Journée mondiale des jeunes – Dimanche 24 novembre – Mission Saint Leu
Homélie de Mgr Le Stang
Journée mondiale des jeunes
Dimanche 24 novembre 2024 – Fête du Christ-Roi
Mission Saint Leu – Amiens.
Frères et sœurs, chers amis,
La fête du Christ-Roi est très éclairante pour notre vie chrétienne. Je vous en parle en prenant trois angles d’approche : cette fête couronne le cheminement de l’année liturgique. Elle donne une règle importante pour notre vie chrétienne personnelle. Elle éclaire le combat du chrétien dans le monde.
La fête du Christ-Roi, célébrée le dernier dimanche de l’année liturgique achève une longue catéchèse liturgique. Notre Roi, nous l’avons attendu durant l’Avent, rejoignant l’attente d’Israël, tout au long de l’Ancien Testament, attente d’un Messie Roi-Serviteur qui règnerait sur Jérusalem et toutes les nations. La naissance à Bethléem nous a étonnés : Emmanuel, Dieu-avec-nous, mais dans une grotte de la campagne de Bethléem. Étrange. Nous avons été plus déconcertés encore, avec les disciples, par ses actes et son enseignement si nouveau, si radical, tellement à contre-courant, sans pourtant vouloir prendre le pouvoir à la manière des hommes. Il parlait d’un Royaume de Dieu déjà en nous, au milieu de nous, et pourtant à venir dans la venue en Gloire du Fils de l’Homme. Puis, en 40 jours de carême, nous avons été conduits au pied de la Croix : un Roi crucifié par nous et pour nous, élevé de terre pour attirer tous les hommes Lui. Les disciples ne comprenaient plus, ils prirent la fuite. Tout cela est trop dur pour nous, disaient certains. Mais au fond de leur désespoir et incompréhension, il y eu le grand retournement du matin de Pâques et l’Esprit de Pentecôte, où tant de catéchumènes et de confirmands nous ont rejoints, en nous disant, comme aux origines : mais oui, il est vraiment ressuscité ! son Esprit Saint nous a été donné ! Nous fûmes donc remis en chemin, au long du temps ordinaire, de dimanche en dimanche, pour aller avec la Vierge de l’Assomption, et les saints du ciel à la Toussaint, jusqu’en ce jour où célébrons le fait que tout se récapitule et s’unifie en Jésus, régnant près de son Père : Dieu, dit saint Paul, nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, il nous a fait entrer dans le Royaume de son Fils Bien-aimé (Col 1, 13). Il a voulu que dans le Christ, toute chose ait son accomplissement total (Col 1,19). Nous sommes entrés dans un territoire nouveau, le Royaume de Dieu, dont certains ne soupçonnaient pas l’existence. Un espace nouveau et invisible, spirituel où lui seul est roi et nous, les amis du Roi. Il veut que toute créature accède à ce Royaume. Il veut mettre ses ennemis, sous ses pieds, y compris la mort, son pire ennemi, celle qui nous dévaste tellement. Il veut tout remettre au Père. Voilà ce que nous célébrons dans la liturgie du Christ-Roi : un sommet, une récapitulation de l’année qui nous ouvre vers la fin des temps, vers le retour de Jésus parmi nous pour le Jugement dernier, ce jour où tous, nous serons en vérité devant Lui, sans mensonge ni hypocrisie : Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Qui conque appartient à la vérité écoute ma voix (Jn18, 36-37).
Cela nous éclaire sur notre vie chrétienne personnelle. Nous disons dans le Notre Père : Que ton Règne vienne. Le chemin de tout chrétien est un combat pour que le Christ, l’humble Jésus, soit vraiment roi de sa vie, que rien d’autre ne le domine. C’est un chemin de libération de toute emprise : celle possible de certaines personnes sur nos vies, celle des idéologies insidieuses du moment ou de tout temps), celles des addictions, des influenceurs ou de la technologie, l’attirance de l’argent, des apparences, d’une sexualité mal maîtrisée, du pouvoir de la science ou de la politique etc. Rien de tout ne peut régner et gouverner notre vie plus que le Christ. D’où l’importance de la fidélité à la prière, à la lecture assidue de l’Évangile, à la participation aux sacrements, l’importance de se former à la pensée morale, sociale de l’Église pour ne pas être piégé. Le démon est rusé, ne l’oublions jamais ! D’où l’importance aussi que quelques-uns parmi nous, des garçons, des filles, répondent à son appel de Dieu à se donner tout entier, dans la prêtrise ou la vie religieuse, par amour pour le Christ, Roi de l’univers, et pour dire à tous : Dieu seul est Dieu. Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles. A Lui seul la Gloire. La fête du Christ Roi nous ramène donc au passionnant combat du chrétien, que personne ne peut mener à sa place, le combat pour la vraie liberté : qui règne vraiment dans ta vie ? le Christ ? ou un autre ? Question pour chaque jour de notre existence.
Enfin, la royauté du Christ est aussi une fête qui nous ramène à notre présence chrétienne dans le monde. Être chrétien, dans la force de l’Esprit Saint, c’est d’aider le Christ à devenir le Roi du monde d’aujourd’hui. Faire advenir le Règne du Christ, porter son étendard là où il n’est ni connu ni aimé, imprégner la vie du monde du parfum de l’Évangile et de la sainteté chrétienne : Quel défi ! Pas si simple car Jésus nous dit aussi : range ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée (Mt 25, 52). Nous sommes les disciples du crucifié, qui jamais ne cède jamais à la violence mais prend le chemin du sacrifice d’amour extrême et du pardon. Ses colères et ses indignations sont celle de celui qui dit aussi : aimez vos ennemis ! L’engagement chrétien pour la royauté du Christ sur le monde est un effort inlassable pour donner plus de sens, plus d’humanité, de bonté et d’espérance à ce monde, un combat pour la justice et le droit, le combat de ceux qui savent que tout homme est appelé, non pas à l’enfer éternel, mais au Royaume de Dieu, le Père des miséricordes. La mission d’Église de Jésus fière et courageuse, la mission d’une communauté, unie à toute personne de bonne volonté, aidant le Roi d’humilité, à attirer ce monde son Père. La fête du Christ Roi nous fait ainsi porter un beau regard sur notre foi et notre mission de chrétien. Qu’il règne ainsi le Christ, en son église, en nos cœurs et notre monde.