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Homélie et photos de la Saint-Firmin

Homélie de Mgr Olivier LEBORGNE

 

Il y avait un homme riche qui faisait des festins somptueux… Nous venons d’entendre le début de la parabole. Frères et sœurs, je suis riche. Je suis riche de l’Evangile. Je suis riche du baptême offert par mes parents et d’une rencontre du Christ faite il y a bientôt 40 ans qui me porte encore aujourd’hui. Je suis riche de la confiance de l’Eglise, je suis riche de votre fraternité. Je suis riche de l’appel du monde vis-à-vis duquel je suis souvent perdu mais dont je connais le salut : Jésus. Cela ne veut pas dire que ma vie a toujours été simple et lisse, mais oui, je suis vraiment riche !

Et je vis de festins somptueux : le festin des noces de l’Agneau, l’Eucharistie ! J’en ai d’autant plus conscience que ma conversion, le 1er novembre 1979, s’est passé au cœur d’une messe. J’ai été complètement retourné par le fait que Jésus ressuscité se donne, réellement pour moi, pour vous, pour le monde, en chaque eucharistie. Festin somptueux comme nul ne peut imaginer : Dieu se fait serviteur – c’est lui qui nous fait passer à table – et nous sert en se donnant lui-même en nourriture. Banalité apparente, rencontre inouïe, repas des noces de Dieu avec l’humanité ! Oui, frères et sœurs, je suis cet homme riche qui vit de festins somptueux.

Alors, je me pose la question : serais-je donc celui dont parle Jésus ? Il y avait un homme riche qui faisait chaque jour des festins somptueux. Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare. Lazare. J’ai pensé à ceux qui espèrent une pièce aux portes de nos églises : Philippe, Jean-Luc, et tant d’autres. J’ai pensé, en cette journée mondiale du migrant et du réfugié, à tous ceux qui ont dû quitter leur pays. Je sais qu’on ne le fait jamais de gaieté de cœur et que la plupart du temps, de grandes épreuves se présentent. Aujourd’hui, vous qui êtes là, je sais aussi que vous êtes un don que le Seigneur fait à l’Eglise qui est dans la Somme pour vivre et annoncer l’Evangile. Mon regard s’est élargi encore. Qui sont les « Lazares » qui attendent de notre richesse d’Evangile ? Il me semble que cela est très clair : ce sont ceux que nous croisons à longueur de journée dans notre vie familiale, amicale, professionnelle et sociale qui se sont présentés à moi. Comme si le Seigneur me disait : « Olivier, Lazare est là, à la porte. Il est perdu, ou pas. Il traverse une grosse épreuve, ou pas. Il sait ce qu’il cherche, ou pas. Que fais-tu pour lui partager ta richesse d’Evangile et ta vie de festin eucharistique ? »

Nous le savons : le Christ est la vie, ’il est source vive, espérance, fraternité, qu’il est dignité, bref, sauveur du monde (Jn 4,42) ! Je me souviens de Saint Martin donnant son manteau, ici à Amiens, à ce pauvre qu’il a découvert comme le Christ étant venu le visiter. Je me souviens de Saint Vincent de Paul, à Folleville, qui à travers la confession d’un pauvre comprend que Christ est la source de la dignité de tous, à commencer par les plus vulnérables, et qui va s’insurger le restant de sa vie contre ceux qui voudront leurs voler Dieu. Je me souviens de Saint Antoine Daveluy, ordonné prêtre en cette cathédrale, devenu évêque puis martyr de Corée, dont la devise était : « Qui a Jésus à tout. »

Qui a Jésus à tout. Je demande souvent au Seigneur : « pourquoi est ce que j’ai cette chance – la chance de ma vie – de te connaître, et pas les autres ? » Là, pour tout vous dire, comme l’homme riche de la parabole, je réalise que j’attends peut-être un peu trop une intervention magique. J’essaie bien de faire des choses, tout de même, je suis évêque ! Mais en même temps, au fond de moi, entre désir de tranquillité et souci de ma réputation, je me trouve des excuses. Trop souvent cela inhibe en moi le courage prophétique et missionnaire. J’espère une intervention magique qui me dispensera d’y aller. « Eh bien ! Père Abraham je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon Père… si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront. »

Ils ont Moïse et les Prophètes, qu’ils les écoutent ! … S’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus. La réponse d’Abraham – celle du Seigneur – est catégorique : nul autre chemin que d’écouter Moïse et les Prophètes, scruter les Écritures et Celui qu’elles annoncent pour discerner sa présence et son action dans le monde.

Ecouter la Loi et les Prophètes. Saint Paul dira, dans la lettre aux Romains (13,10), qu’ils s’accomplissent dans l’amour. Et Saint Jean dira explicitement que l’amour est expérience de résurrection : nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons nos frères (1 Jn 3,14). L’Ecriture mène à la plénitude de la Loi qui est la charité – le Christ en nous -, qui seule ouvre à l’expérience de la résurrection et en porte témoignage.

Frères et sœurs, la mission n’est pas une annexe de la foi. Elle est surabondance de l’amour de Dieu et du festin du Royaume. Elle est une exigence de la foi. Elle est réponse à l’appel de Jésus. Lazare est là, à la sortie de notre cathédrale, au cœur de ce monde et de nos vies. Avons-nous conscience que l’Evangile et l’eucharistie nous ont été donnés pour que nous le partagions avec lui ? Et qu’il n’y a que nous qui pouvons le faire ?

Frères et sœurs, prions les uns pour les autres. Ce matin, nous sommes peut-être Lazare, attendant au plus profond de nous-même cette fraternité à laquelle il nous est difficile de croire. Prenons soin les uns des autres : la fraternité évangélique naît de la foi et fait grandir la foi. Et ensemble, ne passons pas à côté des Lazares que nous ne cessons de croiser.

Commençons par oser les fraternités missionnaires de proximité appelées par le synode diocésain. Cela peut paraître exigeant. Peut-être. Mais d’une part il me semble que c’est beaucoup plus simple que ce que nous croyons, et, d’autre part, il y va très clairement de l’avenir de l’Eglise du Christ dans la Somme.

Quand, dans un quartier ou un village, des chrétiens se rencontrent pour vivre une fraternité simple et profonde nourrie de la Parole de Dieu, quand ils osent y inviter largement sans avoir peur pour leur réputation mais parce que ce trésor est pour tous, des chemins de vie s’ouvrent, parfois tout-à-fait inattendus. Cette année dans la Somme, des gens très engagés ont découvert que ce n’était pas une réunion de plus, mais que cela donnait cohérence et souffle. Des personnes apparemment plus lointaines se sont senties accueillies, ont vécu l’expérience de la gratuité et de cette fraternité nourrie de la Parole de Dieu, qui parle de Dieu ; elles cheminent à leur rythme.

Mène le bon combat, celui de la foi, empare toi de la vie éternelle, écrivait Paul à Timothée dans la deuxième lecture. Cet appel est pour nous. Que le Seigneur nous donne d’en exclure aucun Lazare.

Viens Esprit Saint ! Béni sois-tu !

 

+ O. Leborgne
Évêque d’Amiens 

Frères et sœurs, la mission n’est pas une annexe de la foi. Elle est surabondance de l’amour de Dieu et du festin du Royaume. Elle est une exigence de la foi. Elle est réponse à l’appel de Jésus