« Voulons-nous aussi démanteler les personnes ??? »

« Voulons-nous aussi démanteler les personnes ??? »

La question des personnes venues trouver refuge en France fait toujours l’actualité…

Après de nombreuses rencontres d’informations et de sensibilisation, après beaucoup d’heures de collectes et de redistribution, je m’interroge… ou plutôt je m’insurge !

« Avec tout ce qu’on leur a déjà donné, quand va-t-on en finir ? » m’a dit sèchement une dame visiblement agacée par le sujet.

Comment expliquer qu’il est illusoire de penser en finir un jour avec les flux migratoires qui existent depuis le début de l’humanité ; qu’il est important d’être autant solidaires avec ces personnes venues d’ailleurs qu’avec des personnes aux pauvretés subies quotidiennement ici, sans logis, sans emploi, des situations familiales complexes, des étudiants ou des agriculteurs en difficultés…

La méfiance, l’ignorance, le pessimisme, la lassitude, la résignation, le ras-le-bol reviennent en force. Les rumeurs et les discours détestables aussi.

Ils ne passeront pas par nous !

Au nom de ceux qui ne démissionnent pas devant les obstacles administratifs et les lenteurs, de ceux qui, en vrais artisans de paix, croient toujours à l’accueil, au partage et au respect entre frères humains, je veux dénoncer certaines pratiques:

  • Sous prétexte de collecte de vêtements, se débarrasser d’oripeaux malodorants, élimés et crasseux et de chaussures trouées et boueuses.
  • Vider son garage en donnant des matelas moisis et déchiquetés.
  • Oser donner des casseroles et poêles hors d’usage… et de la vaisselle cassée… et des meubles irrécupérables de saleté… etc

Démunis de tout, accepteraient-ils pour eux-mêmes ce genre de « cadeaux » de bienvenue ?

Sommes-nous obligés d’être à ce point méprisants ?

Voulons-nous aussi démanteler les personnes ?

Ces « réfugiés », autrement dit des hommes, des femmes et des enfants venus de loin, mettent en nous leur confiance pour commencer une vie meilleure. Ils ne nous demandent pas seulement d’être efficaces, mais aussi d’être simplement présents et de les considérer.

Dans cet accueil, quelque chose de l’Évangile se joue pour eux et pour nous.

  • La recherche d’une Terre Promise pacifiée, où individuellement et collectivement la paix peut se (re)construire, une terre sans conflit armé ni persécutions, mais aussi en chacun une paix intérieure sans défiance.
  • L’espérance d’une humanité fraternelle réconciliée, où malgré les difficultés dues à la barrière de la langue – voire grâce à elles – surgissent les sourires, l’authentique souci de l’autre, la gratitude, la contemplation mutuelle, une joie profonde parce qu’elle est donnée et reçue entre frères.
  • La multiplication des pains où les dons comptent tout autant que la façon de se donner soi-même, « de se livrer pour la multitude »… et où finalement les grâces reçues surabondent et restaurent nos forces pour ceux qui vont encore venir !

Je veux rendre grâce ici pour tous ceux-là, très nombreux, croyants ou non, travailleurs sociaux et bénévoles, qui se battent avec persévérance pour honorer la dignité de tout homme, la dignité des personnes accueillies et par la même occasion la nôtre.

« Venez les bénis de mon Père… » dit Jésus ! (Mt 25, 34)

 

Martine Durand – solidarite@diocese-amiens.com

 

 

 

 

Martine Durand
Déléguée épiscopale à la Solidarité

solidarite@diocese-amiens.com 

Je veux rendre grâce ici pour tous ceux-là, très nombreux, croyants ou non, travailleurs sociaux et bénévoles, qui se battent avec persévérance pour honorer la dignité de tout homme, la dignité des personnes accueillies et par la même occasion la nôtre.

« Venez les bénis de mon Père… » dit Jésus ! (Mt 25, 34)