Messe de rentrée de l’enseignement catholique

Homélie de Mgr Le Stang
Messe de rentrée de l’enseignement catholique
Mardi 15 octobre 2024
Église Saint Acheul
 

 

Chers amis,  

Cette église Saint Acheul offre un concentré des origines chrétiennes de notre diocèse, même si l’histoire nous dit peu de choses. Elle évoque Saint Acheul, et surtout elle est édifiée sur le tombeau de son contemporain Saint Firmin (évêque et martyr, fondateur de notre diocèse au IV° siècle). Tout près, l’établissement scolaire porte le nom de Saint Riquier, converti au VII° par des moines irlandais : il soigna des lépreux puis se mit en marche comme missionnaire itinérant. Il fonda un monastère dans le Ponthieu qui, par la suite, pris son nom de Saint-Riquier, et se fit ermite durant les dernières années de sa vie dans la forêt de Crécy. Il est ainsi émouvant de nous souvenir que nous ne venons pas de nulle part : l’Église catholique a germé ici grâce à des personnes comme vous et moi, parfois venues de loin (comme certains de nos prêtres actuellement), des évangélisateurs, des âmes de prière, amis des pauvres, dont certains furent torturés et assassinés en raison de leur foi. C’est par eux, martyrs ou non, que des femmes et des hommes de Picardie ont eu envie de se dire chrétiens et d’essayer d’être fidèles au Christ. Et c’est par nous que cette aventure se poursuit aujourd’hui. Ou pas.  

La mémoire de ces racines chrétiennes locales nous oblige particulièrement, nous qui sommes, par nos missions, des représentants de l’institution catholique, veillant au caractère propre des écoles, collèges, lycées, lieux de culte, paroisses. « Représentant de l’institution catholique » : voilà une appellation bien lourde à porter parfois, pour des raisons personnelles ou souvent parce être un responsable catholique dans la société française, ce n’est pas être un notable mais quelqu’un qui, aux yeux de certains, attire le soupçon sur l’usage qu’il fait de l’argent public, sur ce qu’il inculque aux jeunes, sur la manière dont il respecte la laïcité… soupçons divers qui génèrent bien des contraintes, des désagréments et une charge mentale dont nous aimerions être libérés pour vivre à fond le service éducatif.  

Dans ce contexte, pénible mais pas mortel (qui pourrait être pire si on se fie à l’article récent de l’historien Paul Airiau sur le site Aleteia: « enseignement catholique, le pire est à venir »), il est salutaire d’entendre l’exhortation de Saint Paul aux galates qui en ce jour commence ainsi : Frères, c’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés. Et qui s’achève ainsi : dans le Christ, ce qui a de la valeur, (…) c’est la foi, qui agit par la charité. Le Christ, dans l’Évangile de ce jour, dit la même chose, mais autrement :  ce n’est pas l’extérieur de la coupe ou du plat qui importe mais l’intérieur de vous-mêmes… (Dieu) qui a fait l’extérieur n’a-t-il pas fait aussi l’intérieur ? Donnez plutôt en aumône ce que vous avez, et alors tout sera pur pour vous !  

Nous voilà conduits au cœur de l’expérience chrétienne. Le christianisme est la religion de la liberté. Liberté de l’enseignement, entre autres, dans le respect de la loi et des croyances et l’accueil de tous, nous nous battons pour cela. Mais nous ne voulons pas non plus nous laisser enfermer ou traumatiser par les idéologies laïcistes, les fonctionnements technocratiques et kafkaïens, et ou les polices de la pensée. Que tout cela ne nous conduise pas à minimiser les propositions pastorales. Au contraire, dans le respect de la loi, ce contexte ubuesque est l’occasion de faire vivre ce qui nous anime au plus profond et de transmettre aux jeunes ce supplément d’âme, supplément d’amour de la vie, de foi en l’avenir et de l’espérance, si nécessaire en notre temps.  

Notre pays est une terre de liberté : liberté à transmettre et à faire grandir, chacun étant conscient de ses droits, de ses devoirs et de ses obligations. Mais, plus que la liberté institutionnelle, c’est de liberté intérieure dont il est question dans la Parole de Dieu. C’est la liberté de Jésus en son temps. Il n’a pas voulu faire de politique, ni entrer en guerre. Mais sa liberté de Fils de Dieu, homme adulte, debout, résistant, courageux, libère encore le monde.  Par sa croix et sa Résurrection, il est le Sauveur du monde, osons-nous dire, sans saisir toujours la portée de nos propos. Cette liberté intérieure est rencontre gratuite de l’amour de Dieu. C’est elle qui met en nous le désir de faire vivre le caractère propre, non pas comme une case que l’on coche, mais comme transmission de la liberté de Jésus, de la liberté de l’Esprit, qui a conduit certains au martyr en d’autres époques et appelle notre vigilance en la nôtre, face aux fossoyeurs de la liberté. 

La page d’Évangile s’achève ainsi : Donnez en aumône ce que vous avez, et tout sera pur pour vous. Cela doit aussi nous habiter plus que tout, en ces temps où nous sommes interpellés sur la mixité dans nos établissements. Une bonne interpellation.  Notre enseignement catholique est à la croisée des chemins. Quel service allons-nous rendre aux générations à venir ? Il nous faut revenir à nos enracinements, à nos sources, aux intuitions profondes qui ont permis nos engendrements. Nos sources spirituelles, l’attention aux plus pauvres. Tant de jeunes du monde populaire ont autrefois bénéficié de nos écoles ! Qu’il nous soit permis de rêver cet avenir, avec réalisme car déjà beaucoup d’entre vous agissent en ce sens ! Ce rêve nous poussera à faire des propositions scolaires et extra-scolaires édifiantes, incluant tout le monde (notamment ceux qui ont peu de moyens), respectant nos environnements.  Je ne méconnais pas la complexité des situations, soyez-en sûr, et je sais déjà ce qui est vécu au quotidien en ce sens, j’ai une immense estime pour tout ce que vous faites. Mais, avec ces nouveaux chefs d’établissements, qu’il nous soit permis de rêver, et aussi de prier en convoquant notre Dieu : Seigneur, que nous faut-il faire en notre temps ? Quelle est ta volonté sur ce monde ? Inspire-nous des chemins d’évangile, donne-nous courage et force pour quitter ce qui nous alourdit et de nous ancrer en ce qui compte vraiment.  

 L’envoi en mission de nouveaux chefs d’établissements, est source d’espérance. 2025, comme chaque 25 ans, est une année de jubilé, à Rome notamment. Le thème en est : « pèlerins d’espérance ». Puissions-nous vivre de fait en pèlerins d’espérance, avec les jeunes et les équipes de vos établissements, heureux de faire vivre les charismes et talents dont chacun est porteur.  Amen.  

+Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens