Portrait de prêtre

« Et en même temps … »

 

« Homme, sais-tu ce qui est bien, ce que le Seigneur attend de toi ? Rien d’autre que ceci : pratique la justice, aime avec tendresse et marche humblement avec ton Dieu ». Cette injonction du  prophète Michée (6,8) au 8ème siècle avant Jésus-Christ figurait sur l’invitation à mon ordination. 25 ans après, elle continue à me guider. Certes elle ne s’applique pas spécifiquement aux prêtres mais elle continue à indiquer ce qu’est pour moi une vie réussie.

 

Etre prêtre est une façon particulière, à l’appel de l’Eglise, de mettre en œuvre son baptême qui est le fondement de toute vocation. A Rome, dans la discrète église St Georges, le cardinal Newman est honoré par une plaque qui énonce ses titres ecclésiastiques, tous plus ronflants les uns que les autres. Elle se termine par ces mots : « sed omnia ante christianus » : « mais avant tout chrétien ».

 

Annoncer, célébrer, servir, voilà la vocation baptismale et ecclésiale que j’essaie de décliner au quotidien dans mon ministère de prêtre. Définir la place particulière du prêtre relève parfois de l’équilibrisme. On pourrait reprendre l’expression fétiche de notre nouveau président : « Et en même temps… »

 

Avoir le cœur tendre, particulièrement pour les plus faibles, et en même temps la peau dure pour supporter grincheux et fâcheux.

Gouverner en prenant les bonnes décisions au bon moment, et en même temps susciter les charismes qui seront utiles à la communauté.

Être devant, face au Peuple de Dieu quand on préside l’Eucharistie et en même temps, être aux côtés de tous, dans une proximité fraternelle lors des grandes étapes de la vie.

Être « prêtre pour… » et en même temps « chrétien avec… » impressionné du travail de l’Esprit Saint, notamment dans le sacrement du pardon, l’aide au discernement…

Savoir prendre du recul par la prière, le travail intellectuel et en même temps être disponible 24/24 pour ceux qui ont besoin de parler.

Prêcher l’Évangile et en même temps, l’écouter… et l’appliquer !

Être le seul curé dans un grand territoire rural ou une paroisse urbaine peuplée, et en même temps être toujours relié aux autres prêtres : repas, concélébration, dialogue avec l’évêque, communion de pensée avec le pape François…

Accompagner et répondre à tous, du mieux possible, de façon à ce que tous fassent un pas dans la connaissance de Jésus-Christ et dans la vie chrétienne ; et en même temps, travailler avec les laïcs responsables, renvoyer aux initiatives et à la liberté de créer.

Tenir une conversation courtoise et intelligente avec un élu, une chercheuse du CNRS, un journaliste… et en même temps faire des piles de morceaux de sucre à la fin d’un repas avec des enfants en leur racontant la maison construite sur le roc.

Liste non exhaustive…

Je termine avec deux expressions du P. Noyer, l’évêque qui m’a ordonné :

  • au diaconat : « Il faudra servir… chaud ! », c’est-à-dire au bon moment, une parole efficace et une présence de qualité.
  • au presbytérat : « Garde un cœur de pasteur ! »