Bénédiction des vitraux de l’Église Sainte Anne à Amiens

Bénédiction des vitraux de l’Église Sainte Anne à Amiens
Samedi 19 octobre 2024
Par suite de ses tourments, dit le prophète Isaïe, le juste verra la lumière (1° lecture). Les tourments du juste sont transfigurés en lieux de grâce. Ses tourments ne sont pas une fatalité, mais un passage vers la lumière. Les vitraux figuratifs nous permettent souvent de comprendre cela : les scènes qu’ils représentent peuvent être des mystères lumineux : une naissance, une visitation, une adoration des mages, la résurrection. Mais ils peuvent être aussi des mystères douloureux : persécution, martyr, croix. Parfois, ils représentent simplement des personnages, plus ou moins figés, comme des évêques qui se ressemblent tous un peu, ou des saints et saintes avec des objets qui les représentent. Ainsi, les vitraux se font trouées de lumière en tout être et événements, qu’ils suscitent joies ou tourments. Et quand ils ne sont pas figuratifs et parfois peu colorés, leur beauté nous attire cependant car la lumière qu’ils transmettent nous rejoint nous-mêmes pour nous rendre lumineux, imprégnés d’une atmosphère sacrée et douce qui nous fait prier en disant : tel que je suis, joyeux ou serein, attristé ou tourmenté, ta grâce lumineuse, Seigneur, me touche et vient clarifier ma vie. Que le Seigneur soit béni pour les artistes, les dessinateurs, les peintres, les verriers, les vitraillistes. Par leurs talents, leur inspiration, l’art par lequel ils tamisent et diffusent la lumière pour qu’elle touche nos âmes, ils sont comme la main du Seigneur qui nous rend justes aux yeux de Dieu et nous donne accès à sa gloire.
En méditant là-dessus, nous mesurons que nous sommes comme Jacques et Jean, ces deux jeunes, connus par leur filiation (ils sont fils de Zébédée) et non encore pour eux-mêmes, car ils sont des disciples : ils sont à l’école de Jésus, ils apprennent à connaître qui est Dieu, révélé de manière si inattendue en Jésus de Nazareth. Ils veulent avoir accès à la lumière divine, à la gloire de Dieu, et siéger avec Lui, là où il règnera. Le pourrez-vous ? Nous le pourrons ! Nous le voulons ! Ils ne savent pas bien sûr où les mènera leur désir et par quels tourments ils devront passer en prenant sa suite. Il ne les décourage pas, tout en leur disant : c’est le Père qui vous fera, s’il le souhaite entrer dans cette lumière des justes, avec moi et par moi. C’est le Père qui fera de toute votre vie un espace qui laisse passer la lumière du témoignage de votre vie donnée. C’est le Père qui permettra, vous, Jacques et Jean, d’être représentés dans bien des églises du monde. Toi, Jean, il te sera donné d’être souvent au pied de la croix avec Marie. Tous les deux, jeunes fils de Zébédée, vous serez présentés, si mon Père veut, comme des êtres de lumière diffusant la clarté de Dieu, de belles personnes qui nous inspirent, et nous aident à prendre nous aussi le chemin du serviteur.
A quoi sert de s’indigner contre ces jeunes Jacques et Jean, qui ont de l’ambition et veulent être avec le Christ ? Pourquoi s’offusquer en personnages aigris, jaloux ou hypocrites. Comme il est bon de retrouver cet élan de jeunesse qui nous fait désirer briller de la clarté du Christ par toute notre vie, être l’Église qui diffuse au monde la clarté du Christ. Qu’il est bon, même si nous sentons que nos vies n’ont guère brillé parfois par le courage du témoignage, l’humble service, ou la charité active, de nous dire : Seigneur, si tu le veux, par ta miséricorde, tu peux encore, faire passer à travers les failles de ma vie, cette lumière qui va m’unifier, jointoyer toutes ces fissures et faire de moi aussi une belle et sainte personne, imprégnée de ta lumière.
A travers les œuvres des artistes, et plus encore les œuvres de charité, nous rejoignons le cœur de Dieu. Il a envoyé son Fils, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la multitude. La restauration de ces vitraux que nous admirons a couté cher. Merci aux donateurs. Cela valait le coup qu’ils donnent, tout comme il valait le coup que les artisans et artistes se donnent ; car il vaut toujours le coup de se donner pour les autres, tel le Fils de l’homme qui donne sa vie en rançon, qui met le prix pour que la multitude des frères et sœurs que nous sommes soient sauvés et rayonnent ensemble de la Clarté du Christ. Qu’il nous fasse entrer ensemble, tourmentés ou joyeux, dans sa lumière nouvelle et éternelle. Amen.
Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens