère, scandale pour les juifs, folie pour les païens (disait saint Paul). Le Prophète Isaïe résume ainsi ce mystère qui révèle le cœur de Dieu : Que pouvais-je faire et que je n’ai fait, ô ma vigne ? J’en attendais de beaux raisins, pourquoi a-t-elle donné de mauvais ? (Isaïe 5,4) 

Notre grâce est d’écouter l’Évangile à la manière des disciples d’Emmaüs (Luc 24), rejoints sur leur chemin de tristesse, par Jésus Vivant qui éclaire pour eux les Écritures et leur partage le pain, comme nous allons le faire dans un instant. Nos cœurs sont brûlants en écoutant ce récit, car il parle de la beauté de notre foi. Il parle du Fils de Dieu anéanti dans la condition humaine de serviteur, obéissant jusqu’à la mort de la Croix, que Dieu a élevé, pour que tous proclament : Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père (Phil 2, 6-11).  

A quatre reprises dans l’Évangile de ce jour, revient le verbe « sauver » : Il en a sauvé d’autres, qu’il se sauve lui-même ; Si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même ; N’es-tu pas le Christ, sauve-toi toi-même et nous aussi ! Un mystère de salut est en jeu, ses ennemis le proclament à leur insu. Mais, ils se trompent : « Jésus ne veut pas se sauver de la croix, mais nous sauver par sa croix, par l’amour tout entier donné à son Père pour que nous vivions » (P. Jean Lévêque).  

Chacun d’entre nous, à un moment ou l’autre, parfois toute notre vie, nous portons une croix, parfois pesante, dont aimerions être déchargés. Aussi, le chemin de Croix de Jésus nous parle si fortement. Nous sentons qu’il est aussi le nôtre. Nous sentons la proximité et la compassion de Dieu pour nous. Nous contemplons la Croix comme signe d’espérance et de salut. Nous y trouvons une force pour porter notre croix. Par sa croix, nous nous sentons moins seuls.   

Jésus dit à Dismas, le larron : Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis. C’est la seule fois dans tous les Évangiles que revient le mot paradis. Du haut de la Croix, le regard porte vers le jardin biblique que Dieu avait voulu pour l’homme et la femme. Il porte surtout vers le jardin de Pâque d’où le Christ jaillira vivant.  

Nous avons toute la Semaine Sainte pour faire nôtre ce mystère. Un théologien fameux, le Père Henri de Lubac écrivait : « L’existence chrétienne est une tromperie si elle ne reproduit pas (en nous), à partir de son rythme intérieur, le mystère du Christ » (in Histoire et Esprit). Le chemin de Jésus, c’est le nôtre. Vivons-le avec la Vierge Marie, car on ne peut séparer la Passion de Jésus de celle de sa Mère. Elle nous enseigne comment unir nos croix à celle de Jésus, pour sortir de la nuit et vivre avec Lui de la joie pascale. Amen.