Messe de réparation – Église de Martigny
Messe de réparation
Église de Martigny
Samedi 23 novembre 2024
La fête du Christ Roi en ce dimanche et en cette église se double d’une célébration de réparation par suite des dégradations et de la profanation dont ces actes ont été accompagnés.
Le Christ est notre Roi. Nous ne disons pas à la manière humaine en pensant à ceux qui dirigent le monde, mais à la manière du Royaume de Dieu. Que ton règne vienne ! dit la prière du Notre Père. Le Règne de l’amour de Dieu dans lequel les êtres humains auront retrouvé les liens de foi et d’adoration envers Dieu, et les liens de respect et de fraternité entre eux. Ma royauté n’est pas de ce monde, dit Jésus à Pilate, à qui il a été livré. La transformation du monde en prenant le pouvoir politique ne l’intéresse pas. Il est venu transformer le monde par la conversion des cœurs, qui débouche sur des irruptions de bonté, plus efficaces que toute guérilla, guerre ou gesticulations partisanes.
Ce Règne du Christ est ce qu’il y a de plus important et de plus urgent au monde. C’est notre Credo. Là où les personnes se laissent sincèrement façonner par l’Évangile de Jésus dans sa radicalité, tout l’environnement social en bénéficie. L’histoire le prouve amplement. Là où le Christ habite le cœur de l’homme et devient la vérité de sa vie, l’homme ne vit plus dans le mensonge, l’hypocrisie, la violence ou la peur. Il comprend de l’intérieur la valeur des commandements de Dieu, à commencer par le commandement double et unique de Dieu et du prochain. Puissions-nous laisser plus de place à Dieu dans notre vie et le laisser régner en nous !
C’est dans cet esprit que nous célébrons cette messe de réparation. Pourquoi réparer ? Tout d’abord pour oser une indignation : les chiffres des dégradations et profanations, voire de sacrilèges, en France ne cessent d’augmenter. Entre 2000 et 2023, d’après l’enquête réalisée à l’occasion des états généraux du patrimoine, 2666 lieux de culte ont été cambriolés en France, plus de 1700 dégradés, et 396 profanés. Du vol, dirai-je banal, à la profanation, c’est-à-dire à la dégradation des objets sacrés, et au sacrilège, c’est-à-dire à l’atteinte volontaire de l’objet de la foi, et par-dessus tout, des hosties, il y a un seuil. Les vols se font souvent dans l’ignorance de la foi chrétienne, mais non sans connaissance de la valeur de leur patrimoine. Profanation et sacrilège sont, à l’inverse, des atteintes délibérées portées à la foi des chrétiens
Il nous revient, au-delà de l’indignation, de prier pour ces personnes. « Ils ne savent pas ce qu’ils font » disait le Christ lui-même au moment du sacrilège suprême, la mise en croix du Fils de Dieu. Il nous revient d’implorer le pardon pour elles et de nous préserver de la haine, tout en nommant le mal commis : Toucher à ce qui est sacré pour un être humain, quelles que soient ses croyances ou religions, est un acte d’une grande violence. Il faut savoir nommer ce mal, et non pas courber l’échine et encore moins hausser les épaules.
La messe de réparation met en lumière le mal commis pour l’expulser. Nous ne voulons pas que la foi des chrétiens soit salie. Nous voulons que leurs lieux de prière soient respectés par tous. Nous voulons laver ce qui a été souillé et redonner à ce lieu sa vocation pure et forte : être la maison de tous, l’abri où toute personne pourra sentir l’amour de Dieu pour elle, un lieu de sécurité et de paix, où devant la croix, l’autel, le tabernacle, chacun peu sentir un peu de la grande compassion de Dieu pour le monde.
En outre, il est important pour nous, chrétiens, de ne pas nous habituer à jouer profil bas dans un pays que nous aimons, mais qui est devenu largement sécularisé et ignorant de la foi chrétienne et de l’Église, voire très agressif à son égard. Plus profondément, ce genre d’évènement est pour nous un appel puissant à approfondir notre sens de Dieu, notre sens de ce qui est transcendant et sacré : non pas seulement des objets de métal doré, des bâtiments, mais l’humble hostie qui rend tout cela sacré, le corps livré de Notre Seigneur.
Ce sens de Dieu est un antidote au découragement. Certains pensent que nos églises vont à vau l’eau, n’intéressent plus personne. Du reste, elles demeurent trop souvent vides et fermées. Tout cela peut nous interroger : y croyons-nous encore ? Brûlons nous d’amour pour le cœur de Jésus, présent dans le pain eucharistique ? Une profanation peut mettre en lumière que nous aussi, chrétiens pouvons être guettés par l’ignorance, la routine et la tiédeur. La réparation, c’est aussi la réparation de nos âmes appelées à vivre de l’eucharistie, à donner notre vie avec le Christ et pour Lui et nos frères.
C’est aussi l’occasion d’ouvrir les yeux : Les états généraux du patrimoine ont montré la grande place jouée par le patrimoine religieux dans la conversion des catéchumènes ou le retour à la foi de nombre d’adultes. Pour plus d’un 1/3 des catéchumènes, la découverte d’une église ou chapelle au cœur de leur village – où on peut entrer sans payer ! -, durant des vacances ou un pèlerinage, le silence et l’atmosphère de prière d’une église propre, les vitraux, les objets religieux, la musique sacrée, les célébrations, le fait de sentir une communauté vivante, une crèche de Noël, tout cela a contribué pour eux à se tourner vers Dieu.
Cet événement doit nous relancer pour faire de nos maisons des maisons de prière : offrir des temps d’adoration, approfondir le sens de l’eucharistie, lutter contre l’ignorance religieuse qui conduit à la bêtise et à la violence, annoncer le Christ qui se donne à nous en chaque eucharistie. Regardez l’humilité de Dieu, caché dans l’humble hostie. Tant de saints ont passé des heures devant le Saint Sacrement. Cela a transformé leur cœur et leur village. Le tabernacle nous dit la discrétion de Dieu et sa présence au quotidien au cœur de nos vies. N’oublions jamais ce don que Dieu fait de lui-même au monde. Amen.