Fête de la Toussaint – Cathédrale Notre-Dame d’Amiens –

Homélie de Mgr Le Stang
Fête de la Toussaint
Vendredi 1er novembre 2024
Cathédrale d’Amiens.
Frères et sœurs,
Les saints sont « l’Église du ciel », ces 144 000 dont nous parle l’Apocalypse, annonciateurs d’une multitude que nul ne peut dénombrer. Nous sommes heureux de les prier, de les imiter, de nous laisser inspirer par eux. En les priant, nous nous souvenons en même temps que le Seigneur et son Église de la terre regardent chacun de nous comme un saint, une sainte en puissance, déjà habités par son Esprit de sainteté. Quels que soient nos limites, nos défauts, nos péchés, tout peut servir à faire la volonté de Dieu, pourvu que nous ayons l’humilité de les reconnaître et de les offrir à Dieu. L’humilité de retrouver confiance et estime de soi-même, en prenant, comme dit l’acte de contrition sous forme de prière, « la ferme résolution de ne plus vous offenser et de faire pénitence », c’est-à-dire de réparer le mal commis ou de travailler pour que ce mal n’ait plus prise dans nos vies. C’est ainsi que Dieu peut faire de nos vies une vivante icône de son Fils, sur la base d’un matériau parfois bien peu reluisant.
La Toussaint est ainsi une fête d’espérance : une espérance du ciel, une espérance pour notre terre et pour notre Église, qui ne peut être régénérée que par les saints et les saintes, des hommes, des femmes, des enfants, des jeunes ou des anciens, dotés de beaucoup d’atouts et de dons ou parfois très pauvres et très blessés, tous ceux, en un mot, qui mettent les Béatitudes de Jésus à leur menu quotidien. Pauvres de cœur, artisans de paix, êtres de douceur qui comme les enfants, n’attendent pas qu’on le leur dise pour pleurer à chaudes larmes, amis de la miséricorde, magnanimes au cœur pur, courageux et tenaces, dans l’adversité, la ridiculisation, l’ostracisme ou la persécution en raison de leur foi. Ou simplement, personnes ordinaires, capables de dire à Dieu : « tout seul Seigneur, je n’y arrive pas, mais avec ta grâce, tout devient possible, aie pitié de moi ». Il y a bien des chemins pour faire briller la sainteté du cœur de Dieu au cœur du monde : tous conjuguent à tous les temps le mot amour et l’incarnation de cet amour dans la plus prosaïque des réalités de nos vies.
Le monde, dit la première lettre de Jean (2° lecture) ne connaît pas Dieu. Il reste invisible et beaucoup s’en satisfont. Mais ceux qui sont au Christ le savent grâce à la foi dont ils sont bénéficiaires : un jour, ils le verront tel qu’il est. Même si cela n’est pas encore manifesté, ils le savent et cette vision à venir les réjouit dans leur pèlerinage terrestre. Cette conviction de foi fait d’eux des témoins d’un autre ordre de l’existence. Cet ordre n’est pas bâti sur la force, la possession le désir de tout savoir et d’avoir tout fait, encore moins sur la peur de mourir, la frénésie de tout maîtriser y compris son décès, ou la fuite en avant devant le couperet inéluctable de la dernière heure, précédée par une érosion déprimante de ses forces et appuis. Il s’agit d’un ordre de l’existence imprégné par une liberté intérieure qui permet d’habiter le monde en citoyens du ciel, joyeux, courageux, justes et bons, respectueux de tout et de tous, mesurant la fragilité de toute chose en même temps que le souffle d’éternité qui les rend dignes d’être reçues, vécues, protégées.
La joie du ciel habite déjà nos existences, allez savoir comment cela se fait. Quand nos consciences s’accordent à la présence de Dieu en nous, la paix du cœur nous est donnée. L’espérance du ciel unifie tout, que nous soyons dans une rude épreuve ou simplement heureux de vivre. Elle conduit à vouloir mettre au monde des enfants, tout en sachant que la vie ne leur réservera pas que des cadeaux, comme il en va depuis toujours. L’espérance du ciel est plus tenace que nos méfaits, plus puissante que nos espoirs humains qui finissent toujours par atteindre leur limite. L’espérance du ciel, c’est la sainteté des saints qui envers et contre tout, savent que ce monde, par-delà tous ses égarements, est fait pour la vie de Dieu et que notre Seigneur ne renoncera jamais à son projet.
Dans la très belle encyclique que le Saint-Père vient de nous offrir, consacrée à l’amour du Cœur de Jésus, dont je vous conseille vivement la lecture, le Pape cite la prière de saint John Henry Newman, reliant le mystère de l’eucharistie, que nous allons vivre, à l’adoration du Cœur du Christ, c’est-à-dire à Jésus lui-même. Je vous la relis volontiers, pour que chacun de nous puisse recevoir du Christ cette sainteté qui rend nos vies quotidiennes contagieuses de la Bonté de Dieu :
« O très Sacré, très aimant Cœur de Jésus, tu es caché dans la Sainte Eucharistie, et tu bats toujours pour nous. Je t’adore donc avec amour et crainte, avec une affection fervente et une volonté soumise et résolue. O mon Dieu, quand tu condescends à me permettre de te recevoir, de te manger et de te boire, et à faire de moi pour un moment ta demeure, oh ! fais battre mon cœur à l’unisson du tien. Purifie-le de tout ce qui est terrestre, fier et sensuel, de tout ce qui est dur et cruel, de toute atonie, de tout désordre, de toute perversité. Remplis-le de ta présence, afin que ni les événements de la journée, ni les circonstances du temps présent n’aient le pouvoir de le troubler, mais que dans ton amour et dans ta crainte il puisse trouver la paix. Amen”
John Henry Newman
Extract from THE SACRED HEART Meditations and Devotions, Part III [XVI] para. 3