Homélie et photos des appels décisifs

Crédit photo Agathe Ferreira-Morgado

Célébration des appels décisifs des catéchumènes
Dimanche 9 mars 2025, 1er dimanche de carême
Eglise Sainte Thérèse
Amiens

Frères et sœurs bien-aimés,

Votre cheminement vers le baptême vous l’a fait sentir : le Christ s’est approché de vous. Il vous a mystérieusement attiré à Lui. Quand je serai élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes (Jean 12,32), a-t-il dit aux siens. L’Église, dont vous serez bientôt pleinement membres, constate émerveillée ce que Dieu réalise en vous. Même s’il a fallu la rencontre décisive de chrétiens, l’entrée dans une église ou une célébration, la lecture de la Bible, bref tout ce qui fait que l’Église est nécessaire, c’est d’abord la rencontre du cœur du Christ avec votre propre cœur qui compte. Devenir chrétien, c’est entrer dans l’Église, en devenir un membre fidèle, un « fidèle fidèle », mais pour vivre une relation profonde avec le Christ et avoir une vie qui ressemble à la sienne. En nous révélant l’amour de son Père, en nous donnant l’Esprit Saint, son désir est de faire de nous ses amis, disciples et témoins de son amour au milieu du monde.

L’Évangéliste Luc parlera, au chapitre 9, du choix de Jésus de vivre sa Pâque : … Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem (Lc 9,51). Votre présence, en ce jour, exprime que vous aussi, le visage déterminé, vous avez fait un choix fort. Plus loin, toujours chez Luc, Jésus dit : Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! (Lc 12, 49-50). Jésus parle ici de son grand baptême, passage de la mort vers la vie, sa Pâque, cette Pâque que vous allez vivre aussi dans 40 jours, lors de la veillée pascale. Le feu qui brûlait en Jésus brûle aussi en vous, désir d’un baptême qui se déploiera dans toute votre vie jusqu’au passage ultime de la vie terrestre à la vie du ciel.

En ce jour, cependant, le Christ vous attire d’abord, au désert du carême. 40 jours pour préparer cette étape déterminante de votre existence. Jésus va au désert, rempli d’Esprit saint et poussé par lui. Il ne faut donc pas avoir peur des « traversées du désert », temps de sécheresse et d’épreuves, et de tentations. Comme Job, dépouillé de tout, apprend à vivre d’une foi de plus en plus profonde, Dieu nous conduit de plus en plus à nous appuyer sur lui seul, en son Église, et non pas sur nos propres forces ou notre orgueil.

Dans les déserts, jaillissent des sources. Jésus y affronte trois tentations, qui résument les tentations de toute sa vie humaine, tentations que nous aussi devons affronter : préférer le pain matériel à la nourriture de la parole de Dieu, adorer autre chose que Dieu et tenter Dieu. Des tentations qui mettent au défi notre foi. Ces tentations ne sont pas des péchés (céder à la tentation est un péché). Elles font partie de toute vie, y compris de celle de Jésus, le Fils de Dieu, jusqu’au jardin de Gethsémani. Jésus surmonte ces tentations. Saint Augustin dit aux catéchumènes : « Tu remarques que le Christ a été tenté, (et) ne remarques-tu pas qu’il a vaincu ? Reconnais que c’est toi qui es tenté en lui ; et alors reconnais que c’est toi qui es vainqueur en lui ». Origène, un autre grand chrétien : « Si Jésus est tenté, c’est pour que, nous aussi, nous puissions vaincre par sa victoire ». Voilà pourquoi, nous répétons sans nous lasser, la prière de Jésus : ne nous laisse pas entrer en tentation… cette « zone dangereuse » qui nous éloigne de la belle et sainte personne que Dieu nous appelle à être.

Pour bien vivre le carême, les lectures donnent trois indications :

La plus précieuse : aimer écouter et lire la Parole de Dieu, avec attention. Face à Satan qui manipule la Parole pour arriver à ses fins, Jésus cite la Parole de façon juste : l’homme ne vit pas seulement de pain, devant Dieu seul tu te prosterneras, tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu. Le mercredi des Cendres, on nous a dit : « convertis-toi et crois à l’Évangile ». Pour croire à l’Évangile, il faut le lire, seul, avec d’autres, durant les messes. Et y voir les appels de Dieu. La Parole est pour tous, pas réservée aux intellectuels. Elle est Pain de Vie.

Une seconde indication est la patience, signe de l’action de l’Esprit Saint en nous. Satan refuse le temps. En un clic, ces pierres deviendront pain, le monde t’appartiendra et Dieu t’obéira. Les « addicts » au jeu connaissent cette tentation : en un grattage, je serai riche ! Le résultat est inverse, et souvent c’est la ruine. Le temps est un ami. Il est donné pour devenir plus fidèle à notre Dieu, au rythme de l’année liturgique, dans l’humilité de notre vie sainte. Jésus ne refuse pas la croix. Il traverse l’épreuve terrible, en pardonnant, sans résignation mais avec espérance. Il sait que la patience obtient tout.

La troisième indication est d’apprendre la maîtrise de soi : notre corps, nos désirs, nos relations, nos paroles… pour donner de la place à Dieu. La première lecture dit : comme Abraham, tu étais errant, ne sachant où aller, tu deviendras pèlerin. Tu iras au temple et tu prononceras ces paroles, des paroles de gratitude, qui témoignent de ce que Dieu a fait pour toi. Dieu nous sort de l’errance, d’une vie insensée, pour aller vers lui et prononcer des paroles de louange. La deuxième lecture aussi nous invite aussi à prononcer des paroles de sens, des paroles de foi dites avec le cœur : Si ta bouche proclame que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé. Ta bouche, ton cœur, ton corps et ton intelligence, le temps de ta vie, brève comme celle de Jésus ou centenaire comme celle d’Abraham : Tout est à mobiliser pour cheminer dans la joie d’être un « fidèle fidèle », rejetant tentations, qui n’apportent que vide et tristesse, et repartant de plus belle si on a succombé.

Les pieds sur terre et le cœur en Dieu, c’est ainsi qu’avancent les fils et filles de Dieu, en son Église. Tel l’appel de ton baptême, un appel à la joie d’être membre de son Église et témoin de son inépuisable amour. Avance-toi en confiance, dans la joie d’être sauvé ! Amen

 

+ Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens