Confirmations des jeunes à Roye

©Hubert Dessaint

Confirmations
Dimanche 20 octobre 2024
Roye

Chers frères et sœurs, chers jeunes,

Le don de l’Esprit Saint, que vous allez recevoir, de manière aussi puissante qu’invisible dans quelques instants, vous donnera de comprendre, de plus en plus intensément dans votre vie, ce que Jésus dit de lui-même dans l’Évangile : le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. « Donner sa vie en rançon », c’est-à-dire mettre le prix fort, le plus grand prix qu’on puisse payer, celui de sa propre vie : offrir, sacrifier sa vie. Pour Jésus : sa vie humaine de Fils de Dieu. Non pas pour un seul, non pas seulement pour chacun de nous, mais pour la multitude des hommes et femmes de tous les lieux et de tous les temps, pour la Création entière.

Ce sacrifice de Jésus, nous le rendons présent en chaque eucharistie, en chaque consécration. Quand le prêtre achève les paroles sur le pain et sur le vin, il dit, parce que Jésus a dit de le répéter « en mémoire de lui » : ce corps livré, ce sang versé est pour vous et pour la multitude. Qui peut sacrifier ainsi sa vie ? Un soldat le peut, qui se sacrifie pour son pays. Une maman, ou un papa, le peut qui se sacrifie pour son enfant. Un ami le peut, qui se sacrifie pour celui qu’il aime. Un collègue de travail le peut pour sauver la vie de son camarade ou de son salarié. Un moine ou une moniale le peut, abandonnée à la prière pour arracher un pécheur à la damnation. Tous puisent à cette énergie divine, à cette énergie du Fils de Dieu, Jésus.

Il n’est pas, dit la lettre aux hébreux (2° lecture), un grand prêtre incapable de compatir mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses à notre ressemblance, excepté le péché. C’est le don extrême du Serviteur sur la croix, qui est le vrai grand prêtre, qui n’offre pas un sacrifice extérieur à lui, mais se donne lui-même. Qui croit que cette parole est vraie touche le cœur de Dieu. Chrétiens, nous y croyons, sachant qu’il faut toute une vie prendre ce chemin du don de nous-mêmes, de tout notre être, de sorte que quand vient notre dernière heure, comptant sur le pardon de Dieu, nous pourrons tout de même dire : je me suis donné, j’ai fait de mon mieux, Seigneur, pardonne ma faiblesse. Et le Père pardonnera car son Fils Jésus, le premier, s’est donné pour nous, et ce que nous ne pouvions pas faire, il l’a fait à notre place et en notre faveur. Il l’a fait pour nous, une fois pour toutes, et pour l’éternité. Si bien que notre vie est une tentative originale et parfois risquée, de l’imiter, chacun selon ses talents, ses dons et ses charismes, une tentative pour faire de notre vie une vie donnée, joyeuse, dans la conviction que l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus serviteur, sera toujours donné à celui qui veut emprunter ce chemin des disciples.

Mais vous avez 15 ans. Ces mots que je prononce, un peu compliqués, vous sentez dans la foi qu’ils sont vrais. La vie, c’est quand on se donne, conscient d’avoir beaucoup reçu et beaucoup à donner : en étant pompier volontaire, scout, pianiste ou guitariste appliquée, basketteur, tennisman, rugbyman, handballeuse, amie des animaux, de la nature, ou concentré dans la pêche, au service des malades à Lourdes… Que d’énergies, de passions, de talents qui grandissent au fil des activités, services dont la vie vous fait cadeau. On ne réussit rien vraiment, on n’apprécie rien vraiment si on ne n’est pas donné, si on n’a pas visé un but et qu’on s’y est appliqué de tout son être, avec énergie.

Dans l’Évangile, Jacques et Jean sont deux jeunes à peine plus âgés que vous. On connaît surtout leur père, Zébédée, dont ils sont les fils. Ils sont à l’école de Jésus : ils sont disciples. Le disciple suit un maître et apprend à son contact. Ils ont tout à apprendre. Mais ils savent déjà une chose : Jésus les entraîne vers la gloire. Ils apprennent à connaître qui est Dieu, révélé de manière si inattendue en Jésus de Nazareth. Ils veulent avoir accès à la gloire de Dieu, et siéger avec Lui, là où il règnera. Le pourrez-vous, boire à la coupe que je vais boire ? leur demande Jésus. Nous le pourrons ! Nous le voulons ! Ils ne savent pas bien sûr où les mènera leur désir et par quels tourments ils devront passer en prenant sa suite. Jésus ne les décourage pas. Il sait la force de leur jeunesse et jusqu’à quel sacrifice peut conduire la foi en l’amour de Dieu. Il leur dit pourtant : La victoire, c’est le Père qui l’accorde, au final et au vu de votre vie entière. C’est le Père qui vous fera, s’il le souhaite entrer dans la lumière promise aux justes, dont parle Isaïe. Et c’est par l’Esprit Saint à l’œuvre dans vos vies que vous deviendrez de belles personnes, inspirantes et diffusant la clarté de Dieu auprès des autres.

Vous avez la chance de vivre une époque chrétienne étonnante, que je n’ai jamais vécue en 60 ans. Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes lycéens, étudiants, jeunes pro… découvrent la foi, la prière, la Parole de Dieu, veulent en vivre ensemble. Plus de 800 jeunes à la messe de chaque mercredi à la chapelle de la Catho de Lille. Il faut arriver bien à l’avance pour avoir une place. A Amiens, l’église Saint-Leu est remplie tous les mercredis et souvent le dimanche soir. Des dizaines d’étudiants sont en chemin vers le baptême.

Je sens bien à travers vos lettres qu’au-delà des doutes et des rythmes difficile à prendre (pour la messe), du témoignage de foi pas simple, sans parler des péchés qu’on peut commettre, que malgré tout cela, vous désirez être connectés au Christ. Vous ne voulez pas composer sans lui votre vie à venir. Vous savez que l’unité de votre vie, son enracinement profond, son sens et sa destinée, vous sont donnés par la personne de Jésus et la brise puissante de son Esprit Saint. Vous ne trouvez pas tous auprès des adultes le soutien dont vous auriez besoin, mais soyez-en assurés : en choisissant des parrains et marraines confirmés et heureux de croire, vous savez qu’il y a aussi des adultes qui vous soutiendront, des prêtres et une communauté chrétienne qui vous portera et au sein de laquelle vous deviendrez acteurs, moteurs car c’est vous qui êtes l’Église. L’Esprit Saint vous est donné pour que vous soyez donnés.

Ouvrez-lui votre cœur, en serviteurs de Jésus, venu pour servir et non pour être servi. Vous n’en serez jamais déçus. Amen.

Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens

HOMÉLIES DE MGR LE STANG