Messe de rentrée de la mission Saint Leu
Homélie de Mgr Le Stang
Dimanche 22 septembre 2024
Messe de rentrée de la mission Saint Leu d’Amiens
Frères et sœurs,
La parabole vivante de l’Évangile en ce jour est celle de l’enfant. Jésus le prend dans ses bras pour s’adresser aux 12 apôtres. Ces 12 seront les piliers de l’Église. Il leur montrent le chemin qu’ils doivent prendre. Des enfants, dans le monde oriental de ce temps-là, comme aujourd’hui encore en certains pays, il y en a partout, qui courent et s’amusent dans les rues et les champs. Ils sont souvent à peine habillés, pleins de poussière et le nez qui coule. Beaucoup meurent en bas âge de maladies qu’on ne sait pas soigner. Nous sommes loin de l’enfant-roi de notre monde moderne. Tant qu’ils n’ont pas dépassé les stades de la petite enfance, ils sont considérés comme quantité négligeable. C’est pourtant à ce niveau que Jésus invite les 12 à se placer : qui accueille un enfant, c’est moi qu’il accueille, qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé, Dieu le Père. La parabole de l’enfant est simple mais radicale. En un mot, tu comprends le retournement à vivre si tu veux être le premier des disciples. Jésus ne critique pas le fait de vouloir être le premier : Si tu veux être le premier… De même Saint Paul dira : il nous faut être comme les athlètes dans les stades . Courez de manière à l’emporter, avec une discipline sévère, mais non pas pour une couronne qui se fane comme dans les stades mais pour une couronne qui ne se fane pas… Courez à cause de l’Évangile ! (1 Co9). Jésus ne nie pas l’esprit de concurrence et la saine émulation en vue d’être saints et parfaits. Mais si tu veux être le premier des disciples, soit d’abord le premier des serviteurs. Alors, oui tu seras grand, et tu comprendras le mystère de la Croix.
Car il s’agit bien de cela. Jésus, pour la deuxième fois dans l’Évangile de Marc, annonce à ses amis qu’il va être livré aux mains des hommes et être tué… Son épreuve finale se rapproche. Les disciples craignent de l’interroger, se doutant bien ce que cela signifie pour eux aussi. Si Jésus meurt, qu’en sera-t-il de ses disciples ? Alors à peine entendu cela, en chemin, ils préfèrent se demander entre eux qui est le plus grand. Déni de réalité. Politique de l’autruche. Quand les choses vont mal et que des décisions douloureuses sont à prendre, on préfère le divertissement, ne pas voir ce qui pourtant est sous nos yeux. « Nous sommes lents à croire ce qui fait mal à croire » disait le poète latin Ovide, peu avant Jésus-Christ. Ne sommes-nous pas tous ainsi ? On le voit face à la maladie que l’on pressent, face aux crises familiales ou professionnelles dont on se dit : « ça finira par exploser ! », on le voit en politique, on le voit quand il s’agit de sauvegarder l’environnement, tant d’autres domaines où nous refusons l’inéluctable. « Nous sommes lents à croire ce qui fait mal à croire ». Les disciples aussi : ils sentent que leur groupe va affronter une tempête, il est dur pour eux d’entendre l’annonce de Jésus.
Et pourtant, un jour, soulevés par le don de l’Esprit Saint, ils croiront que de la Croix jaillit la Vie. Le péché, le mal, la mort ne seront plus à leurs yeux des obstacles qui paralysent, mais un passage à vivre, les yeux fixés sur le Christ. 10 d’entre eux mourront martyrs pour le Christ (Judas lui se sera suicidé, et Saint Jean mourra de sa belle mort). Et ne parlons pas des souffrances endurées par Saint Paul et tant d’autres, souffrances traversées et souvent permettant de repartir plus fort pour se mettre de plus belle à vivre l’évangile. Nous n’en sommes pas là, frères et sœurs, mais nous redécouvrons ensemble, en lisant l’Évangile de ce jour, que, depuis les origines, être témoin du Christ dans le monde n’a pas toujours été simple. La vie chrétienne est toujours un chemin exigeant de conversion, de service, jusqu’à l’extrême du don de soi.
Ce chemin intègre le passage par le don de soi, par l’entraînement sévère. Il est d’autant mieux vécu si nous nous aidons les uns les autres à le vivre. La lettre de Saint Jacques dans la seconde lecture nous le rappelle. Saint Jacques parle à des chrétiens de la fin du Ier siècle. Nous voyons bien que, déjà, en ce temps, il y avait des conversions à vivre puisqu’on trouvait entre eux des convoitises et rivalités, qui peuvent conduire à la guerre entre les personnes, et même au meurtre… et Dieu sait qu’on peut aussi tuer par nos mots et nos jugements. Saint Jacques, dans un verset précédent, dit de la convoitise (ou de la jalousie) qu’elle est terrestre, animale et démoniaque. Terrestre car elle n’est pas inspirée par le ciel, animale car elle est inhumaine, démoniaque car elle est source de division, et le mot diable vient du grec diabolos qui veut dire diviseur. C’est très vigoureux donc de dire cela, parce que c’est toujours un combat de se tourner vers la vraie sagesse, celle que Jésus nous enseigne. Une sagesse, dit Saint Jacques « pure, pacifique, bienveillante, conciliante, pleine de miséricorde et féconde en bons fruits, sans parti pris, sans hypocrisie ». C’est cela qu’il faut vivre, en se pardonnant et en allant toujours de l’avant, sans macérer dans les sentiments négatifs et la plainte. Je reçois le don de Dieu, non comme un trophée qui me rend supérieur, mais pour le transmettre à d’autres et que d’autres demain continuent l’œuvre et la mission de Jésus.
Je forme le vœu et je prie pour que la mission Saint Leu vous aide à avancer en ce sens tout au long de cette année. Le vœu que chacun de vous découvriez ce à quoi vous êtes appelés par le Christ, et que, même si le chemin vous paraît exigeant, vous saurez le prendre comme les athlètes dans les courses du stade qui s’imposent une discipline sévère. Vous saurez le prendre comme un chemin de service en pensant à la parabole de l’enfant. Vous saurez le prendre, parce que c’est votre voie personnelle et que vous ne serez pas seuls pour la vivre. C’est ainsi que le Seigneur vous bénira. Amen.
+ Mgr Gérard Le Stang
Evêque d’Amiens