Installation de François Charbonnel et Yungae Park paroisse du St Esprit Amiens
Homélie de Mgr Le Stang
Installation de François Charbonnel et Yungae Park
Curés in solidum de la paroisse du Saint Esprit à Amiens
Dimanche 15 septembre 2024
Frères et sœurs,
Ce jour est un jour de grâce pour votre paroisse. Vous accueillez non pas un seul mais deux nouveaux prêtres qui reçoivent la charge d’être ensemble vos pasteurs, in solidum comme dit le droit, « solidairement ». Ils seront rejoints au presbytère, au moins 10 jours par mois, par un séminariste de la Société des Prêtres de Saint Jacques, en formation pour être prêtre dans notre diocèse, avec deux de ses compagnons (en formation à Corbie et Abbeville). Votre trio de deux prêtres et un séminariste, m’inspire trois réflexions que je vous livre :
En premier lieu, vous donnez ensemble un beau visage de l’Église universelle. François, tu es bien ancré dans notre terre de Somme, dont tu sais la richesse spirituelle antique puisque tu as soutenu magnifiquement à la fin de tes études romaines un travail sur une « approche sacramentaire de la foi en la résurrection de la chair chez saint Paschase Radbert », moine au IX° siècle, dans la prestigieuse abbaye de Corbie non loin d’ici. Mais ton enracinement s’est fait ouverture à l’universel à travers tes études à Rome, où tu as mieux compris, grâce aux nombreux étudiants en théologie de tous pays, combien l’Église du Christ est répandue dans le monde entier.
Yunjae Laurent Park, tu nous viens du diocèse de Daejon, en Corée du Sud où l’Église catholique représente un peu plus de 10% de la population mais connaît un grand rayonnement. Le voyage du Pape François en Asie les 15 jours passés, nous a montré le magnifique dynamisme de l’Église, pourtant fort minoritaire, sur ce continent. Merci de venir chez nous, en cette ville d’où partit au XIX° saint Antoine Daveluy, pour évangéliser dans votre langue, devenir évêque et mourir martyr (je ne te souhaite d’être ni l’un ni l’autre ! mais à la grâce de Dieu…). Je ne doute pas que les coréens ont parfois eu du mal à comprendre les homélies du P. Daveluy, en coréen, prononcées avec un accent picard, mais il ne fait pas de doute que grâce aux missionnaires et aux héroïques chrétiens de Corée, l’Évangile a fleuri chez vous et c’est toi qui, près de deux siècles après, devient missionnaire dans notre Église de France pour lui donner souffle nouveau et nourrir tes frères et sœurs de la vie de Dieu.
Nathanaël Francius, le séminariste que vous avez la charge de former, vient d’Haïti, un magnifique pays des caraïbes qui est aussi un des plus pauvres du monde où règne un chaos indescriptible. Un des points qui m’a toujours frappé chez les chrétiens haïtiens, c’est leur sens de la gratitude, de l’action de grâce adressée à Dieu dans la pire des misères. Voilà qui ne peut que nous faire du bien, à nous français, sympathiques mais sempiternels râleurs.
Ce condensé d’Église universelle va donner de l’ouverture à votre paroisse, et nous aider à ne pas nous « mucher » comme on dit en picard, c’est-à-dire nous replier sur nous-mêmes.
La deuxième réflexion qui me vient en ce jour me vient du fait que vous allez vivre tous les trois ensemble au presbytère tout proche, prier ensemble, manger souvent ensemble, travailler ensemble, et par là, donner le témoignage de la fraternité sacerdotale, par toujours facile à vivre entre hommes de tempérament, culture et formation différentes, mais essentielle. Jésus n’a pas voulu accomplir seul son ministère de Sauveur. Il a appelé un collège d’apôtres. Il a envoyé ses disciples deux par deux, et comme Saint Paul et ses compagnons missionnaires, depuis 2000 ans l’Évangile de la fraternité est annoncé en fraternité. Célibataire ne veut pas dire solitaire et surtout isolé. Cultivez cette fraternité sacerdotale ancrée dans le ministère des apôtres, amis de Jésus. Cultivez là, tous les trois, par la prière commune, et le dialogue fréquent, notamment. C’est exigeant comme dans une famille, mais votre fraternité sacramentelle en Christ sera votre premier témoignage.
La troisième réflexion qui me vient m’est inspirée par votre jeunesse : François, tu as 30 ans et un an d’ordination. Yunjae Laurent, tu as 35 ans et 7 ans d’ordination. Nathanaël, lui, a 24 ans. Vous êtes jeunes et vous arrivez dans une paroisse où il y a beaucoup de jeunes (y compris dans les villages de Saint-Fuscien, Sains-en-Amiénois, Rumigny et Estrées). Alors je vous le dis tout net :
Votre priorité pastorale n° 1, ce sont les jeunes : les établissements catholiques de la Providence, de Saint Martin et de la Sainte Famille vous sont confiés, l’aumônerie d’enseignement public, la mission Saint-Leu pour toi Laurent (pour préparer les jeunes au JMJ de 2027 en Corée !), le groupes SGDF de Saint-Martin, les jeunes familles etc… et tous ces jeunes qui ne connaissent pas le Christ. C’est à eux, qu’en jeunes pasteurs, vous devez donner du temps en priorité.
Votre priorité n° 2 est de rajeunir cette paroisse, en communion avec l’équipe de conduite pastorale et les anciens, surtout ceux qui sont là depuis longtemps. Ils vous aideront à transmettre le relai aux nouvelles générations en cédant eux-mêmes leur place dès que possible, car c’est la logique de la vie et de la foi – nul n’est propriétaire de sa charge en Église -. Appelez, appelez des ouvriers pour la moisson, pour des projets missionnaires stimulants. Appelez pour renouveler toutes les équipes, pour former des gens capables d’accompagner les deuils, pour faire de cette paroisse un lieu de prière et de rayonnement chrétien.
Votre priorité n° 3 est de vous relier, en jeunes prêtres et avec les autres chrétiens, au champ missionnaire d’Amiens Notre-Dame qui vient d’être créé. Vous êtes nommés à la fraternité sacerdotale de ce champ. Avec les laïcs d’Amiens Métropole, allez de l’avant pour rendre notre église plus visible, pour organiser des missions paroissiales, entrer en dialogue avec ceux qui ne connaissent pas le Seigneur et son Église (et parfois la combattent), pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, et Dieu sait qu’il y en a dans cette ville, assoiffés d’espérance. La foi n’a de consistance que si elle est traduite en actes concrets de justice et de charité, nous rappelle la lettre de Saint Jaques en ce jour.
Mais, chers frères, toute ces priorités ne sont rien si elles ne sont pas vécus « les yeux fixés sur le Christ ». Il nous est présenté aujourd’hui, en Isaïe, comme le Serviteur Souffrant, dont Dieu a ouvert l’oreille pour écouter sa parole et l’annoncer au prix de sa vie. Il demande à chacun de nous ce matin : « Pour toi, qui suis-je ? ». Il nous exhorte à repousser la tentation du diable qui l’a conduit à traiter saint Pierre de Satan : un peu « gonflé » pour le 1er Pape, mais cela nous rappelle que l’Église a été dès le début infidèle au Christ alors que Lui ne cesse de lui être fidèle ! La tentation tendue au Christ est de refuser la croix. « On est bien entre nous, pourquoi changer, sortir de sa zone de confort, prendre des risques pour que les pauvres soient évangélisés, pour faire entendre la parole de salut aux malades et aux pécheurs ! Tentation diabolique de l’entre-soi qui oublie la nature et la mission de l’Église qui n’est rien sans être connectée à la Croix de Jésus, qui peut mourir si elle n’est pas l’Église « en sortie » (Pape François).
Le Fils de de l’homme vous invite à le suivre sur le chemin de la croix : c’est un chemin de Vie qui est passage vers la joie de la Résurrection ; un chemin de don d’amour jusqu’à l’extrême ; un chemin qui a sa part de souffrance, ne fermons pas les yeux là-dessus. Vous n’êtes pas devenus prêtres pour vous la couler douce, et vous êtes les bons bergers du peuple de Dieu pour lui éviter de sombrer dans l’idolâtrie ou les dérives du temps, et le tourner vers la Joie de s’en remettre entre les mains du Seigneur. Vous êtes jeunes, vous avez beaucoup à apprendre, avec humilité, mais vous êtes aussi les chefs de votre peuple. Vos trois missions de prêtre, en bon théologiens vous les connaissez : annoncer l’Évangile, sanctifier le Peuple de Dieu, et conduire l’Église dans la communion et l’unité. Trois missions à exercer en synodalité avec les baptisés pour qu’ils vivent tous la grâce de leur baptême, et soient donc prêtres, prophètes et rois : prêtres en faisant de toute leur vie une offrande spirituelle, prophètes en étant par toute leur vie porte-parole de Dieu, rois en exerçant la liberté royale de n’être assujettis à aucune puissance de ce monde.
Mes amis, ce jour est un jour de grâce pour votre paroisse. Accueillez cette grâce en accueillant vos prêtres. Soutenez-les et rendez-les heureux en prenant avec eux les chemins de la prière, de l’évangélisation et de la vie dans un communauté de foi, joyeuse, ouverte et fraternelle. Amen.
+ Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens